Benoit Poulain : "Le sentiment d'une saison accomplie"

Benoit Poulain, ancien joueur et capitaine emblématique du Nîmes Olympique, a décidé de découvrir le championnat belge au mois de juin 2014. Une première saison en Belgique riche en émotions pour Benoit. Adulé des fans du KV Courtrai et auteur de prestations remarquables, l'ancien gardois a accepté de se livrer à Total-futbol et de revenir sur ces derniers mois mouvementés

Tu viens de reprendre le chemin de l'entraînement il y a 15 jours avec le KV Courtrai donc on va d'abord te demander si tu vas bien. Pas trop dur la reprise ?

Ca fait un peu plus de 15 jours, j'ai repris le 15 juin donc ça fait déjà un mois. La reprise a été un peu difficile car j'ai eu pas mal de sollicitations de départ et nous avons aussi un tout nouveau staff, pas mal de nouveaux joueurs également donc tout le monde doit prendre ses marques. On va essayer de gérer au mieux le mois d'août mais j'ai hâte d'être à septembre pour retrouver plus de sérénité.

La saison dernière, tu décides de quitter Nîmes pour rejoindre Courtrai au détriment d'autres clubs. Comment les "Kerels" ont réussi à te convaincre ?

J'avais envie de sortir de la France et de la Ligue 2. Le club de Courtrai me paraissait le challenge le plus intéressant à tout point de vue. 

Courtrai a réalisé de belles performances en championnat la saison dernière mais termine au pied de l'Europe. Un sentiment mitigé pour le club qui aurait pu découvrir une compétition européenne...

Non, pas mitigé du tout ! Un très bon sentiment d'une saison accomplie. On est lucide, on a essayé de finir le plus haut possible au classement mais une saison d'Europa League est trop difficile à gérer pour un club comme Courtrai.

Pourtant, après la victoire face au Club Bruges (2-0 et où tu marques sur penalty), tout laissait à penser que vous pouviez aller chercher "quelque chose" en fin de saison. Qu'est-ce qui vous a manqué ?

La saison dernière, c'était vraiment une grosse équipe mais qui nous a bien réussi. Il manquait beaucoup de choses pour réussir a accrocher l'Europe. La cinquième place n'intéressait pas vraiment le club et les places au-dessus étaient difficilement accessibles. On avait perdu beaucoup d'énergie dans la phase régulière, on n'était pas prêt pour ces Play-off 1. 

Ce système de play-off vous a un peu puni finalement...

Oui mais c'est le jeu. A la fin, tu rencontres les plus grosses équipes du championnat. C'est vraiment le moment de se jauger face aux meilleurs et avec un enjeu supérieur. En fin de saison, on n'était pas dans notre meilleure période et la marche était trop haute. 

Personnellement, tu as tiré quel bilan de ta première saison en Belgique ?

Personnellement, bonne mais j'en attendais pas moins de moi-même ! Par contre, on a été vraiment performant collectivement, c'était agréable de voir comment on pouvait arriver à malmener certaines grosses équipes.

Tu as terminé deuxième au "Trophée Kerel" (trophée récompensant le joueur courtraisien le plus méritant de la saison aux yeux des supporters), ton public te voue un immense respect. Ta personnalité, ton talent et ton implication leur a énormément plu. Ca doit être une satisfaction immense surtout dès ta première saison, non ?

Oui je suis super content de ça ! Il s'est immédiatement passé quelque chose avec les supporters que je n'arrive pas a expliquer mais c'est cool ! Peut-être que j'ai un style un peu différent de ce qu'on peut voir ici et qu'ils ont apprécié. 

L'ambiance belge, et notamment celle du Stade des Eperons d'Or (le stade de Courtrai), semble fantastique. Comment tu l'as vécue sur le terrain ?

Oui l'ambiance est top ! L'échange entre joueurs et supporters à la fin des matchs, c'est vraiment kiffant. Il y a encore des places debout dans les stades. Chez nous, toute la tribune derrière le but est debout, il n'y a pas de places assises et puis il y a la bière "avec alcool", c'est un facteur non négligeable. Et pourtant c'est très familial, il y a des personnes de tout âge dans la tribune. Même quand on perd, les supporters nous acclament à la fin du match, c'est une culture différente du Sud de la France. 
 

Vidéo : KV Courtrai

Tu n'as connu "que" la Ligue 2 en France mais quelles différences y-a t-il entre le championnat français et le championnat belge ?

Il y a beaucoup de différences. Malheureusement pour la Ligue 2, la différence est bien en faveur de la Belgique. La première chose, c'est qu'il y a une ferveur positive autour du football dans ce pays et qui est proche de celle en Angleterre. On joue dans des stades quasiment toujours pleins. C'est pour ça qu'on joue au foot au départ. Je retrouve des belles soirées de football, c'est un régal. Après, le jeu est plus offensif et les joueurs sont plus libres de s'exprimer tactiquement. Je ne peux pas vraiment comparer à la Ligue 1 mais c'est certain qu'on prend plus de plaisir dans un club de milieu de tableau en Belgique que dans la moitié des clubs de Ligue 1 qui luttent pour se maintenir.

Le club a été racheté par Vincent Tan, un milliardaire malaisien. Bonne ou mauvaise chose pour l'avenir du club ?

Pour moi, cela n'a pas été une bonne chose car ça a permis au club de pouvoir me retenir alors que j'avais des propositions sportives et financières beaucoup plus intéressantes. Pour le club, on verra si ça peut l'aider à franchir un palier sans perdre son identité. C'est pas gagné.

Je vais te poser la question traditionnelle en cette période estivale de mercato : Courtrai ou un autre club pour la saison 2015-16 ?

Courtrai !

Revenons un peu sur le territoire français. Ton ancien club, le Nîmes Olympique, vogue en ce moment en eaux troubles. Tu as quitté le club 4 mois avant que l'affaire des matchs PRÉSUMÉS truqués n'éclate. Tu te doutais qu'une telle affaire secouerait ce club ?

Non, pas du tout. Je savais que le club n'allait pas dans la bonne direction avec les nouveaux dirigeants et j'étais très inquiet à long terme pour le Nîmes Olympique. Mais dans ces proportions, je n'y aurais jamais songé.

Lors du match des Crocos face à Tours (victoire 3-2 des nîmois), tu es venu aux Costières assister à la rencontre et tu as même accompagné les Gladiators 91 (groupe de supporters nîmois) en tribune... c'était un signe fort de ta part et une preuve de ton attachement au club gardois. On se doute de ta réponse mais que ressens-tu après toutes ces histoires qui ont nui à l'image du club ?

J'étais dégoûté... vraiment dégoûté de toute cette histoire d'autant plus que j'étais encore au club au moment des faits. Cela m'a aussi causé pas mal d'ennuis durant cette saison, c'était pas joyeux. Je ne suis pas très optimiste pour la suite, la sanction des 8 points est très pénalisante. Il faut vraiment exprimer de la gratitude aux personnes qui viennent mettre de leur argent personnel pour sauver le club. Après, c'est le projet sportif qui fait la différence en Ligue 2. Et j'ai peur que l'année exceptionnelle de la saison passée masque un peu les manques qui existent.

 

On va clôturer cette interview. As-tu un dernier message ou un mot à faire passer ?

Je souhaite vraiment que le Nîmes Olympique puisse se sauver la saison prochaine et être à nouveau dans de bonnes conditions pour accéder a la Ligue 1. J'entends toujours des joueurs adverses de Ligue 2 dire qu'ils se régalent de venir aux Costières pour l'ambiance. Le spectacle sur le terrain amène le spectacle en tribune mais n'oublions pas, supporters, que le spectacle en tribune amène aussi le spectacle sur le terrain. En espérant pouvoir revenir rapidement aux Costières dans les tribunes et sur le terrain, un peu plus tard.

Nous te remercions Benoit, de nous avoir consacré de ton temps et te souhaitons une bonne continuation et beaucoup de réussite.

Stéphane Morio

Pour Total-futbol

Interview Benoit Poulain

D'où t'es venu l'idée de partir en Belgique ?
Tu crois vraiment que je me suis dit, tiens, ça serait cool d'aller jouer en Belgique. Non, pas du tout. J'ai su au mois de Mars que le club de Courtrai m'avait beaucoup suivi ces dernières années et qu'ils étaient intéressés pour me recruter. J'avais vraiment envie de sortir de la Ligue 2 et un départ à l'étranger me tentait vraiment.

Sérieusement, tu connaissais le KV Courtrai ?
Non, je ne connaissais pas ... pas du tout.

Peux-tu nous parler de l'ambiance dans les tribunes du Stade des Éperons d'Or, le stade de Courtrai ?
Alors là, c'est le pied ! A Courtrai, il y a la tribune derrière le but, environ 2000 supporters debout, et quand ils chantent, c'est beau ! Après, le stade est un peu ancien, je te cache pas que c'est pas le plus beau de Belgique mais il y a une vraie passion avec le public. Quand on gagne, on va chanter avec la tribune, c'est sympa. Et puis, à l'extérieur, comme les déplacements sont courts, il y a pas mal de supporters présents.

Quel est le nom du tout premier stade dans lequel tu as évolué ?
C'était le stade de mon village, à Pérols. (Hérault, ndlr) Ça ce sont de bons souvenirs. Entraînement à 16h mais la moitié de l'équipe arrivait une heure avant. Moi j'arrivais 2 heures avant et puis je partais une heure après. Quand tu es gamin tu restes des heures sur le terrain. Tu ne vois pas passer le temps. Heureusement que le soleil se couche sinon je ne sais pas combien de temps on pourrait rester sur ces foutus terrains.
La dernière que j'ai joué sur ce terrain, c'était un Montpellier-Nîmes, en 18 ans Nationaux. Victoire ! Evidemment. 2/1 ! Deux buts de Ladislas Douniama à Geoffrey Jourdren. (rires) Dans ma génération, on perdait jamais contre Montpellier.

Te souviens-tu de ton tout premier but en Pro ?
Et comment que je m'en souviens ! Mon premier avec l'équipe première de Nîmes, j'avais 19 ans. Corner, tête, et but ! En plus, le score final était de 1/0, à Sète !! En terre héraultaise, c'est pas banal ça. J'avais gagné mon ticket pour le match suivant.

Le premier maillot que tu as acheté ou que l'on t'a offert ?
Un maillot que je garde en mémoire, c'est un maillot de mon oncle, un découpeur .... pas de citrons, un vrai défenseur, à l'ancienne, un adepte du carton. C'était un maillot de Coupe de France de Pérols, rouge et blanc, un peu le même que celui de l'Atlético Madrid, mais à l'ancienne. La dernière fois que je l'ai porté, c'était pour la détection à Nîmes, un de ces moments qui fait basculer ta carrière, ou pas.

Avec ta première paye, t'as offert un resto à tes potes ou tu t'es acheté un écran plat ?
C'était 3000€, magnifique à 20 ans ! Je m'étais dit que j'irai m'acheter quelques fringues parce qu'à l'époque ma garde robe craignait. Mais finalement je me suis blessé peu avant et j'ai dû me faire opérer à Bordeaux. T'imagines, le jour de ma première paye professionnelle, j'étais à l'hôpital. Du coup, je n'avais rien à fêter alors j'ai finalement mis de l'argent de côté.

Après une victoire, pour récupérer, t'es plutôt du genre à boire un litre d'eau, ou un litre de Kro ?
Je suis plutôt du genre à m'adapter à la situation d'après match, mais bizarrement, je me retrouve toujours autour de quelques bières. Faut voir les coéquipiers avec qui j'ai joué aussi. (rires)

T'es plutôt merguez/frites ou saucisson/beurre ?
Saucisson/Beurre.

Niveau chaussures, t'es plutôt 16-18 en alu ou crampons moulés ?
Je suis plutôt crampons moulés.

Jouer en Pro à Nîmes alors que tu es né et formé à Montpellier, c'est la honte un peu ?
Un peu, la vie peut être cruelle parfois ! C'est pour des pour des potes à moi que c'est le plus difficile. Ils ne pouvaient pas dire qu'ils supportaient Nîmes, mais en même temps ils ne pouvaient pas ne pas supporter Nîmes. C'est dur ça.
Bon, après je n'y ai passé que 3 saisons en fait, entre 11 et 14 ans, c'est juste une partie de ma formation, ne nous emballons pas non plus. (rires)
Regarde René Girard, vrai gardois pur sang. Pourtant il a donné un titre au MHSC, tu crois qu'il a honte Girard !?
Mon fils est né à Nîmes, j'espère qu'il jouera à Montpellier ! (rires) Plus sérieusement, mon club c'est Nîmes, il m'a tellement apporté. Mais ma ville c'est Montpellier, j'adore cette ville.

Quel est l'Homme qui a marqué ta carrière ?
Je réfléchis, je réfléchis, mais personne en particuliers.

Quel est ton meilleur souvenir sur un terrain de football ?
A Nîmes, il y en a des souvenirs, de sacrés moments de folie. Les deux montées en Ligue 2. La première c'était contre Laval en 2007/2008 je crois, et l'autre c'était contre le Poirée-Sur-Vie en 2011/2012. Ça reste quand même dans mes meilleurs moments. Je regarde les images parfois, ça me donne les frissons.

Quel est le stade le plus moche dans lequel tu aies évolué ?
J'ai joué deux saisons en National, alors j'en connais des stades moches ! Comme ça, je dirais Villemomble. Les supporters nîmois qui avaient fait le déplacement doivent s'en souvenir. Je crois que de là où ils étaient ils ne voyaient pas le ballon.

Et le plus beau ?
En Ligue 1, le Parc des Princes. Magnifique et mythique. En Ligue 2, le Stade Bollaert. J'ai failli y signer à deux reprises, ça reste un regret pour moi de ne pas avoir joué là-bas.
J'ai joué dans la plupart des nouveaux stades aussi, et c'est vrai qu'ils sont bien, Lille, Le Havre ... Mais je trouve que les stades se ressemblent tous maintenant, alors si les dirigeants de clubs lisent "Le Football Vrai", faites un effort s'il vous plait. (rires)

Quel est le joueur qui représente, pour toi, #LeFootballVrai ?
Ce qui fait le Football Vrai, c'est une certaine diversité, et toi tu me demandes de citer un seul joueur ... dur ... mais je vais citer Zidane. La classe, efficacité, le s titres, et puis c'es un emblème. Le mec te ferait croire en Dieu le plus cartésiens des cartésiens.
J'aime beaucoup Zanetti aussi ... Ok, on s'en fout mais je l'aime bien quand même.

Quel est le maillot qui représente, pour toi, #LeFootballVrai ?
Franchement, je ne sais pas, mais regardez les chroniques de Roustan sur L'Equipe, il a toujours une joli avec une belle anecdote à nous présenter.

Quel est le club qui représente, pour toi, #LeFootballVrai ?
Le Bayern Munich. Pour le football vrai, mais moderne.

Quel est l'entraîneur qui représente, pour toi, #LeFootballVrai ?
Aujourd'hui, il y a un sacré duel Mourinho-Guardiola quand même. 
Sinon, Alex Ferguson, c'était le meilleur, mais c'était plus qu'un entraîneur. 

Quelle est la compétition qui représente, pour toi, #LeFootballVrai ?
La Coupe de la Ligue ... Non je déconne !! La Ligue des Champions !! Qui peut répondre autre chose (90 des gars déjà interrogés m'ont répondu La Coupe de France, ndlr) Par contre pas la Coupe du Monde, l'esprit patriotique ou je sais pas quoi là ...

Si je te dis "Le football Vrai", ça t'inspire quoi ?
Oh putain ! Le remake du BAC Philo mais dans mon domaine ... Tu as le temps j'espère.
Il y a Le Football Vrai, sur le terrain, la technique, la tactique, le mental. Il y a une vraie culture en Italie, en Espagne, les supporters connaissent bien tout ça. Ils se regardent des émissions de trois heures où ça parle d'une passe ou d'un schéma tactique.
Après tu as Le Football Vrai en dehors du terrain, les supporters, l'ambiance au stade. Quand tu vois un mec supporter son équipe dans toutes les conditions, peu importe le résultat, peu importe le niveau ou la division. Quand tu es sur le terrain, et que tu perds 3/0, et tu les entends chanter, tu as envie de chialer. On voit beaucoup ça en Belgique, c'est énorme.
Et puis, il y a le Football en dehors du terrain. Et c'est qu'il est ce qu'il est. Tu apprends tous les jours à vivre avec 20-30 joueurs, tu dois te défoncer les uns pour les autres, en jouant avec 10 nationalités ou 4 religions différentes, et ça c'est énorme dans le Monde dans lequel on vit.
Bref, le Football Vrai, c'est le partage et la diversité.

Propos recueillis par Petit Pont Moulon

Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes