Sa voix a bercé les sportifs et les supporters gardois pendant plus de 25 ans. Mais la carrière de Max Provence est riche de 42 ans de journalisme pendant lesquels il a connu toutes les émotions. 

Il fait encore nuit ce mardi 21 septembre 1948. Il est 4h du matin et Nîmes dort encore. Mais dans une maison de la rue Jean Reboul, un garçon de 10 ans, s’est levé. L’oreille collée au transistor familial, il écoute la retransmission du combat de boxe entre l’Américain Tony Zale et le Français Marcel Cerdan. C’est un événement sportif majeur de l’époque. Le petit nîmois s’appelle Max Giraud et il vient de comprendre de quoi sera fait son avenir. « C’est là qu’à démarrer ma passion pour le sport. Dans ma salle de bains, je m’inventais des matches que je commentais », explique-t-il.

 

Après des années passées à l’école primaire de l’Oratoire, il poursuit ses études au collège du Mont Duplan. Là-bas, il officie pour L’École buissonnière, le journal des jeunes parrainé par la presse nîmoise. À titre de récompense, le magazine lui offre 26 jours de vacance en Sicile. En contrepartie, il doit rédiger des comptes-rendus de son voyage pour La Marseillaise, Le Méridional, Nîmes-Soir et Midi-Libre.

Cette expérience lui met le pied à l’étrier. Il choisit le pseudo Max Provence. « J’ai trouvé que cela chantait bien. Pour les rédactions parisiennes, j’étais le journaliste du soleil ». En 1956, il entre à La Marseillaise pour y couvrir le sport. Il y reste 18 ans et découvre la coupe d’Europe avec les Crocos : « J’ai fait les voyages à Setubal et Zurich avec le Nîmes Olympique ». En parallèle, il collabore avec Nîmes Soir et Le Provençal. Des activités qu’il partage avec son métier d’agent des impôts.

 

Puis, en 1974, Radio-France l’engage pour être correspondant de France-Inter dans le Sud et couvrir le sport pour Radio Nîmes (ancien nom de France Bleu Gard-Lozère, NDLR). Le grand Max Provence commente les matches que le petit Max Giraud imaginait dans sa salle de bain 26 ans plus tôt. Et il va s’en donner à cœur joie avec le Nîmes Olympique, l’Olympique d’Alès et de l’USAM.

Sa voix devient familière aux supporters nîmois et alésiens. Il couvre tous les matches de coupe d’Europe de l’USAM. « L’USAM, c’est ma deuxième vie », confesse-t-il avec des étoiles dans les yeux. C’est lors d’un USAM – OM Vitrolles décisif pour l’attribution du titre de champion de France, qu’il marque le plus les esprits. « Les deux équipes étaient à égalité et à 5 secondes de la fin le nîmois Saracévic part sur son aile et marque. ». l’USAM est championne de France et Max Provence lance la formule désormais célèbre « les Nîmois fous de joie, les Marseillais foudroyés ».

Avec les Verts de la grande époque il traverse l’Europe du Nord au Sud et d’Est en Ouest, non sans quelques péripéties. Comme en 1984, lorsque l’USAM joue son premier match de coupe continentale. La rencontre se joue à Berchem au Luxembourg, mais Max débarque à Berchem… en Belgique. Juste le temps de monter dans un autre train pour la bonne destination. Les Usamistes l’attendaient de pied ferme. « Il s’est bien fait brancher », se souvient Alain Portes, l’ancien joueur de l’USAM.  « Après ça, j’étais surnommé le Belge » rappelle Max.

Les footballeurs l’apprécient aussi et ils ne manquent pas de le taquiner lorsqu'il entre dans les vestiaires. « Les Crocos disaient que j’étais supporter d’Alès et les Cévenols disaient que j’étais supporter de Nîmes », se souvient Max qui s’entendait bien avec Pierre Barlaguet, Jacky Vergnes, Kristen Nygaard, Christophe Zugna et Kader Firoud. Pour un de ses derniers matches, il commente la finale de la Coupe de France, Auxerre – Nîmes Olympique, perdue par les Crocos 2-1. Comme une apothéose.

En 1998, après 42 ans de bons et loyaux services, il passe la main. Celui qui a toujours milité pour la retraite à 60 ans reste fidèle à ses convictions. Avant de tourner la page, il sympathise avec Grégory Jullian, alors journaliste nîmois débutant à Radio France Nîmes. Le jeune homme a grandi en écoutant les commentaires de Max Provence et il apprend à connaître son aîné. « Il a une forte personnalité, du charisme. Il est attachant et généreux mais il n’avait peur de personne et il transmettait de la confiance en soi », se rappelle Grégory Jullian, aujourd’hui journaliste à France Bleu Loire Océan, à Nantes. Malgré les années passées et la distance, les deux hommes sont restés en contact.

Max quitte le journalisme mais pas le sport. Il devient speaker du stade des Costières pendant trois ans. « J’étais chargé de l’animation, de la lecture des compositions d’équipe et de nommer les buteurs ». Durant cette période il gère aussi le journal des supporters.

Désormais, Max Provence profite de sa retraite mais les Crocos ne sont jamais très loin. Roselyne, son épouse, peut en témoigner :  « Quand il y a un match du Nîmes Olympique à la télévision, trois heures avant il est fébrile. Il faut que l’on mange plus tôt et si je dis qu’ils ont mal joué, je me fais gronder. » Ce soir, Max et Roselyne seront devant leur poste de télévision pour suivre le match des Crocos au stade Vélodrome. Croisons les doigts pour qu’à la fin de la rencontre les Nîmois soient à nouveau "fous de joie et les Marseillais foudroyés".

 

 Norman Jardin

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"S'il n'y avait que des équipes comme Nîmes Olympique en Ligue 1, on s'emmerderait moins"     (Pierre Ménès - Canal Plus)

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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