Entretien avec Pierre Habourdin, Head Groundsman sur les pelouses du Nîmes Olympique.

 

Originaire de Béthune dans le Pas-de-Calais, j’ai effectué en 2009 un BTSA Aménagements Paysagers après un BAC STAV. Après ces deux belles années en Bretagne, je suis parti dans un Certificat de Spécialisation en entretien de terrains de sport au CFPPA des Flandres à Dunkerque.Durant mes stages effectués avec un Meilleur Ouvrier de France, qui m’a appris la rigueur, la qualité et la finition du travail. J’ai pu mettre en pratique ses qualités durant mon année de spécialisation que j’ai faite en alternance dans le football, au Domaine de Luchin (centre d’entrainement du LOSC) ainsi qu’au Stade Pierre Mauroy.

Lors de cette période, j’ai appris le métier de Groundsman (ou dit vulgairement ‘jardinier’) qui consiste en l’entretien des pelouses de football, rugby, golf ou hippodrome. Ce métier nécessite de la rigueur, de la connaissance et une bonne réactivité.

Après cette année d’alternance j’ai continué comme Groundsman Assistant toujours au sein du stade du LOSC. Celui-ci accueille la Champion’s League, la Ligue 1, des matchs de rugby du Top 14 mais il est également multi-évènementiels avec des concerts. En effet, ce stade peut être configuré en Arena de 28 000 personnes avec la pelouse qui se sépare en 2 et qui vient se superposer.

Après deux ans passés dans ce stade, j’ai choisi de partir en 2014 au stade Saint Symphorien du FC Metz mais comme Head Groundsman (responsable et référent pelouse).

En tant que responsable nous avons en charge la gestion du chauffage au sol, la planification et la maitrise de la luminothérapie (qui compense de manière artificielle le soleil), les opérations d’entretien de la pelouse, la fertilisation, l’arrosage et la préparation du match ainsi que l’après, avec la réfection des tacles. Ce stade était le deuxième avec la technologie Airfibr de Natural Grass. Ce système est un renforcement du sol à l’aide de fibres synthétiques, de sable et de liège.

Au cours des deux années passées à Metz, j’ai terminé la saison 2015 à « 3ème place » au Championnat des pelouses de Ligue 1 et « Champion de Ligue 2 » pour l’année 2016.

Pendant le Mercato hivernal 2016-2017, je suis arrivé au Stade des Costières toujours comme Head Groundsman, pour une nouvelle aventure d’approche sur les différents plans d’entretien, climatique et économique.

Notre métier a été mis en avant lors du dernier Euro de football en France et des pelouses qui ont déclenché un tollé relançant le vieux débat de la qualité des pelouses.

Depuis quelques saisons, se multiplient les substrats renforcés pour remplacer les terrains terre/sable. Parmi ses substrats, on retrouve le Airfibr et le Grass Master de Desso, conçus initialement pour évacuer les précipitations et éviter les dommages de surface. Ils sont essentiellement constitués de sable et de fibres synthétiques. Le gazon poussant dans ces substrats oppose une grande résistance à l’arrachement, préservant ainsi la planéité et le couvert végétal. C’est la base indispensable des ‘billards‘ plébiscités par les amateurs du beau jeu.

En revanche, ils ont une vie microbienne très faible et ils décomposent très mal le gazon mort créant une accumulation organique.

Les techniques d’entretien évoluent avec le chauffage et la luminothérapie (compensation du soleil). Associés, ces deux éléments permettent de conserver le gazon en croissance tout l’hiver. Ils donnent aux pelouses les moyens de se régénérer et de conserver une couverture végétale dense et résistante. C’est ce qui maintient le ‘billard’ dans un état homogène tout au long de la saison.

Les stades français se sont énormément modernisés pendant les 5 dernières années. Les compétences et le savoir-faire des managers de terrains et des jardiniers sont allés de pair. La réalisation d’une pelouse parfaite nous est demandée, malheureusement très différent par rapport à la classe anglaise, notamment avec une gestion climatique très particulière à Nîmes.

Les clubs prennent conscience de l‘importance de la pelouse qui est un maillon essentiel d’une équipe. Comme tout sportif de haut niveau, elle a besoin d’être bien équipée, entrainée suffisamment à l’avance afin d’aborder sereinement une compétition.

La base du terrain date de la construction du stade à la fin des années 80, même si une rénovation du drainage et de l’arrosage a été faite dans les années 2010, l’entretien reste toujours exigeant.

La première contrainte est la chaleur, le gazon ne pousse qu’à une température de 8°C à 24°C, à 36°C, il meurt. Nous travaillons donc sur la sélection des gazons avec des variétés américaines ou espagnoles et nous adaptons l’arrosage tôt en matinée puis des syringes (micro-arrosage permettant de refroidir le gazon) et où nous devons faire attention et en respectant les restrictions.

Avec les 2 éléments précédents, nous avons une forte pression cryptogamique (maladie). Nous nous organisons donc avec des préventifs et lorsqu’il est nécessaire du curatif sachant qu’il y a de moins en moins de produits homologués. C’est pour cela que nous testons avec le club des produits biologiques et des stimulants naturels afin de respecter l’environnement et surtout les joueurs.

Depuis l’été 2018, nous avons une maladie très importante sur la pelouse : « la pyriculariose ». C’est un champignon qui détruit totalement la pelouse l’été, nous le connaissons depuis l’après Euro 2016 avec les pelouses de Toulouse et Montpellier ainsi que chaque année en début de championnat dans les stades en France. A ce jour, aucun traitement curatif n’est connu, nous devons donc nous adapter notamment avec des préventifs et des pédiluves à l’entrée du stade pour tout le personnel du match afin d’éviter la transmission par les chaussures.

Le deuxième incident climatique marquant à Nîmes est les épisodes cévenols. En tant que responsable, le stress est au maximum lorsque nous entrons dans les périodes délicates. Car les évènements sont imprévisibles (Nîmes-Rennes) et parfois inattendus sur les quantités (Nîmes-St Etienne).

Dans ce cas, nous effectuons des réunions avec le club et les différents services météorologiques afin de déterminer le risque, la puissance de l’épisode et le protocole de protection de la pelouse. Depuis 2 ans, le club dispose d’une bâche de protection qui couvre la totalité de l’aire de jeu. Sa mise en place, monopolise 4 personnes en 4H et son repli 3H minimum à 15 personnes en fonction des conditions météo car nous devons évacuer les éléments sur la bâche (eau, neige, givre) avant de les plier afin d’éviter la moisissure. Le demi terrain le long de la Tribune Sud est plus sensible à cause de l’ombre de la toiture et de la présence de la nappe phréatique en dessous. Cela provoque un réchauffement plus long en hiver, donc, une croissance plus faible et une infiltration plus longue due au taux d’humidité élevé. 

Même en cas de fortes pluies, la pelouse a une capacité maximale d’infiltration avec environ 15L/m² par heure contre 180L/m² par heure sur les nouvelles pelouses hybrides. Un maximum de précautions est pris lors des réunions de préparation. Nîmes Olympique

ENTRETIEN AVEC PIERRE HABOURDIN, HEAD GROUNDSMAN AUX COSTIÈRES (2/2)

L’ENTRETIEN DE LA PELOUSE

Suite à une formation à Arsenal, nous effectuons maintenant des scalpages à chaque inter-saison afin d’avoir un entretien plus facile en hiver et un meilleur visuel sur la qualité de la pelouse.

Cette opération consiste à retirer les déchets de la pelouse qui s’accumulent pendant la saison avec les tontes, les arrachements au cours du match. Nous en profitons également pour y incorporer environ 90T de sable pour le drainage du terrain puis nous ressemons le terrain avec des graines. En moyenne, il faut 7 à 8 semaines pour qu’il soit jouable.

Nous effectuons d’autres opérations un peu moins lourdes pendant les trêves internationales avec un défeutrage (appelé scarification pour les particuliers), top dressing, décompactage et regarnissage.

Nous complétons ainsi par des opérations légères en court de saison par les tontes, fertilisation, aération à lames et à broches. La hauteur de tonte peut varier en fonction de la saison et de la demande du staff, pour un match particulier, en fonction du type de jeu qu’il souhaite.

Pour la préparation d’un match, nous l’effectuons le jour même, nous faisons principalement le visuel (il faut environ 7H pour une personne). Nous commençons par une tonte avec une tondeuse hélicoïdale en long puis en large. Ensuite, le traçage puis le montage des buts fixes et mobiles. Nous complétons par un petit arrosage avant et/ou à la mi-temps si nécessaire et à la demande du staff. Nous avons mis des buts mobiles afin de préserver les zones de buts notamment avec les échauffements physiques des gardiens. Cela fait suite à la charte des pelouses de la LFP pour la préservation de la pelouse.

Après le match, nous faisons une remise en état ce qui consiste à remettre en place les tacles et les griffes afin que la pelouse se redensifie le plus vite possible puis une tonte à la rotative pour ramasser les petits déchets. Ensuite, une aération des points de regarnissage manuel et une fertilisation si nécessaire.

Cette saison, bons nombres de petites tâches vert clair sont apparues sur la pelouse ; rien de très grave, il s’agit d’une variété de gazon, le « paturin annuel » (une mauvaise herbe, peu populaire pour nous car impossibilité d’utiliser du sélectif afin d’éliminer cette herbe indésirable). Celle-ci provoque une surconsommation d’eau, d’engrais et malheureusement avec un faible enracinement. C’est pour cette raison que nous scalpons à l’inter-saison où nous pouvons peindre la pelouse ; ce qui n’est pas très écologique ni économique pour un défaut esthétique.

Durant ces derniers mois, nous nous sommes adaptés au contexte de la crise mondiale. Nous avons continué à faire l’entretien des pelouses normalement car nous attendions la décision finale de la LFP pour la fin de saison 2019-2020. De ce fait, nous avons profité pour réaliser des opérations d’entretien et de petites réparations plus tranquillement surtout à la Bastide où le temps nous manquait auparavant. Nous avons juste réduit l’alimentation du gazon et rehausser la hauteur de tonte pour qu’il ne soit pas au-dessus de ses besoins.

Depuis une dizaine d’année la Ligue a mis en place avec la charte, un classement des pelouses. Je suis évalué sur la qualité du tapis végétal, par les arbitres, les clubs et le réalisateur sur différents critères allant de l’aspect visuel à la souplesse en passant le rebond du ballon ou les appuis.

A Nîmes, le podium des pelouses n’est pas trop une priorité, nous essayons d’avoir une moyenne de 14 ce qui est déjà bien pour les moyens du club.

Nous ne pouvons pas jouer dans la même catégorie d’un part vue l’ancienneté de la pelouse, en Ligue 1 (les pelouses dates de 2016) mais aussi par le climat, (nous ne pouvons pas avoir la même pelouse à Lille qu’à Nîmes ou que Strasbourg ou Brest).

Le club essaye de prendre soin au maximum de sa pelouse, donc, de la qualité de jeu pour l’équipe, en me faisant confiance pour l’entretien mais aussi en ne faisant pas de concerts ou autres évènements qui pourraient détériorer cette surface comme j’ai pu connaitre au Stade Pierre Mauroy à Lille.

Nous avons connu, l’année dernière, un hiver particulier où j’avais même honte d’avoir une pelouse en cette état. C’était lors du mois de janvier 2019 et l’enchainement des matchs suite aux reports des manifestations des gilets jaunes.

Nous avions subi un match avec des conditions très pluvieuses avec Lille en décembre, puis nos opérations de régénération avant Noël n’ont pas été un succès à cause du froid et du mistral. La reprogrammation, a eu raison du dépérissement de la pelouse avec 4 matchs à domicile en 10 jours et c’est pour cela que nous avions bâché la pelouse avant le derby afin de protéger le tapis végétal restant. Puis, le printemps précoce nous a permis de corriger rapidement le manque de densité.

Une équipe de 3 personnes et demie entretiennent les pelouses du Nîmes Olympique. Nous formons également des apprentis. Des professionnels viennent d’autres stades comme les soirs de match, principalement pour les remises en état où nous sommes 6 à 8 agents en fonction des conditions météo et de l’état de la pelouse. 

L’avantage du club est sa structure très familiale où nous pouvons communiquer très facilement avec les personnes, du staff à la direction. Mon adjoint et moi essayons de faire au mieux, pour satisfaire le club et surtout les joueurs afin qu’ils puissent pratiquer leur jeu comme ils le désirent et avec plaisir. Et si l’issue de la rencontre se traduit par une victoire, cela nous satisfait encore plus.

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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