L’Olympique de Marseille accueille Nîmes Olympique ce soir pour le compte de la 20e journée de Ligue 1. C’est l’occasion de retrouver José Anigo, qui a tout connu avec l’OM mais qui a aussi porté le maillot des Crocodiles pendant trois saisons. Il revient, avec plaisir, sur son passage dans le Gard dont il a gardé un excellent souvenir.

Objectif Gard : Dans quelles circonstances avez-vous signé au Nîmes Olympique ?

José Anigo : À partir du mois de janvier 1987, j'ai eu des contacts avec Nîmes et Bastia. On a discuté avec Monsieur Bousquet, le président du club, le projet de remonter en D1 était très intéressant. Beaucoup de bons joueurs sont arrivés : Jean-Paul Bernad, Thierry Ninot et Daniel Krawczyk. On avait une très belle équipe et le coach Jean Sérafin me voulait. Cela s'est fait tout simplement et j’ai passé trois années exceptionnelles à Nîmes.

Malgré ce recrutement ambitieux, les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances.

Quand vous changez beaucoup de joueurs, il faut au moins six mois pour s’adapter et c’est peut-être un paramètre que le club n’avait pas envisagé. On a quand même fait deux fois les barrages. Nous avions un bon groupe avec notamment Daniel Alberto et Jorge Dominguez, je pense qu’aujourd’hui il ferait du mal à beaucoup d’adversaires. Il y avait aussi pas mal de jeunes nîmois qui commençaient à émerger comme Alain Espeisse, Philippe Sirvent, Frédéric Arpinon et Ahmed Maharzi. Ils avaient tous du talent.

C’est aussi la saison où Sochaux écrase votre de poule en D2.

Oui, avec une génération de jeunes surdoués formés au club comme Stéphane Paille, Fabrice Henry et les autres. C’est ce qu’aurait peut-être dû faire Nîmes, mais la direction voulait tellement remonter rapidement. Bousquet était très ambitieux et nous l’étions tous.

Votre passage à Nîmes est-il un échec sportif ?

Quand on ne va pas au bout de l’histoire c’est forcément un échec. L’objectif était la montée et j’aurais aimé la faire avec Nîmes. Une accession avec Nîmes, ça doit être marquant.

Et humainement ?

J’ai vécu beaucoup de choses avec Marseille mais les plus belles expériences je ne les ai pas forcément vécues là-bas. À Nîmes, c’était une très belle expérience humaine, la première fois que je quittais mon cocon. Le changement de vie a été parfait et j’ai adoré les Gardois.

Qu’avez-vous apprécié dans le Gard ?

Une région tellement proche et tellement loin à la fois de Marseille. On est voisin mais tout nous sépare. La mentalité est différente. Je vivais à Poulx et j’en ai que des bons souvenirs car je m’y suis fait des bons amis et j’ai vraiment vécu des très belles choses pendant trois ans. J’ai gardé des contacts avec Alain Espeisse, Éric Garcin et Thierry Ninot. J’ai appris dernièrement le décès d’Henri Noël, j’arrive à avoir quelques infos par-ci, par-là.

On vous sent marqué par cette période, n'est-ce pas ?

Marseille est mon club de cœur et j’y suis né. Mais je vous garantis que les résultats que je regarde en priorité ce sont ceux de l’OM et de Nîmes.

Quels étaient vos rapports avec les entraineurs nîmois ?

Il y d’abord eu Jean Sérafin qui venait de Nice où il avait eu des bons résultats. Il n’est resté qu’une saison. Il était un peu à l’ancienne, proche des joueurs avec une capacité de travail plus importante que ce que l’on peut connaître aujourd’hui.

Et Bernard Boissier ?

Quand il jouait à Toulon et moi à Marseille, on se foutait bien sur la gueule parce qu’on était deux combattants. Bernard, c’était l’identité nîmoise, comme je l’étais à l’OM. Il était bon mais très dur sur le terrain. On s’est très vite accordé car il est très gentil et c’est une belle personne.

Quel souvenir vous a laissé Jean Bousquet ?

J’aimais bien cet homme parce qu’il était ambitieux. Le problème de ces présidents qui font de la politique, c’est qu’ils ne dirigent pas toujours les clubs pour les bonnes raisons. Il ne connaissait pas trop le football professionnel et il a imaginé qu’en achetant beaucoup de joueurs de D1, ça marcherait.

Le stade Jean-Bouin était-il si terrible pour les visiteurs ?

Ce n’était pas une légende ! Quand tu venais à Nîmes, c’était comme d’aller à Bastia, on savait que le contexte allait être compliqué. Le terrain était petit et le public très chaud, tu te faisais soulever très vite. Pour moi Jean-Bouin c’était Nîmes. Pour avoir joué en tant que visiteur avec Marseille, ça représentait Nîmes, c’était chaud.

Et d'y jouer en tant que Nîmois, ça faisait quoi ?

Avec Nîmes, j'ai commencé à Jean-Bouin. La première chose que j’ai faite : c'est exploser tout ce qu’il y avait dans mon secteur.

Quel genre de joueur étiez-vous ?

J’étais plus un boucher que le contraire, je n'étais pas extraordinaire mais un joueur de devoir, plutôt basé sur la puissance et l’impact. À l’époque, les défenseurs défendaient et les autres se démerdaient devant.

On a l’impression que Nîmes Olympique était fait pour vous.

Cette mentalité m’allait comme un gant. J’aime ce club parce qu'il était très familial et avec une histoire. C’est Kader Firoud et tout ce que j’ai connu quand j’étais jeune. Bernard Boissier et René Girard m’ont donné la leçon sur le Nîmes qu’ils avaient connu.

Cela n’a-t-il pas été trop dur de quitter l’OM qui jouait en coupe d’Europe et de venir en D2 ?

Je m’étais blessé au genou et l’OM avait acheté d’autres joueurs. Il me restait encore un an de contrat avec Marseille, mais quand on sent que l’on perd la confiance des gens pour lesquels on travaille, il vaut mieux s’en aller. Je suis quelqu’un qui marche à l’affect et aux principes de vie. Les gens qui étaient en place à l’époque, Jean-Pierre Bernès et Bernard Tapie, ça ne correspondait plus à ce que j’aime de la vie et du football.

Vous souvenez-vous de certaines fin de match mouvementées ?

Un jour on va à Sochaux et on en prend six (NDLR : 6-1). À la fin je pète les plombs et je vais dans le vestiaire de Sochaux et ça ne se passe pas très bien. Je dérape et j’écope de six matchs de suspension. Mais je crois que nous avions tous craqué ce jour-là car on s’était bien fait chambrer par les Sochaliens. Çe voyage restera gravé et le lendemain la presse titrait : « Règlement de compte à OK Bonal ».

Sur quel joueur fallait-il compter pour mettre l'ambiance ?

Il y avait Jorge Dominguez, le plus dingue, le clown de l’équipe. Son jeu c’était de planquer les outils des kinés. Ils les rendaient fous tous les jours. On n’est jamais montés mais le groupe ne s'est jamais désagrégé, il y avait une belle ambiance.

Quel est la différence entre un supporter marseillais et nîmois ?

Ça reste la même passion mais à Nîmes c’est moins versatile. À Marseille, vous pouvez passer de l'extraordinaire à très mauvais très vite. Je pense qu’il y a plus de mesure à Nîmes. Les Nîmois sont des connaisseurs de football et ils ont une autre approche. Avec tous les mauvais résultats qu’a le NO ces derniers temps, il y a eu beaucoup de patience avant que les supporters s'énervent. Alors qu’à Marseille, depuis très longtemps ça aurait pété.

Quel regard portez-vous sur la saison actuelle du Nîmes Olympique ?

Je suivais les saisons avec Bernard Blaquart, il y avait une adhésion à son projet et le tandem avec Jérôme Arpinon marchait bien. Je pense que Jérôme est certainement un bon coach mais qu’il lui aurait fallu un adjoint plus expérimenté dès le début. Nîmes vend ses meilleurs joueurs car il doit dégager des fonds. Quand vous faites ça, vous condamnez votre équipe à souffrir. C’est pour cela que le rôle de Jérôme est compliqué. On l’envoie à la guerre mais on lui retire les munitions. Quelques fois, quand tu es coach, il vaut mieux t’en aller plutôt que de rester dans un projet où tu sais que ça va être compliqué. Je trouve que Nîmes c’est un peu trop affaibli cette saison. J’adore Jérôme et je lui souhaite de trouver une organisation dans laquelle il sera plus à l’aise et il a besoin de soutien à l’intérieur ainsi qu'à l’extérieur du club. Nîmes ne peut pas se permettre d’avoir des turbulences, ce n’est pas comme ça que les choses vont avancer. Même si c’est dur pour tout le monde, les supporters et le club, il faut un soutien total et peut-être se renforcer de deux ou trois joueurs d’expérience pendant le mois de janvier. 

Un retour à Nîmes de José Anigo est-il envisageable dans le futur ?

La seule porte que je ferme, c’est celle de Marseille. J’ai fait à l'OM des choses très intéressantes mais mon histoire là-bas est finie. Nîmes, c’est un projet qui est plus que beau, c’est un vrai bon club et une place forte du football français. Le NO peut-être l’égal de Montpellier sur la longévité en Ligue 1. Mais pour cela, il faut qu’il y ait un vrai travail de fond. Je ne sais pas si la formation produit des joueurs et c’est pourtant nécessaire pour un club comme Nîmes. Aujourd’hui j’ignore comment les dirigeants travaillent, recrutent et cherchent. Ont-ils les moyens de développer tout ça ? Certains clubs sont gouvernés par des gens qui ne sont pas des vrais mordus de football. Nîmes a besoin de passionnés, pas de personnes qui viennent pour des raisons financières ou commerciales. Il faut des gens qui ont un vrai projet et qui connaissent le football.

Quelle fonction occupez-vous désormais ?

Je bosse encore pour l’Olympiakos (Grèce) et j’y ai fait venir Mathieu Valbuena, Youssef El-Arabi et Yann M’Vila. Je continue à être pas trop mal car le club participe à la Ligue des champions. Je crois qu’ils ne sont pas trop malheureux.  

Propos recueillis par Norman Jardin le 16/01/2021

clic sur les photos pour agrandir

RECHERCHE ARTICLE OU PERSONNALITE

Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes