Aujourd’hui épanoui avec le club qu’il a fondé, l'Espoir Football Club Beaucairois, Johnny Ecker a vécu de grandes émotions avec Nîmes et Marseille. Du National à la Ligue 1 et de la Coupe de France à la Ligue des Champions, l’ancien Crocodile se replonge dans les bons moments sans oublier les blessures et les actes manqués. Rencontre avec un Beaucairois qui a laissé la langue de bois aux vestiaires.

« Je suis Normand, fier de l’être et Sudiste d’adoption. » Depuis toutes ces années où Johnny Ecker fait partie du paysage footballistique gardois, on en avait oublié que c’est loin des arènes de Nîmes qu’il a vu le jour. Ses racines sont à Rouen et il n'a pas oublié les onze premières années de sa vie dans la ville aux cent clochers : « Tout est vert. On a souvent le parapluie à la main mais la Normandie est une superbe région. » Mais en 1984, la famille Ecker change de cap et prend la direction de Beaucaire. Un virage un peu brutal pour le petit Johnny : « Ça a été difficile de quitter mon école et mes copains. Ici il y avait des moqueries par rapport à mon accent. » Le Rouennais s’adapte, il prend goût à cette nouvelle région et la mentalité qui va avec.

Il reprend le football au Stade Beaucairois et ses qualités au-dessus de la moyenne ne laissent pas insensible ni Michel Estevan, qui le fait jouer en seniors alors qu’il n’a que 17 ans, ni René Girard qui lui demande d’intégrer le centre de formation du Nîmes Olympique. Il rejoint ce dernier l’année de sa majorité, mais ses activités d’horticulteur à Châteaurenard le contraignent à n’évoluer qu’avec la troisième équipe senior, en DH. « Trois fois par semaine, mon beau-père m’amenait à l’entraînement après sa journée de travail et il m’attendait dans la voiture pendant deux heures. Je savais ce que c’était de me lever tous les matins pour faire huit heures de boulot. »

Dans la pouponnière nîmoise, il fait la connaissance des Ramdane, Jeunechamp, Preget et les autres. Il est pris en main par Jean-Pierre Oziol et Émilio Salaber, « deux personnes qui m’ont énormément apporté ». Lors de ses années d’apprentissage, il contracte la passion du Nîmes Olympique : « Je suis Croco à 3 000 %, j’ai l’âme nîmoise. Ça ne m’empêche pas de supporter l’OM et le LOSC, les clubs dans lesquels je suis passé. Guingamp, c’est autre chose. »

Son premier contrat amateur lui permet de se consacrer entièrement au football. Il s’entraîne sous la direction de René Girard, Gérard Bernardet et Pierre Barlaguet. En octobre 1993, on vient le chercher pour lui annoncer que René Exbrayat l’a choisi pour s’entraîner avec les pros. Quelques jours plus tard, il est du voyage pour un match à Bastia (victoire du NO 2-1 avec un doublé de Martel). « C’est ma première feuille de match. Un baptême du feu à Furiani. Je n’avais jamais pris l’avion, j’en ai pris plein la vue ». Johnny fait une première apparition aux Costières face à Charleville (défaite 0-1, le 23-10-1993) puis enchaîne une première titularisation, quatre jours plus tard, lors de laquelle il marque contre Beauvais (victoire 3-1, 27-10-1993). Malheureusement, Nîmes rate la montée en D1 à cause d’un point de retard sur Bastia.

La saison suivante les résultats sont catastrophiques. Skoblar et Girard se succèdent sans réussite à la tête de l’équipe. Puis Pierre Barlaguet devient l’entraineur mais il ne peut redresser suffisamment la barre pour éviter une humiliante relégation en National. Une découverte pénible pour une équipe qui s’enlise dangereusement dans le bas du classement. Mais en parallèle, les Nîmois font un parcours en Coupe de France gravé dans la légende.

Après avoir éliminé Lunel, Castelnau-le-Crès, Muret, Sète, Saint-Priest, Saint-Étienne, Thouars, Strasbourg et Montpellier, les Crocodiles se retrouvent en finale face à Auxerre, le nouveau champion de France. « J’ai des souvenirs des premiers tours où nous avions énormément galéré. Ce qui nous a fait tenir c’est que nous étions une bande de copains soudés. » Ses collègues le surnomment « Obélix » car un jour Pierre Barlaguet a dit de lui qu’il était solide comme un menhir. Il en rigole « Maintenant, ils m'appellent le Gros ! »

Cette saison 1995-96 réveille des émotions inoubliables, « en finale il nous a manqué l’expérience, sur un des buts de l’AJA, Laurent Blanc s’appuie sur moi. Cette ambiance reste dans ma tête. Quand on est entrés sur le terrain et que nous avons vu la tribune toute rouge, j’en ai encore la chair de poule. » Les frissons envahissent aussi l’ancien défenseur central lorsqu’il pense au retour des joueurs à l’aéroport de Nîmes-Garons : « On ne s’y attendait pas. C'était plein à craquer avec des fumigènes et une haie d’honneur pour que l’on puisse passer. Il y avait des milliers de supporters. »

Auxerre étant champion, le finaliste de la Coupe de France est qualifié en Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Nîmes affronte les Hongrois de Kispest Honved au premier tour puis les Suédois de l’AIK Solna au second. Johnny marque un but en Hongrie mais l’aventure s’arrête face aux scandinaves. Peu importe car le plus important se joue en championnat avec la montée en D2 décrochée à l’issue de la saison. Il y a aussi des moments chauds. En particulier contre le Gazélec Ajaccio. Au match aller des incidents ponctuent la rencontre et avant le retour en Corse, Stan Karwat, le gardien de but nîmois, fait monter la sauce dans les médias.

Inutile de préciser que l’accueil au stade Ange-Casanova est très tendu. Les vestiaires nîmois sont tapissés d’articles de presse relatant les propos de Karwat. Finalement, le public Corse quittera la rencontre, déçu car Nîmes s’impose 3-0. « Antoine Di Fraya nous avait rassuré mais ça ne nous avait pas empêché de prendre des tartes », commente le défenseur. 

Après six saisons à Nîmes, Ecker prend le large. « Je pars à grand regrets, mais j’avais l’impression de stagner. » Troyes et Laval le veulent mais c’est à Lille qu’il tente une nouvelle aventure. « J’ai fait le bon choix car cela m’a fait progresser. Nous sommes montés en D1 et puis il y a eu une qualification en Coupe d’Europe ». En 2002, des clubs italiens (Côme), anglais (Everton et West Ham), espagnols et français (PSG, Lens et Monaco) suivent Johnny mais c'est l’Olympique de Marseille qui le recrute.

La période marseillaise est faste en émotion avec une qualification pour la Ligue des champions et une finale de coupe de l’UEFA contre Valence (il est remplaçant) en 2004. Les matches contre le Real Madrid sont restés dans la mémoire du Beaucairois « J’ai la chance d’être au marquage sur Figo, Ronaldo (NDLR, le Brésilien) et Raul. J’ai même récupéré les maillots de Ronaldo et Raul. À Santiago Bernabeu, on entendait plus nos supporters que les leurs ». En 2005, José Anigo est débarqué au profit de Philippe Troussier avec qui le courant ne passe pas du tout.

Après une saison à Guingamp (L2) pas inoubliable, Ecker revient au Nîmes Olympique en 2006, à la demande de Michel Mézy, alors conseiller de Jean-Louis Gazeau. Mais une vilaine entorse à la cheville gâche ce retour. Il met un terme à sa carrière de footballeur professionnel après trois opérations. « J’en garde un souvenir amer. Goursat est arrivé et il a fait beaucoup de mal au club. Lors d’une réunion, je lui ai dit devant tout le monde mais personne ne m’a suivi. Ça a été la descente aux enfers pour moi. » Johnny aurait bien aimé rester à Nîmes pour apporter son expérience au centre de formation, mais ce n’était plus possible. Il fait tout de même des courts passages à Bagnols/Cèze et au Stade Beaucairois.

