Originaire de Styrie, ce demi-défensif débarqua à Strasbourg à l'été 1976 en provenance du Nîmes Olympique. Une drôle de mission lui fut adressée : encadrer sur le terrain les prometteurs éléments laissés par le comité Fass, tout en assurant leur entraînement quotidien.

Retracer le passage strasbourgeois de Schilcher, c'est convoquer le souvenir de la profonde empreinte laissée par des footballeurs ou techniciens autrichiens au Racing. Héritiers du mythique Wunderteam des années 1930, quand ils n'en étaient pas directement issus, les Kerr, Blum, Presch, Kominek et surtout Stojaspal sont associés aux premières saisons professionnelles du RCS. Le lointain cousin du Racing Club de Paris n'était d'ailleurs pas en reste, les survivants de l'âge d'or des Pingouins avant-guerre conservant un souvenir ému de Gusti Jordan et Rudi Hiden. Dommage qu'un avant-centre volontaire mais pataud soit venu noircir ce tableau idyllique à la fin du dernier siècle...

Heinz Schilcher réalise ses premiers pas de footballeur dans la grande ville de son Land natal, où le Sturm dispute la suprématie au Graz AK. Ce milieu de terrain athlétique tape dans l'œil de Stefan Kovacs, lequel vient d'être choisi pour succéder à Rinus Michels à la tête de l'Ajax Amsterdam. A 24 ans, celui qui n'est même pas international dans son pays s'apprête à rejoindre la meilleure équipe européenne du moment. Son séjour amstellodamois lui permettra d'enrichir considérablement son palmarès, même s'il ne participera à aucune des deux finales victorieuses de Coupe d'Europe des Clubs champions 1972 et 1973, la troisième consécutive remportée par les Cruijff, Neskeens, Keizer, Krol...

Schilcher fait ses débuts en sélection autrichienne en avril 1973, justement face aux Pays-Bas. Ce sera là sa seule cape. Etonnamment, il demeure en marge de la belle génération ostrogothe (Krankl, Schachner, Koncilia, Jara...) deux fois qualifiée pour la seconde phase de la Coupe du monde. Début 1974, sans doute lassé d'être la cinquième roue du carrosse, Schilcher répond à l'offre d'un club d'une autre capitale, bien moins dominateur que l'Ajax. Il s'agit du Paris Football Club.

Un joyeux désordre règne alors au sein du foot parisien. Aucun club n'est en mesure de remplir le nouveau Parc des Princes, ce qui ne manque pas d'alarmer les pouvoirs publics : le Racing et le Stade français ont sombré, le Red Star demeure un indécrottable banlieusard, le PSG de 1970 est en péril suite aux conflits entre la mairie de Paris et les "germanopratins" du Stade Saint-Germain, ce qui débouche sur la création d'un Paris Football Club. L'enchaînement des événements est bien compliqué, toujours est-il que PFC et PSG n'en finissent pas de se relayer au sein de la première division. 
Lorsque débarque Schilcher, le Paris FC navigue en queue de classement. Son équipe d'internationaux - Jean Djorkaeff, Jean-Paul Rostagni, Louis Floch, l'Israélien Mordechai Spiegler - ne parvient pas à redresser le cap et cède sa place au PSG de Just Fontaine et Robert Vicot. L'Autrichien rejoint alors le Nîmes Olympique. 

Le NO vit alors les derniers feux de l'ère Kader Firoud. Dans un rôle plus avancé, aux côtés de René Girard et Michel Mézy, Schilcher réalise la meilleure saison de sa carrière et Nîmes boucle la saison à la quatrième place. Il se lie par ailleurs d'amitié avec Marcel Boyron, qui n'hésitera pas en 1978 à le rejoindre au Sturm Graz, une première pour un footballeur français. Sa seconde saison est moins fructueuse. L'ancien Ajacide répond à l'offre peu commune adressée par le RC Strasbourg, tout frais relégué en D2. 

Fraîchement rebaptisé RCS après la parenthèse RPSM et désormais conduit par Alain Léopold sous le patronage désintéressé d'André Bord, le club alsacien vient de se lier les mains. La nouvelle équipe dirigeante a en effet convaincu Heinz Schilcher d'endosser un rôle d'entraîneur-joueur, en attendant un énième retour de Gilbert Gress la saison suivante, conclu dès l'été 1976, cette fois sur le banc de touche. Compromis boiteux dont le Racing des années 1970 était manifestement friand.

La saison sera tout sauf un long fleuve tranquille, malgré un démarrage fracassant contre Chaumont (9-0). Strasbourg a certes conservé ses meilleurs joueurs, jeunes pour la plupart, hormis Spiegel et le décevant Gérard Tonnel. Comme l'Israélien, Heinz Schilcher se voit contraint d'occuper le poste de libéro aux côtés de Léonard Specht. Il s'accommode tant bien que mal de son rôle de cadre, partagé avec Ivica Osim.
Les résultats laissent à désirer, avec trois revers en huit matchs. Le RCS touche le fond à Lucé en novembre, petit club d'Eure-et-Loir. A ce moment-là, Schilcher évolue déjà en tandem avec Alexander Schwartz, connu de tous sous le sobriquet d'Elek, ancien joueur du club avant la guerre et gloire du coaching, retiré à Haguenau. Le monde est petit, puisque Schwartz, par ailleurs germanophone, est originaire de la même région que Stefan Kovacs, l'ancien entraîneur de Schilcher. Débarrassé de ses attributions managériales, l'apport d'Elek Schwartz se matérialisant surtout d'un point de vue psychologique, l'Autrichien se voit libéré d'un poids, et le reste de l'équipe avec lui.
Les challengers Rouen et Besançon sont rattrapés puis semés. Strasbourg décroche finalement la montée grâce à son tandem austro-hongrois.

Comme prévu, Elek Schwartz retourne à sa retraite haguenovienne et Schilcher garde pour de bon maillot, short et crampons. Gress a convaincu des joueurs rompus à la D1, en la personne de Novi, Piasecki et Vergnes, bientôt suivis par Domenech. L'Autrichien découvre les pouvoirs enchanteurs de son entraîneur, capable de multiplier par dix l'affluence de la Meinau. Il faut dire que les résultats suivent : le Racing reste invaincu à la maison et joue les cinq premiers. 
Cette saison 1977-78 de D1 est riche en rebondissements. Longtemps en tête, le Nice de Guillou, Huck et Jouve s'écroule, tout comme l'OM. Sur une belle dynamique, Nantes croit tenir le bon bout, avant de se faire subtiliser la mise par Monaco. Derrière suivent Bastia, finaliste de la Coupe de l'UEFA et le Nancy de Platini. Saint-Etienne ne termine que septième. Dans une saison aussi dense, la troisième place du Racing est très prometteuse.

C'est le moment pour Schilcher, milieu de terrain ou libéro de devoir, de tirer sa révérence et de prendre son baluchon vers ses Alpes natales. En même temps qu'Osim, il laisse le Racing à l'aube de sa saison la plus aboutie, les deux grognards étant remplacés numériquement par Roger Jouve puis ultérieurement par Toko en tant que joueur étranger.

On retrouve la trace d'Heinz Schilcher au Sturm Graz, adversaire récurrent des clubs français en Coupe d'Europe. Il en est le directeur sportif tandis que son vieux compère Osim est entraîneur. On imagine le rôle décisif joué par les deux hommes dans le transfert vers l'Alsace de l'attaquant évoqué plus haut, Mario Haas.
Venu en voisin, Schilcher assistera dans l'ex-stade Arnold-Schwarzenegger à la rencontre entre Strasbourg et le Graz AK en septembre 2005, le temps de saluer son ancien partenaire Jacky Duguépéroux. Devenu recruteur pour l'Ajax, il claquera la porte après le refus du club hollandais de tester un jeune qu'il avait repéré, arguant qu'il avait déjà les mêmes profils en stock. Son nom ? David Alaba.
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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes