JEAN PIERRE BETTON DIT « LA BOULE »

A Georgette, Olivier, Sophie et ses petits enfants

Jean Pierre Betton a fêté ses 75 ans le 5 mars 2021. Son état de santé, qui l’a enfermé dans ses rêves de ses duels avec Skoblar, de son unique but marqué contre Sedan, ou de son amitié indéfléctive avec ses frères que sont Augé et Mézy, nous empêche d’échanger malheureusement avec lui, mais ses amis de jeunesse ou de jeu se souviennent de « La boule », le stoppeur de la grande équipe vice championne de France.

A l’automne 1962, l’équipe cadet du Nimes Olympique, avec dans ses rangs Malassagne, Novi, Grandmoursel, Valls et Gomez (entres autres) se déplace à Bagnols pour affronter les cadets de l’ESBM (Entente Sportive Bagnols Marcoule). René Menozzi, ami de Jean Pierre et joueur de l’ESBM, raconte : « Les conditions étaient difficiles, il faisait froid et le vent soufflait. Malgré une belle opposition nous avons perdu le match face une équipe nimoise forte de quelques individualités qui allaient faire parler d’elles. Le dirigeant nimois était Hubert Delprat. A la fin du match il approche Jean Pierre qui était dans notre effectif depuis 1958 en équipes minimes, et lui demande s’il ne veut pas signer au Nimes Olympique. Mes parents tenaient le bar des sports l’épicentre du football à Bagnols. Lorsque les parents Betton devaient s’absenter, Jean Pierre était comme chez lui et partageait les repas dominicaux d’avant match avec la famille Menozzi ».

Jean Pierre accepte la proposition d’Hubert Delprat et débarque au Nimes Olympique le 18 juin 1963. Dejà repéré par Marcel Rouvière lorsqu’il jouait en sélection cadets Gard Lozère, il ne tarde pas à se mettre en valeur, puisqu’en décembre 1963 il est présélectionné en équipe de France junior. Hébergé avec Canetti, Bonzanini ou encore Rizzi dans le foyer de la Rue Richelieu, le jeune Betton est accueilli dans la pouponnière nimoise de la meilleure des manières et Marcel Rouvière le prend sous son aile.

Le 13 décembre 1964, lors de la 16ème journée, Nimes se déplace à Toulouse alors entrainée par un certain…Kader Firoud. En compagnie de Landi, Baconnier, Kabile, Novi, Djeballi, Gomez, Valls, Garnier, Marcellin et Tylman, Jean Pierre débute avec l’équipe fanion « J’étais très impressionné mais avec Novi à mes cotés ce fut finalement très facile » déclare t-il au journal Football Gard Lozère en 1984. Jacky Novi se souvient : «Charles Alfred était blessé. Les entraineurs Pibarot et Rouvière m’avaient dit dans la semaine que je formerais la charnière centrale avec le junior Betton. A l’époque nous faisions tout pour bien incorporer les jeunes et je me souviens que Jean Pierre avait fait un match propre même si le tandem d’attaque toulousain Barrafe-Soukhane nous fit suer la goutte ». A la mi temps, les entraineurs décalent Jean Pierre à gauche et font passer Kabile au centre. Face à l’ailier toulousain Ahache, Betton est sérieux et concentré rapporte le Midi Libre. Jean Pierre ne connaitra le gout de rejouer avec les pros qu’en août 65 contre St Etienne (2-1 buts de Mahi) puis en octobre 66 contre Sedan (2-2 doublé de Chillan). Parallèlement à ses débuts, le président Chiariny le fait rentrer dans l’administration au centre de contrôle médical. Il y rencontre Georgette qui, en 1966, deviendra Madame Betton. Jean Pierre tarde à rentrer dans le groupe pro. Dans une interview au journal Crocodile il déclare : « J’ai mis deux ans avant de franchir le rubicon car je travaillais parallèlement dans une administration. En ayant de plus en plus de problèmes pour concilier ces deux activités j’ai dû faire un choix ». Ce choix Jean Pierre ne le regrette pas car à partir la saison 68, il devient le stoppeur indiscutable des crocos et compose, avec son alter ego Augé, la charnière de la défense centrale citée encore en exemple 50 ans après dans les discussions entre supporters. Jean Pierre avec son mètre soixante quatorze et ses 73 kilos n’est pas un grand gabarit, mais il va s’affirmer comme un joueur de devoir. Jean Charles Canetti, avec lequel il partage son premier appartement Route d’Uzès, se souvient : « Il était un homme sérieux sur le terrain, un joueur qui ne lâchait rien et un gros travailleur même si à l’appartement il était plutôt désordonné ». Jean Marie Marcellin ajoute : « Il n’était peut être pas le plus technique de l’équipe mais par contre il était celui qui respectait les consignes à la règle ». Martinelli, quant à lui, souligne le courage du joueur : « Contre l’OM en coupe à Alès, il a joué avec l’avant bras fracturé suite à un contact avec Bonnel. Il a terminé le match sans sourciller ». Michel Mézy au même chapitre ajoute « Il s’était fait une fissure du ménisque. Durant six mois il a continué à jouer. Mazurier, le kiné de l’époque, lui avait montré comment débloquer son genou, il n’était pas rare durant cette époque le voir en plein match se remettre le ménisque en place ». Henri Augé garde le souvenir du joueur repoussant ses limites sans desserrer les dents « Nous étions allés jouer au Panatinaikos en Grèce. Un attaquant lui avait fait une semelle et lui avait déchiré la chaussette et mis au sang le tibia. La « Boule » termina le match sans se plaindre ».

Tous ses amis reconnaissent le joueur courageux qu’il était « C’est un garçon qui ne tournait jamais le dos lorsqu’il y avait un coup franc quitte à prendre le ballon en pleine figure » ajoute le capitaine Auger. André Kabile rappelle ses duels avec Skoblar : « Skoblar avait du talent mais c’était une p… Il te crachait dessus, te donnait des coups, t’insultait. Lorsque Jean Pierre était au duel avec lui, Skoblar battu dans l’aérien lui mettait des coups de coude sur la tête ». Mézy ajoute « Jean Pierre n’avait pas un physique exceptionnel mais par contre il avait un timing extraordinaire. Il était presque impossible de lui prendre un ballon de la tête. Il sautait juste, il avait une impulsion parfaite. Il était correct mais dur sur l’homme, il y mettait du physique. Il a mis Skoblar et d’autres avant-centre à ses pieds ». Henri Augé confirme les affirmations des ses collègues : « Jean Pierre dans le jeu était un roc. Un homme qui ne craignait rien ni personne. Son jeu de tête était parfait, nous formions un binôme parfait. Si vous regardez les statistiques de la période où nous jouons ensemble, vous verrez que les argentins de France (Onnis, Marcos,…) n’ont jamais marqué contre nous. Dans la vie sociale, Jean Pierre est l’ami sur lequel on peut toujours compter. Un gars droit et réglo. Un homme bien, un frère pour moi ». Michel Mézy ajoute « il fait partie de mon pré carré d’amis. Je suis fier d’être son ami ! ». Jean Claude Malassagne, compagnon des débuts de Jean Pierre conclut : « Jean Pierre c’est le Nimes Olympique ! Voilà l’exemple même du joueur nimois par excellence ! Un joueur de devoir et un homme droit !». De 1969 à 1974, Jean Pierre dispute 205 matchs sous le maillot croco et marque un seul but. C’était le 3 septembre 1969 contre Sedan à la première minute de jeu : « Quand j’ai mis le ballon au fond, sur un contre, c’était le plus beau jour de ma vie ». Nimes avait gagné ce soir là 5 à 1 (Mézy, Diongue, Gianella, Ruelle ajoutant les 4 autres buts). Jean Pierre dans sa bulle à souvenirs doit sans doute refaire le scénario de cet unique but inscrit.

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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