Pourquoi pas un retour au NO dans le futur ? « Il ne faut jamais dire jamais. Aujourd’hui il y a des gens qui sont anti Ecker à Nîmes. J’ai longtemps espéré sans jamais le demander. J’avais le rêve d’être responsable du centre de formation de Nîmes, avec des garçons comme Ramdane. À Montpellier, il n’y a que des anciens et l’équipe tourne. »

Désormais, l’ancien Crocodile a tourné la page. En 2015, avec son ami Laurent Quinto, il créé l’Espoir Football Club Beaucairois. « Ce qui nous arrive est exceptionnel. Toutes nos équipes jouent au plus haut niveau régional. » Le club compte 330 licenciés dont une vingtaine d’éducateurs.

« On a onze joueurs qui sont entrés dans des centres de formation et on est le seul club amateur, hors Bouches-du-Rhône, à avoir un partenariat avec l’OM. Trois joueurs passés chez nous ont intégré les équipes jeunes de Marseille. » À Beaucaire Johnny Ecker réalise ce qu’il rêvait de faire à Nîmes. « Je m’éclate, j’y suis tous les jours pour m’occuper de la buvette, des équipements et autres. Je fais ça par passion ! » Parfois les jeunes Beaucairois vont même sur les terrains de la Commanderie et certains sont recrutés par Montpellier.

Et Nîmes dans tout ça ? « Ils n’ont jamais voulu travailler avec nous, mais quand ils veulent un de nos joueurs ils passent directement par les parents, sans nous consulter. Sept joueurs de chez nous ont signé au NO mais pour aucun je n’ai reçu un appel du club. Je ne le conçois pas car il y a un code de vie à respecter entre les clubs. J’aime certainement plus Nîmes Olympique que 80% des gens qui y travaillent. » Le but pour l’EFCB est maintenant de pérenniser les équipes au plus haut niveau régional.

Johnny se plonge parfois dans les vieilles photos des années où avec ses copains ils redoraient le blason nîmois en Coupe de France et d’Europe. « Mon grand regret c’est de ne pas avoir joué en D1 avec Nîmes. » Mais aujourd’hui il y a bien plus que 25 kilomètres qui séparent l’ancien Crocodile et le Nîmes Olympique. Si près et si loin à la fois. 

Norman Jardin

Tout le monde se souvient de Johnny Ecker pour son but sensationnel inscrit contre Parme en Ligue des Champions. Mais Johnny Ecker, c’est aussi une finale de Coupe de France et deux tours de Coupe des Coupes avec Nîmes alors en National, trois saisons incroyables au LOSC avec Vahid Halilhodzic, deux saisons passionnantes à l’OM et plein d’anecdotes savoureuses qui vous feront replonger comme si vous y étiez dans le foot de la fin des années 90 et du début des années 2000. Entretien. 

Johnny Ecker, que deviens-tu depuis l’arrêt de ta carrière ?
Une fois ma carrière pro terminée, j’ai continué à jouer un peu en amateur. Depuis trois ans, j’ai créé un club de football : l’Espoir Football Club Beaucairois. Aujourd’hui nous avons 260 licenciés, on a déjà placé six ou sept jeunes dans des centres de formation comme Montpellier ou Nice. Nous proposons toutes les catégories dans notre club. Je suis président mais éducateur avant tout. Je transmets ma passion. Dans mon club, il y a 16 équipes et 20 éducateurs essentiellement bénévoles.
 

Quelle est la philosophie de ton club ?
Déjà le football c’est simple, c’est un plaisir qu’on prend en travaillant et en progressant. On s’engage à faire progresser tous les enfants de tous les niveaux. On travaille avant tout le respect et ça paye. Je suis très, très fier de ce que j’ai pu créer. Ça me procure beaucoup de plaisir de voir ces enfants rentrer sur le terrain.
Revenons à tes débuts, à quel moment as-tu réalisé que tu allais devenir footballeur professionnel ?
(Rires) A aucun moment. Comme tout enfant, j’ai toujours eu l’envie d’être footballeur professionnel au fond de moi. René Girard qui était directeur du centre de formation à Nîmes était venu me voir à BeaucaireJ’ai intégré le centre de formation à 18 ans, c’était très tard. Il m’a fallu travailler énormément. J’ai toujours pensé que sans travail on n’arrive pas à atteindre ses objectifs. Je n’ai jamais lâché, ça n’a pas été facile, mais j’avais ce rêve là haut dans les étoiles à aller décrocher.
Ta carrière est d’abord marquée par le parcours de Nîmes en Coupe de France en 1996. Quel match t’a le plus marqué ?
Il y en a plusieurs. Déjà j’ai ce souvenir de ce quart de finale contre Strasbourg où on gagne 3-2 après prolongation. Il y avait une belle équipe en face. Ensuite, on a la chance de jouer une demi-finale de Coupe de France à domicile contre le rival, Montpellier. C’était exceptionnel. On avait gagné 1-0 dans un stade plein à craquer et qui soutenait Nîmes.
Qu’est-ce qui a manqué à Nîmes en finale face à Auxerre ?
Il nous a manqué beaucoup d’expérience mais on avait quand même joué contre l’AJ Auxerre, champion de France cette année-là. Malgré la défaite en finale, nous avons pu jouer en Coupe d’Europe la saison suivante. En face, il y avait quand même Blanc, Lamouchi, Laslandes ou Cocard. Ces joueurs étaient en équipe de France et avait une expérience du haut niveau. Avec notre insouciance et notre jeunesse, on a longtemps tenu avant de craquer en fin de match. On avait même mené 1-0 et Nîmes n’avait pas été ridicule. Ce sont des souvenirs inoubliables.
Ensuite Nîmes a joué la Coupe des Coupes en 1996/97. Comment se prépare-t-on à jouer ce type de rencontres quand on joue le week-end en National ?
Honnêtement cette saison-là, on jouait avant tout le championnat car Nîmes visait la montée en D2. D’ailleurs on est monté à l’issue de cette saison. La Coupe d’Europe c’était la cerise sur le gâteau. On savait qu’on allait jouer des équipes beaucoup plus fortes que nous. Le club avait quand même recruté des joueurs d’expérience et de caractère comme Antoine Di Fraya ou Mecha Bazdarevic pour que nous, les jeunes, puissions vivre ce genre de match avec moins de pression. Aussi la plupart de l’équipe n’avait pas beaucoup voyagé donc c’était exceptionnel de se retrouver en Hongrie pour le premier tour. Le match aller, on avait gagné chez nous 3-1 contre Kispest Hondved. C’était que du bonus, on n’avait aucune pression du résultat car tout le monde nous voyait perdre. On a joué avec la même insouciance et ça nous a souri lors du premier tour. Mais lors du deuxième tour face à l’AIK Stockholm ce manque d’expérience nous a été préjudiciable. Je me souviens avant le match aux Costières, on avait changé les maillots : une tenue exceptionnelle avec le Crocodile. Avant le match, on était un peu dispersé à observer cet équipement et peut-être qu’on n’a pas mis ce qu’il fallait pour rentrer dans cette partie car on perd 3-1 après avoir été très rapidement mené. On a manqué ce match aller et c’est bien dommage.
Raconte-nous ton but inscrit au premier tour à Hondved (2-1 pour Nîmes) ?
Sur un corner j’ai eu la chance et le bonheur de marquer à Hondved. Ça reste un moment fort de ma carrière. Si je parle de Kispest Hondved à des joueurs de foot aujourd’hui, ils vont me demander « c’est qui, c’est quoi ». Ne serait-ce que pour moi, Hondved représente un souvenir inoubliable. Je m’en rappellerai toute ma vie de ce club hongrois mais aussi des moments qu’on a passés car on avait quand même des joueurs amateurs avec nous.
A la fin de cette saison 1996/97, Nîmes est monté en D2. Qu’est-ce que vous a appris ces matchs de Coupe d’Europe ?
En début de saison, on avait laissé pas mal d’énergie dans cette Coupe d’Europe. Sans être mauvais, on avait pas mal de points de retard en championnat. Puis dès que Nîmes a été éliminé de la Coupe des Coupes, on s’est vraiment mis à fond dans le championnat. On a enchaîné plusieurs matchs sans défaite. La montée c’était beau car il faut se rappeler que la saison précédente, celle où on joue la finale de la Coupe de France, on se sauve lors de la dernière journée de National. Avec son public exceptionnel, Nîmes n’était pas à sa place en National. Un public exceptionnel qui est toujours présent d’ailleurs. C’était beau en tout cas de réussir notre objectif de faire remonter Nîmes en D2.

Pourquoi choisis-tu d’aller à Lille en 1999 ?
A l’époque j’étais capitaine à Nîmes, on me faisait confiance mais à un moment donné je voulais voir autre chose et continuer ma progression. J’avais l’impression de stagner et qu’on commençait plus à voir mes défauts que mes qualités car ça faisait déjà 5 ans que je jouais à Nîmes. Puis il y avait la possibilité d’être coaché par Vahid Halilhodzic et de jouer pour Lille en D2. J’ai pris l’initiative de partir même si Nîmes voulait vraiment me conserver.
Quels sont tes premiers souvenirs marquants de Vahid Halilhodzic ?
J’avais donné mon accord au président Lecomte lorsque j’étais en vacances. Lors de ma visite médicale, je rencontre le président lillois pour la première fois ainsi que Vahid. Quelques minutes avant la visite médicale, on discute de tactique, de ma place sur le terrain, où je me sens le plus à l’aise. Il avait été très gentil. Après la visite médicale, je signe dans la foulée. Puis je redescends dans son bureau et il s’était complètement transformé. Il me regarde et me dit : « maintenant tu vas souffrir, tu vas courir, tu vas maigrir, tu vas travailler, c’est fini les vacances pour toi ». Je me suis demandé ce que je faisais là. J’en rigole maintenant mais je remercierai Vahid Halilhodzic toute ma vie. C’est quelqu’un d’exceptionnel.
Sur quels plans Vahid t’a fait changer ?
Il m’a fait maigrir oui (rires). Bon après il ne m’a pas fait perdre 45 kilos non plus. Vahid m’a fait travailler tactiquement et fait faire beaucoup de courses. Cela nous avait permis de gagner énormément de matchs lors des 10-15 dernières minutes de notre championnat parce que physiquement on était prêts. A l’époque, on avait Philippe Lambert comme préparateur physique. Il était exceptionnel et a déjà travaillé pour l’équipe de France.
Qu’est-ce que tu as appris sur le plan tactique avec Vahid Halilhodzic ?
Il ne laissait rien au hasard. Quand on regardait une vidéo, c’était pendant 2 heures. On connaissait le nom, le prénom et le numéro de rue de chaque adversaire. On connaissait tout par cœur. Ça nous a permis d’avancer car le football tient à des détails. On a l’impression que ce sont les plus forts qui gagnent mais ce n’est pas du tout ça : ce sont les plus organisés et ceux qui en veulent le plus.
 

Qu’est-ce qui t’a marqué dans ses causeries d’avant-match ?
Autant on était très sérieux mais parfois on en rigolait car Vahid avait son accent et on se moquait un peu de lui. Il le savait, il n’aimait pas trop. Mais il avait affaire à des garçons très intelligents et qui savaient ce qu’ils voulaient. Une fois qu’il disait les choses, on avait enregistré tout ce qu’il fallait faire. Mais j’ai vraiment été marqué par ses séances vidéo.
Comment as-tu vécu la saison 1999/00 quand Lille marchait sur l’eau en D2 ?
A cinq journées de la fin on était sûrs de monter et d’être champions de D2. On a obtenu un record de points en D2 (83 points). Partout où je suis passé, je n’ai jamais connu un groupe aussi soudé. On était une bande de copains. Physiquement c’était très dur mais on s’entraidait, on ne laissait personne sur le côté.
Pourquoi Lille a enchaîné l’année suivante en D1 avec une fantastique 3eme place ?

Le groupe avait très peu changé lorsque Lille est monté en D1. Vahid avait réussi à rendre des joueurs moyens de D2 en joueurs moyens de D1. On avait beaucoup travaillé comme la saison précédente avec beaucoup de solidarité. L’élément déclencheur a été ce premier match de championnat où on fait match nul contre Monaco (1-1) qui avait été champion la saison précédente. Mais on méritait de gagner ce match. A partir de ce moment-là, on a pris conscience qu’on avait notre mot à dire. Mais pas de là à penser qu’on finirait troisièmes avec une place de barragiste pour la prochaine édition de la Ligue des Champions… Mais on s’est pris au jeu, on a continué à bosser, on n’avait pas peur des adversaires. A quatre journées de la fin, on était encore en lice pour jouer le titre avec Nantes et Lyon. Mais on a fait un faux pas à domicile contre l’OL (1-2). A ce moment-là, on a un peu décroché.
A la fin de la saison, Vahid Halilhodzic était content d’être troisième ou il regrettait le fait que vous n’ayez pas fini plus haut ?
Non il était content. On était promu. C’était inespéré pour tout le monde d’accrocher une place pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. A part Christophe Pignol, aucun joueur lillois n’avait joué la Champions League.
Quelle a été la réaction du vestiaire lillois quand il a su qu’il allait jouer Parme en tour préliminaire de Ligue des Champions ?
On avait mangé ensemble pour le tirage. On ne se faisait aucune illusion pour cette Champions League. C’était déjà exceptionnel d’être là. On était content de jouer contre un club italien car on savait que la préparation estivale était très difficile pour eux. Il leur fallait trois semaines voire un mois pour s’en remettre. Le match aller tombait exactement dans cette période même si en face c’était le grand Parme. Il y avait de sacrés joueurs à l’époque à Parme et on était content de s’opposer à eux. Ils en ont reparlé récemment sur RMC mais je ne me rappelais plus qu’il y avait tout ce beau monde : Di Vaio, Almeyda, Nakata, Cannavaro ou Djetou.
Comment tu te sentais quand tu jouais contre des grands joueurs comme ça ?
Pour moi ces joueurs étaient des adversaires. Je respectais autant un grand nom qu’un joueur méconnu. S’il fallait leur marcher dessus, je leur marchais dessus tout en les respectant. Mais c’est plus aujourd’hui avec le recul que je réalise avoir joué face à des supers joueurs. Par contre je suis persuadé qu’ils ne se rappellent plus d’avoir joué contre Johnny Ecker (rires)

Comment Vahid Halilhodzic a abordé cette rencontre de Ligue des Champions ?
Déjà physiquement on était prêts. On avait bossé énormément tactiquement car on savait que sur ce plan les Italiens étaient au point. Dès le début de notre préparation nous nous étions entraînés à jouer à cinq derrière. Ce qu’on avait rarement fait mais cela a marché lors du match aller. Ce match a été joué à la perfection par le LOSC.
A la mi-temps du match aller, il y avait 0-0. Que vous a dit Vahid Halilhodzic ?
Il nous avait dit qu’on avait un coup à jouer car Lille avait eu quelques situations, on ne les sentait pas super bien physiquement. On savait que plus le temps avançait et plus il jouait en notre faveur car on était prêt physiquement mais pas Parme. Après de là à gagner 2-0 là-bas on ne s’y attendait pas non plus…Ensuite Salaheddine Bassir a ouvert le score et on ne s’est absolument pas déconcentrés. Il ne fallait surtout pas prendre de but.
Raconte nous ton magnifique coup-franc qui offre le deuxième but au LOSC au match aller à Parme (victoire 2-0) ? Comment vis-tu le moment ?
Je vais raconter une anecdote et si Bruno Cheyrou était présent pour cette interview il confirmerait. Il m’arrivait de temps en temps de tirer des coups francs sur mon pied gauche. A ce moment-là, on a un coup-franc lointain et Bruno Cheyrou voulait jouer très rapidement sur le côté gauche sur Christophe Landrin. Dans la déconnade je lui dis : « Bruno, prends ton temps, je vais tirer et je signerai la saison prochaine à Parme ». Ensuite il me décale le ballon et tout de suite je réalise que je l’ai bien pris. Il y a une part de réussite : Sébastien Frey glisse un peu et le mur est peut-être mal placé. Un but comme ça, on n’en marque un seul dans sa carrière. A la fin du match j’ai revu le but avec Christophe Josse et je me suis dit « mon Dieu, il est exceptionnel ».
L’After RMC a dit que c’était LE grand moment de ta carrière. Tu es d’accord ?
Ah oui. Souvent quand les gens me voient dans la rue, ils me disent « oh quel but tu as marqué à Parme ». Donc oui Johnny Ecker est associé au but de Parme. Je suis très fier d’avoir marqué ce but d’autant plus qu’il nous a qualifiés en phase de poules de Ligue des Champions.
Comment était Vahid Halilhodzic après la victoire à Parme dans le vestiaire ?
Il était euphorique et nous a félicités. Puis de suite il a repris son sérieux et a dit : « Il faut bosser, match retour, c’est pas fini ». Vahid était un bosseur et avait le groupe pour ça aussi. On savait que ça n’allait pas être la même chose du tout au retour à Lille.
Justement, comment avez-vous résisté au retour face à Parme (défaite 0-1) ?

Sur ce match-là, même Vahid ne savait pas trop s’il fallait vite marquer un but ou maintenir à tout prix ces deux buts d’avance. Nous avons été fébriles et n’avons pas joué notre jeu. Heureusement que Lille avait pu compter sur un très, très grand Grégory Wimbée à Grimonprez-Jooris. Il avait l’habitude de réaliser de grands arrêts lors de ses années lilloises. Grégory était vraiment un très, très grand gardien. A la fin du match, on était sortis sur les rotules, je crois même avoir vomi au coup de sifflet final. On avait tout donné. Tout donné. L’équipe avait tellement subie lors de ce match retour et Parme avait touché le poteau. On était morts de chez morts. On a pris conscience de l’exploit quelques jours après.
Dans votre groupe de Ligue des Champions, il y avait Manchester United, La Corogne et l’Olympiakos. Lille avait fini troisième et s’était qualifié pour la Coupe de l’UEFA…

C’était un groupe très, très, très chaud. Lors du premier match, nous devions recevoir La Corogne à Lens. Nous avions été délocalisés car Grimonprez-Jooris n’était pas aux normes pour la phase de poules de Ligue des Champions. Le mardi 11 septembre 2001, on était en mise au vert avant le match du mercredi. Le mardi, il y a les attentats de New York et le soir-même la FIFA a annulé toutes les rencontres officielles du lendemain. Du coup, on a fait notre premier match officiel à Old Trafford et on avait perdu (0-1) sur un but de Beckham. Pourtant Lille avait fait un très bon match.
 

Ensuite en Coupe de l’UEFA, vous réussissez même à éliminer la Fiorentina…
Oui et ensuite on a été éliminé sans perdre contre le Borussia Dortmund. On fait 1-1 chez nous mais le but des Allemands était hors-jeu d’un mètre. Là-bas face à ce mur jaune exceptionnel nous avions été éliminés après avoir fait 0-0. A la fin de la saison de D1, Lille avait fini cinquième ce qui était très bien pour nous. C’était la dernière année à Lille pour beaucoup d’entre nous. C’était très compliqué de travailler plus de trois ans avec Vahid car c’était toujours plus, toujours plus. Puis beaucoup de joueurs lillois étaient sollicités par d’autres clubs. J’ai fait partie de cet exode. A Lille, je retiens ces trois années exceptionnelles que j’ai passées.
Pourquoi signes-tu à Marseille en 2002 ?

Déjà je suis libre et à partir de janvier 2002 je pouvais signer où je souhaitais. J’ai été en contact avec pas mal de clubs, j’ai pris mon temps. Au moment où j’étais bien avancé avec un club sur le plan sportif et financier, Alain Perrin me contacte. A ce moment-là, j’étais en vacances avec mon ami Cyril Jeunechamp. Il me dit : « Johnny, je veux que tu signes chez moi. Je t’avais manqué à Troyes il y a quelques années ». A ce moment-là j’en parle à mon conseiller qui me dit: « tu sais où il a signé Alain Perrin ? ». Je ne savais pas, j’étais en vacances. Alain Perrin venait de s’engager deux jours avant à Marseille. Je suis du Sud, je suis supporter de l’OM, toute ma famille et mes amis supportent aussi ce club. Ouahh. Cela remet tout en cause parce que c’était un rêve d’évoluer à l’OM. J’allais au Vélodrome quand j’étais jeune. Rapidement Marseille s’est aligné par rapport à ce que proposaient les autres clubs et j’avais une heure pour prendre une décision. J’ai décidé de signer à l’OM et j’ai appelé moi-même les présidents et les dirigeants de clubs auxquels je devais donner une réponse.

Avec quels clubs étais-tu en contact ?
Il y avait Lens, Lille qui voulait que je prolonge, l’Espanyol Barcelone et un club anglais. J’avais aussi visité les installations d’un club italien. J’avais bien avancé avec ces clubs-là. Ces dirigeants ont apprécié ma démarche qui était tout à fait correcte.
Parme t’avait-il aussi sollicité ?
Non je n’avais pas eu le président de Parme au téléphone (rires).
A l’OM tu étais associé à Franck Leboeuf la première année en défense…
Même s’il était champion du monde et champion d’Europe, il m’a marqué par sa simplicité. J’ai aimé sa façon d’accueillir les gens, sa façon de parler du football. J’ai de très très bons souvenirs de Franck Leboeuf et j’ai été très fier de jouer à ses côtés.
 

Comment fait-on pour s’imposer à l’OM surtout quand on est supporter de ce club ?
Chaque été, les supporters marseillais attendent des noms ronflants et pour eux Johnny Ecker n’était pas une star. Mais j’avais des valeurs et je mouillais le maillot. Comme ils étaient sous le coup de la DNCG pendant plusieurs semaines j’ai été pendant plus d’un mois la seule recrue du club. Peu importe le club où je jouais, je faisais ce que je savais faire tout en étant sérieux. J’ai gagné ma place avec Alain Perrin. J’ai eu une grande fierté de porter ce maillot. Avec l’OM, j’ai aussi pu jouer contre le Real Madrid de Zidane, Ronaldo, Figo, Raul ou Roberto Carlos qui était mon idole.
Tu as été moins titulaire ensuite quand José Anigo a remplacé Alain Perrin sur le banc marseillais en 2003/04…
Quand il est arrivé, il a fait ses choix de coach. J’ai toujours été dans le groupe avec José mais j’ai souvent été remplaçant. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Même si j’ai moins joué, cela ne m’a pas empêché de bosser et d’essayer de gagner ma place. Mais j’ai toujours respecté les choix de l’entraîneur.
Comment as-tu vécu l’épopée en Coupe de l’UEFA 2004 ?
Je l’ai vécu en tant que remplaçant puis à partir des quarts de finale, je ne suis plus rentré. Mais j’ai fait partie du groupe lors de ces superbes rencontres et notamment à Göteborg pour la finale contre Valence (0-2). C’était exceptionnel et inoubliable. L’ambiance du Vélodrome était incroyable. Contre Newcastle en demi-finale, le Vélodrome a failli craquer. Ces matchs contre l’Inter Milan ou Liverpool seront aussi à jamais en moi.
Tu as aussi pu jouer quelques matchs avec Fabien Barthez dans les buts…
C’est une grande fierté. Lors de son premier match, on avait eu une petite embrouille vite fait. Au départ, on n’accrochait pas trop puis après on a appris à se connaître. On a mis les choses à plat pour finalement s’apprécier énormément. Autant Fabien Barthez était un très grand nom et un très très grand gardien, autant Vedran Runje était aussi un super gardien lors des deux années que j’ai passées avec lui. Je pense qu’il était au niveau de Fabien Barthez.
Enfin quel bilan fais-tu de ta fin de carrière ?
Je suis très fier d’avoir fait ce que j’ai pu faire pour ma famille et mes amis qui m’apprécient. L’essentiel est que je les ai rendus heureux. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai voyagé, j’ai joué dans des stades exceptionnels, j’ai rencontré des gens magnifiques. J’ai surtout fait mon métier et ma passion en même temps. Ce n’est pas donné à tout le monde.
Souhaites-tu ajouter quelque chose qui te tient à cœur ?
Pour un joueur de football ou un sportif de haut niveau, le plus difficile n’est pas d’être remplaçant mais d’être blessé. Il faut être patient, continuer à bosser et prendre du plaisir. Sinon je remercie tous les éducateurs, coéquipiers qui m’ont soutenu. Je pense aussi aux gens qui ne m’appréciaient pas et qui m’ont fait beaucoup de mal car ils m’ont fait avancer. Je les remercie également.
  

Propos recueillis par Clément Lemaître  https://footdavant.fr

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes