Nîmes et le PSG, les deux amours de Christian Perez

Aujourd’hui installé dans les Landes, l’ancien Croco suivra avec attention la rencontre entre Nîmes et le PSG, ses deux clubs de cœur.

Christian Perez a débuté sa carrière à Nîmes où il a connu ses plus grandes émotions avec une montée en D1 et une finale de Coupe de France, mais l'ancien international garde aussi un très bon souvenir du Paris Saint-Germain, un club qu’il a toujours regretté d’avoir quitté.

« Allez Pépé ! ». C’est le cri que l’on peut entendre dans les tribunes du stade Jean-Bouin dans les années 1980. Pépé c’est le surnom que les supporters nîmois donnent affectueusement à Christian Perez, l’attaquant venu de Saint-Rémy-de-Provence et originaire de Marseille. Le Provençal est un véritable feu follet dans l'attaque gardoise.

Nous sommes en 1979 quand l’avant-centre de poche (1m64) découvre le centre de formation du Nîmes Olympique : « Avec Claude Goudard nous l’avons inauguré. Puis sont arrivés Alain Lopez, Lionel Marijon et Bernard Aujoulat. » Pour chapeauter cette jeunesse prometteuse, le club peut s'appuyer sur Pierre Barlaguet, un entraîneur qui compte beaucoup dans la vie de Christian : « Nous étions aspirants et nous vivions avec Pierrot, sa femme et son fils. »

Un lien très fort né entre l’ancien et le nouveau crocodile : « C’était un monsieur très gentil, mais il ne le montrait pas. Il était dur, avare de compliment mais c’était son caractère. Il n’était pas comme certains, à vous passer de la pommade mais à trahir après. Il était intègre et fidèle. »

Voila une carrière qui s’annonce sous les meilleurs auspices et qui débute très tôt. Le 22 mars 1980, Henri Noël, le coach de l'équipe première, fait appel à lui pour affronter le Stade Lavallois : « Il y avait beaucoup de stress, mais j’étais entouré de gens que j’appréciais. C’était vraiment formidable. » Une première très précoce car Christian n’a alors que 16 ans, 10 mois et 9 jours. Nîmes s’impose 2-0 et Perez s’installe en équipe première pour sept ans.

Le jeune joueur doit s’intégrer dans un groupe où rien n’est donné. Il faut faire ses preuves face aux joueurs plus chevronnés et surtout rester humble : « Quand vous avez des Jouanne, Marguerite, Boissier et Girard, on ne la ramène pas et on travaille. À l’entraînement ils savaient se faire respecter. Même si nous avions envie de les bouffer, on ne le montrait pas car il y avait du respect. Nous n’avions pas le droit de broncher, sinon nous aurions pris des claques. » Une formation à la dure que ne rejette pas l’ancien nîmois. « Pour notre génération, les anciens étaient très importants. C’étaient des gens sympas et ils m’ont mis dans de bonnes conditions. »

Mais il ne faut pas croire que c’est le bagne pour les jeunes Crocos : « Je me souviens qu’Alain Lopez mettait de l’ambiance en faisant le con et on rigolait bien ». Ce septennat avec le maillot rouge est riche en émotions à l'image de la remontée en D1 qui passe par des barrages héroïques en 1983 : « C'était un match à Tours où, de ma vie, je n’ai jamais été autant dominé. Gilles Morisseau avait sorti une très grande prestation. Nous n’avions fait que défendre et nous avions marqué sur notre seule attaque grâce à Claude Goudard. C’était épique et franchement du vol à main armée. »

De Nîmes, Perez se rappelle aussi de ses coéquipiers comme le Danois Kristen Nygaard pour qui il a beaucoup d’admiration. « On s’entendait super bien sur le terrain. C’était un grand technicien, quelqu’un de très sérieux avec une éthique de travail. En entreprise nous dirions qu’il était corporate. Le néerlandais Ton Lokhoff était aussi très bon mais plus individualiste. »

Chez les entraîneurs Henri Noël a aussi beaucoup compté, Marcel Domingo un peu moins : « Avec lui c’était n’importe quoi ! ». En revanche le président Bousquet a laissé un bon souvenir à Christian Perez : « J'adorais le personnage. Il a tout réussi dans sa vie, c’est un grand monsieur. Un visionnaire doublé d’une belle personne. Il avait la classe et il était gentil. » On est là dans une époque où l’antre des Crocodiles est le stade Jean-Bouin. Un lieu où Christian s'est toujours senti chez lui : « C’était mon jardin et quand il était plein nous étions imbattables. Nous nous échauffions sur la piste cendrée. Elle devait mesurer 60 m2. Le public était chaleureux, chaud et chauvin. C’était bien. »

Mais vient le temps de couper le cordon et naviguer vers d’autres cieux. Cela passe d’abord par Montpellier (1987-88), puis le Paris Saint-Germain (1988-92), Monaco (1992-94) et Lille (1994-95). Sans contestation, l’étape qui l’a le plus marqué est celle dans la capitale. « J’ai aimé le PSG et j’en suis parti contre mon gré. Quand on s’entoure mal, ce sont des choses qui arrivent. »

Le couple Perez est heureux à Paris et il ne compte pas en partir mais parfois le destin ne tient à pas grand chose : « Michel Denisot devait prolonger mon contrat, mais mon agent n’avait pas bien travaillé sur ce dossier. Lors d’une soirée un peu arrosée, alors que je devais partir pour l’Euro 92, j’ai révélé que j’avais une proposition de Monaco. J’aurais dû ne rien dire et en reparler le lendemain. » Il faut parfois savoir se taire et Christian en a fait l’amère expérience : « Ça ne tient à rien, car peut-être que Denisot ne savait pas que je voulais rester à ce point. C’est le grand regret de ma vie. »

En 1988, il connaît sa première sélection en équipe de France (18 novembre 1988, Yougoslavie – France 3-2), et à la suite d’une longue transversale de Jean Tigana, l’ancien Nîmois ouvre le score dès la troisième minute. «C’est Joël Bats qui m’avait appris ma première sélection. Je lui ai dit ''arrête tes conneries !'' Ce qui est grisant c’est que c’est Michel Platini qui m’avait sélectionné. »

La suite est moins agréable et les bleus ne participent pas à la Coupe du Monde 1990 en Italie. En revanche, le France se qualifie pour l’Euro 92 et elle embarque Perez en Suède. Mais à l’issue de la saison 1994-95 Christian se retrouve sans club parce qu’il ne s’en est pas trop soucié. Nîmes se manifeste alors : « Je voulais rester dans le football mais pas spécialement revenir à Nîmes. Je n’étais pas préparé mentalement pour jouer en National. Pierre Barlaguet voulait que je vienne, Pierre Mosca un peu moins, mais j'ai fini par signer. »

Après huit ans dans l’élite, il plonge dans le Nîmes Olympique du National : « Au début ça a été dur. J’ai toujours été plutôt discipliné et je voyais les gamins arriver à l’entraînement deux minutes avant la séance. Je ne comprenais pas. Il y avait quelques têtes un peu dures, mais ils étaient tous adorables. » Alors, avec son expérience, l’international fait la leçon aux espiègles nîmois : « Ramdane, je lui disais "tu es nonchalant, tu arrives à l’entraînement au dernier moment. Que se passe-t-il ?" Il avait du talent et peut-être qu’il aurait pu faire mieux. Cela dit moi aussi j’aurais pu faire mieux, c’est le cas de tout le monde. »

Le NO patauge au troisième échelon et la relégation en N2 menace. Mais c’est parfois dans l’infortune que naissent les plus ardentes révoltes et en Coupe de France les Crocodiles épatent l’Hexagone. Après avoir éliminé Saint-Étienne, Strasbourg et Montpellier (trois équipes de D1), Nîmes tombe en finale face à Auxerre fraîchement sacré champion de France. « Je n’ai pas gagné de titre et j'ai fait une finale avec des gamins qui étaient déboussolés. C’est une très belle et magnifique histoire. »

Nîmes est perdant mais il a gagné une place en Coupe d’Europe, pourtant Christian n'y goûte pas : « Quand j’ai signé au club, j’ai dit au président Aimé Landes que le salaire était moins important qu’une reconversion. Ils ont estimé que cela ne valait pas la peine. Shanghaï est arrivé et je suis parti en Chine. J’aurais aimé rester à Nîmes et m’occuper des jeunes. »

Cette fois l’aventure entre Christian Perez et Nîmes Olympique se termine définitivement. Après une saison en Chine, le Marseillais change de branche et touche à tout. Il fait du marketing sportif, puis commercial chez un équipementier. Il travaille dans le produit d’épargne et vend des mobil-homes dans un camping. « Aujourd’hui je suis négociateur en immobilier à Biscarosse et franchement je me régale. »

Désormais le football, il le regarde de loin et privilégie la Ligue des champions. Mais l'ancien attaquant garde une tendresse particulière pour le PSG et bien sûr Nîmes qu’il suit régulièrement. « Cette saison j’ai vu les matches contre Nantes, Lens et Montpellier. Pour le derby je me suis fait un peu chier », confie celui qui devant son écran ne ratera certainement pas le Nîmes Olympique – PSG de ce soir. En souvenir d’une époque dorée où pour tous les Nîmois il s’appelait Pépé.

Norman Jardin 16/10/2020

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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