"Je préfère qu’on me mette un béret de parachutiste plutôt qu’un tutu" (Arpinon)

Par Laurent Blanchard, à Nîmes

 

 

Il le dit lui-même : "J’ai tout connu au Nîmes Olympique." Joueur dans les catégories de jeunes, puis préparateur physique, analyste-vidéo et entraîneur adjoint, Jérôme Arpinon (42 ans) est devenu coach en chef, cet été, succèdant à Bernard Blaquart.
Personnage entier, attachant et généreux, homme de contact et d’échange, il a reçu longuement La Provence dans son bureau, au centre d’entraînement de La Bastide où il a parlé de son parcours, de ses convictions et de son métier, sa passion. Un livre consacré à Diego Simeone était posé sur la table. Comme le témoignage d’une rigueur dans le jeu érigée en principe et d’un tempérament qui ne laisse pas indifférent.
- En termes d’émotion, que ressentez-vous, sur un plan personnel, à ce poste d’entraîneur en chef du Nîmes Olympique, vous, l’enfant du club ?
Jérôme Arpinon :
 Avant toute chose, je tiens à remercier mon président (Rani Assaf) pour la confiance qu’il m’a accordée. Maintenant, au niveau des émotions, j’éprouve un gros sentiment de fierté. Je me sens investi, aussi, d’une grande responsabilité en tant que Nîmois de cœur, c’est indéniable. Cela me demande beaucoup plus d’exemplarité, en fait. Aujourd’hui, je suis un chef de famille au Nîmes Olympique. C’est un rôle à assumer. J’ai la confiance de mon président et de Reda (Hammache, le directeur sportif). Je ne veux pas décevoir. Je vais donc me mettre en quatre pour le club, comme je le fais depuis des années.
- Cet investissement total, c’est l’une de vos principales caractéristiques, d’ailleurs...
Quand vous avez une mission à remplir, il faut consacrer tous les moyens possibles et imaginables pour réussir. Et ça ne passe que par le travail.
Dès lors, je ferai tout pour mon club et pour ma ville, car je suis né à Nîmes, j’ai grandi au NO et je vais continuer à y grandir. J’ai été préparé à ça grâce à Bernard (Blaquart). J’ai appris de beaucoup d’entraîneurs, mais ces dernières années à ses côtés m’ont permis d’être prêt, aujourd’hui. Dans sa manière de déléguer, il a été très important. Bernard m’a donné la main. C’est le seul qui agit de la sorte. Pour moi, c’est un gage de confiance et un signe de reconnaissance de mon travail.
- Est-ce une suite logique dans votre parcours, après avoir officié pendant plusieurs saisons en tant qu’adjoint ?
Quand on a vécu le haut niveau pendant des années, même comme adjoint, à un moment, on s’attend à la reconnaissance de son travail. Mais en même temps, il n’y a jamais rien d’acquis dans la vie. Aujourd’hui, je suis entraîneur nº1 du Nîmes Olympique, mais il n’y a rien d’acquis. Pour pouvoir perdurer, il faut performer et pour performer, il faut travailler. Cela a toujours été mon crédo et j’ai pris davantage conscience de tout ça encore à ma nomination.
- Entraîner, n’était-ce pas une destinée, pour vous ?
C’est une vocation, mais c’est surtout une volonté. Mon père (longtemps entraîneur dans des clubs régionaux, Ndlr) m’a transmis cette passion. Puis, j’ai côtoyé d’autres coachs, quand j’étais joueur, et ça m’a de suite intéressé.
- Commencer sa carrière d’entraîneur en chef avec un groupe que vous connaissez parfaitement, est-ce un avantage absolu ?
Le vrai avantage, en plus de bien connaître le groupe, c’est de pouvoir compter sur la stabilité et sur un effectif caractérisé par de grandes qualités humaines. Parmi mes joueurs, certains évoluaient en National (Renaud Ripart, Gaetan Paquiez,...), il y a encore quelques années. Les voici, aujourd’hui, en Ligue 1. Ils ont bossé dur, mais ils avaient la qualité pour y arriver et il fallait la mettre en avant. Avec Bernard, on a détecté des grosses dispositions chez certains qui, grâce à leur travail et aux outils que nous leurs avons fournis, se sont hissés au haut niveau. Au final, on y est arrivé tous ensemble. On s’est tous tirés vers le haut. Ce qui fait la force de ce groupe, c’est la qualité humaine, cette intelligence et cette énorme capacité de travail.
- Depuis plusieurs années, vous entretenez une relation particulière avec vos joueurs. Quasiment celle d’un grand frère dans une famille...

Il s’agit surtout d’une relation de respect vis-à-vis de moi. Un entraîneur me disait dernièrement : ’Aujourd’hui, les joueurs n’ont peur de personne, en revanche, ils respectent l’homme et la compétence.' Et c’est ce que je ressens avec mon groupe.
- C’est un respect que vous imposez aussi. Vous avez une image de coach ultra-exigeant et rigide. Sur les réseaux sociaux, d’ailleurs, on n’hésite pas à vous affubler d’un béret de général chez les parachutistes. Comment considérez-vous cette image ? N’est-elle pas trop réductrice ?
(Ferme) Je préfère qu’on me mette un béret de para sur les photos plutôt qu’un tutu.
- Mais au-delà de cette image, quel coach êtes-vous vraiment ?
Quand on est responsable d’un groupe, il faut mettre en place des règles. Mais si je suis exigeant, je suis aussi ouvert et fidèle à mes valeurs. Dans le groupe, n’importe qui peut venir dans mon bureau me faire part d’un problème éventuel et pour parler de tout. Etre ouvert, c’est être dans le dialogue. En revanche, c’est moi qui tranche. J’instaure un contrat de confiance avec les joueurs qui, eux, connaissent les limites dans le cadre de leur travail. Moi, en tant qu’entraîneur en chef, j’ai des responsabilités et notamment celle de tout faire pour ne pas mettre en péril les emplois au club.
- Depuis deux étés, les cadres "historiques" (Téji Savanier, Sada Thioub, Théo Valls, Antonin Bobichon...) partent peu à peu. Est-ce plus compliqué de gérer l’effectif ?
Le noyau est toujours présent. L’identité club aussi. Les joueurs qui sont arrivés (à l’été 2019), comme Pablo Martinez, Zinédine Ferhat, Romain Philippoteaux ou encore Lucas Deaux ont les valeurs du Nîmes Olympique dans l’âme. En fait, les joueurs qui sont partis ont été remplacés par des recrues dotées du même ADN. Il en va de même chez les jeunes tels qu’Antoine Valerio et Lucas Dias.
- Qu’entendez-vous par ADN du club ?
J’aimerais que le club soit référencé : quand on joue face au Nîmes Olympique, il faut se dire que ce n’est pas un match comme les autres. Mais attention, Nîmes, ce n’est pas seulement généreux. Il y a de la réflexion. Nîmes, ça joue aussi. On y prône un jeu basé sur la générosité, mais une générosité aussi offensive que défensive.
En gros, quand on affronte Nîmes, on sait que cette équipe va tout donner sur le terrain ; elle ne va pas faire semblant.
- A l’image de Jérôme Arpinon...
Ce qui est sûr, c’est que lorsque j’entreprends quelque chose, je vais jusqu’au bout. J’essaye d’inculquer ça, aussi, à mes joueurs. Mais je n’ai pas trop besoin de le faire, car ils ont déjà ça dans le sang.
- Comment avez-vous opéré le recrutement, en cette intersaison, avec Reda Hammache ?
En fait, et on en a parlé avec le président et Reda, qui étaient dans la même optique que moi, le premier recrutement a consisté à conserver les joueurs qui ont permis au Nîmes Olympique de se maintenir en Ligue 1. C’était la priorité. En procédant de la sorte, on s’est inscrit dans la stabilité.
Concernant les joueurs qui viennent de nous rejoindre, on essaye d’amener une plus-value à l’équipe. On n’a pas besoin de faire un recrutement pléthorique. C’est simplement du réajustement et ça, c’est une réflexion qu’on mène en permanence avec Reda qui s’occupe du recrutement à la perfection et qui est toujours dans le dialogue. Le tout en tenant compte, bien sûr, de sa propre sensibilité et de sa vision, mais aussi de mes desideratas et des critères qui me sont chers en fonction du jeu que je veux mettre en place et de l’état d’esprit général.
- Quel jeu prônez-vous, justement ?
C’est un jeu vraiment basé sur une générosité exigeante et intelligente, c’est-à-dire qu’on défend et on attaque ensemble. On met une énorme densité dans tout ce qu’on fait, sans courir dans le vide. Il faut courir pour un but. Je suis très attaché à l’investissement individuel, collectif et au dépassement de soi.
- Avez-vous des modèles ?
Ils sont multiples et différents. Dans le football moderne, il y a de vraies références comme Jurgen Klopp qui, pour moi, est un exemple dans le jeu de transition. J’ai également pour modèle Diego Simeone pour sa rigueur défensive et ce qui transmet à ses joueurs. Marcelo Gallardo, lui, est un pur stratège. J’apprends beaucoup de son management aussi. L’aura que Zinédine Zidane dégage et la relation humaine que Carlo Ancelotti entretient avec ses joueurs sont également inspirantes. Quant à Didier Deschamps, c’est un énorme tacticien. Son leadership est impressionnant. Comme Jean-Louis Gasset, Christophe Galtier, pour sa part, sait toujours tirer le meilleur de son groupe, à chaque fois. Durant ma formation, j’ai également eu l’occasion de rencontrer Thomas Tuchel, dont le parcours de coach est exceptionnel. Tous ces techniciens inspirent le respect. Ils ont tous un point commun : le travail. On ne peut pas arriver au très haut niveau sans avoir travaillé dur et sans être extrêmement intelligent.
- Vous êtes particulièrement attaché à des techniciens comme Marcelo Gallardo ou Diego Simeone et au football argentin en général. Vous avez même effectué une semaine de stage auprès du club de River Plate...
J’ai la chance de connaître énormément de monde, là-bas. Du coup, j’ai pu rencontrer Marcelo Gallardo, mais aussi Enzo Francescoli, des personnes extraordinaires qui sont des institutions, là-bas. J’ai également noué des relations avec le directeur sportif de River, Mariano Barnao. On est en contact en permanence. De par leur forte identité et la passion de leurs supporters, les clubs de River et de Nîmes se ressemblent, d’une certaine manière. Il y a un amour incommensurable pour le club.
- A Nîmes, la passion est particulière effectivement. Quels objectifs sportifs la direction vous a-t-elle fixé, cette saison ? Avez-vous une feuille de route précise ?
L’objectif sera de figurer le mieux possible, en ne regardant ni en haut ni en bas, mais devant nous.

clic sur les photos pour agrandir

RECHERCHE ARTICLE OU PERSONNALITE

Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes