Depuis leur première rencontre en 2016 au Nîmes Olympique, Sada Thioub (24 ans) et Sofiane Alakouch (21 ans) ont lié une véritable amitié sur et en dehors du terrain. Et même si le Sénégalais a rejoint Angers l'été dernier, les deux joueurs sont restés très proches. Une relation particulière qu'ils dévoilent avant de s'affronter ce soir, à 20h au stade des Costières, lors de la 25e journée de Ligue 1. 

Objectif Gard : Comment s'est passé votre rencontre ?

Sofiane Alakouch : C'était en 2016, l'année où le coach m'avait dit que j'allais reprendre avec les pros. Sada est arrivé à ce moment-là, on a fait la préparation ensemble. J'étais très timide, comme un jeune qui monte en pro. J'avais 18 ans et je ne connaissais personne. J'étais dans mon coin. Il m'a très vite mis à l'aise. Directement, il s'est passé quelque chose.

Sada Thioub : Au début je m'intégrais au groupe avec les autres recrues, puis j'ai vu que c'était Sofiane le plus jeune. C'est vrai qu'il était timide, c'est ce qui m'a fait aller à sa rencontre. On s'est très vite entendu et depuis on est toujours en relation.

Comment décririez-vous cette amitié ?

S.A : (Rires) Il a l'habitude de m'appeler "mon petit". On est comme des frères. Moi aussi je l'appelle comme ça pour le taquiner. C'est mon petit reuf (frère) !

S.T : Pour moi, c'est mon petit frère. On était tout le temps ensemble même après le foot, il venait dormir chez moi.

Les contraires s'attirent donc... puisque Sofiane est réservé et vous Sada plutôt extraverti.

S.A : C'est certainement ça qui m'a mis à l'aise, ce côté foufou et très sociable.

S.T : On a aussi beaucoup de choses en commun. Maintenant il n'est plus timide. C'est fini ! Il s'est libéré.

Quelle qualité préférez-vous chez l'autre ?

S.A : On rigole tout le temps avec lui ! J'aime beaucoup rigoler et avec lui on fait que ça. Il n'y a pas de prise de tête.

S.T : C'est quelqu'un de vrai et évidemment on rigole beaucoup ensemble.

Vous êtes-vous déjà embrouillés ?

S.A : Il y a eu des petites embrouilles sur le terrain surtout. Quand on tombait l'un contre l'autre, il a un sale caractère à ce niveau-là dans le jeu.

S.T : (Rires) Il y a des jours où parfois on se ne parlait pas. Mais ça ne durait que le temps de l'entraînement. C'est quand je perdais, ça ne me faisait pas plaisir.

Au match aller, qu'avez-vous ressenti en évoluant l'un contre l'autre ?

S.A : Parfois on se regardait, on souriait et après on reprenait notre concentration.

S.T : Cela me donne du plaisir de jouer contre les gens que j'aime bien. C'était particulier parce qu'avant on était toujours ensemble et là on était contre. Ça va me faire bizarre samedi, surtout aux Costières.

Sada, appréhendez-vous ce retour ?

S.T : Non, je ne me mets pas beaucoup de pression. C'est un stade où je me sentais super bien, c'était comme ma deuxième maison. Le public m'a vraiment poussé et soutenu jusqu'à la fin. C'est une ambiance extraordinaire aux Costières.

Craignez-vous un accueil hostile de la part du public nîmois ?

S.T : Il n'y a pas de raison. J'ai gardé que des bons souvenirs, je n'ai jamais critiqué les supporters ou mal parlé d'eux, j'ai toujours été correct avec eux. Après je suis l'adversaire, ce sont les risques du métier. On verra bien l'accueil qu'ils vont me réserver.

À Angers, avez-vous droit au "Thioub, Thioub, Thioub" ?

S.T : Non c'est différent. "Thioub Thioub Thioub" ça appartient à Nîmes, ça me faisait plaisir.

Quel a été votre plus gros fou rire durant ses trois ans passés à Nîmes ?

S.A : Il y en a eu beaucoup quand même ! Je pense qu'il ne va pas aimer. C'était lors de la photo officielle, il y a deux ans, Jérôme (NDLR : Arpinon, l'entraîneur adjoint) lui colle un très gros chewing-gum à l'oreille. Il ne s'en rend pas compte. On le regarde, on pleure tous de rire. Il ne comprend pas, on le filme et on le prend en photo. Il a même fait la photo avec les petits avec le chewing-gum. Après il nous a insultés car il se sentait très bête.

S.T : Il m'a trahi alors que tout le temps je le couvre ! Alors pour le taquiner, on était parti manger, on était cinq joueurs. Fethi Harek, le capitaine, lui avait pris une frite et ça ne lui avait pas plu. Il avait fait la gueule tout le repas. On lui a dit : »ce n’est rien ce n'est qu'une frite". Il était vraiment énervé et moi je rigolais comme jamais.

Qu'aimiez-vous faire ensemble à Nîmes ?

S.A : À la maison, je peux manger grâce à ma maman. Lui ce n'était pas évident, il vivait seul donc il m'invitait à manger. Il cuisinait très rarement même si c'est un bon cuisto car les deux ou trois fois où j'ai mangé chez lui, c'était bon. Mais il a la flemme. Sinon on joue encore à la Play-Station ensemble, on parle au micro. C'est toujours bien.

S.T : Avec le foot, c'était un peu fatiguant de cuisiner tous les jours. On joue presque ensemble tous les jours.

Quel est votre jeu favori ?

S.A : Call of Duty ! Il sait très bien que je suis plus fort que lui. Il ne peut pas dire le contraire. Sinon, il est de mauvaise foi. Après les entraînements, la sieste, on s'envoie un message et si on est disponible, on joue. Cela permet de parler aussi de ce qui se passe dans nos vies.

S.T : Il ment. Quand je gagne, il trouve toujours des excuses. Quand c'est lui, il n'y a pas d'excuses. Franchement, c'est équilibré. Mais il a un truc en plus, c'est que sa connexion est meilleure que la mienne. Je n'ai pas encore la fibre chez moi. Là où j'habite, c'est dans la campagne, ça bug. Forcément, ça fait la différence.

En profitez-vous pour débriefer vos matches ?

S.A : Oui je lui demande : comment ça se fait que tu n'as pas marqué ? (Rires) Quand je l'ai eu au téléphone après Saint-Étienne, il n'avait pas pu voir le match. Il avait entendu parler que j'avais provoqué un penalty. Il m'a demandé ce qui s'était passé et comment je me sentais. Après il me taquine aussi, en me disant : "t'aimes bien faire perdre ton équipe."

S.T : Bien sûr, on se tient au courant après on ne peut pas trop suivre car on joue souvent en même temps. Donc on fait des debriefs.

Sofiane, comment avez-vous ressenti le départ de Sada pour Angers ?

S.A : J'étais content pour lui, c'est ce qu'il voulait. Le fait qu'il trouve un club où il est bien, proche de chez lui, c'est bien. J'étais fier pour lui. Même si j'étais un peu déçu de ne plus rigoler avec lui au quotidien mais je savais que l'on allait rester en contact.

S.T : Ce sont des choix. Au bout d'un moment, on ne peut pas toujours jouer ensemble. J'espère que ce n'est pas fini, que l'on va se retrouver un jour ou l'autre.

Comment se passait votre entente sur le terrain ?

S.A : On se trouvait les yeux fermés. On arrivait à combiner sans problème, il n'y en a pas un qui faisait chier l'autre et qui gardait le ballon. C'était fluide. On nous appelait Tic et Tac, tellement ça se voyait sur le terrain. Quelque fois, ça agaçait les autres joueurs que l'on se fasse plusieurs passes d'affilée. C'était plus fort que nous.

S.T : C'est vrai que l'on nous reprochait de parfois trop jouer ensemble. Cela me manque sur le terrain, on se connaît par cœur.

Qui a le plus de succès avec les filles ?

S.A : C'est lui ! Il a beaucoup de tchatche.

S.T : Ça dépend, je n'aime pas trop parler. Je suis plus quelqu'un qui taquine.

Lequel serait le plus généreux ? 

S.A : De ce côté-là, on fait toujours 50/50 ou chacun son tour. On se partage la tâche.

S. T : On est généreux tous les deux. On ne calcule pas. Quand on aime, on ne compte pas.

Enfin, qui est le plus râleur ? 

S.A : C'est lui, largement ! Souvent il crie, il éteint la play et me dit : "je vais dormir ciao". Quand il tombe sur des joueurs plus forts, il abandonne. C'est un mauvais joueur.

S.T : Lui aussi il râle. Quand c'est vraiment pas mon jour, faut arrêter le massacre (rires).

Qu'avez-vous envie de dire à l'autre avant ce match ? 

S.A : Je l'ai déjà eu au téléphone : il m'a dit que si je jouais il allait se mettre exprès sur mon côté pour me mettre la misère. Je ne vais pas le laisser faire. Qu'il reste tranquille, c'est le conseil que je peux lui donner. Parce qu'on va pas rigoler, il le sait très bien...

S.T : Je lui souhaite un bon match, que le meilleur gagne. Je sais qu'il aime bien tenir, faire des fautes. Je le toucherai un peu, je le provoquerai, il a l'habitude avec moi.

 

Propos recueillis par Corentin Corge

Titulaire au poste de latéral droit des Crocos depuis 2016, le Nîmois revient sur le début de saison de son équipe. Le discret défenseur évoque également sa première saison en ligue 1, les départs de ses copains et son envie de retrouver l’équipe de France Espoirs.

Objectif Gard : Quel regard portez-vous sur la saison dernière, votre première en ligue 1 ?

Sofiane Alakouch : J’ai bien commencé parce que j’étais bien physiquement et mentalement. Après, il y a eu des moments un peu plus compliqués, avec deux blessures qui m’ont un peu freiné. Le point noir, c’est avec l’équipe de France Espoirs. J’ai été appelé deux ou trois fois, mais avec la blessure je n’ai pas pu y aller. Ça a été dur à encaisser. Mais avec le recul, je pense que c’était une bonne saison. J’en suis très content.

Quels sont vos objectifs personnels cette saison ?

Faire mieux que l’année dernière et j’aimerais retrouver le groupe de l’équipe de France Espoirs. Je veux faire mes preuves avec eux.

Avez-vous toujours des contacts avec le sélectionneur ?

J’ai eu l’entraîneur adjoint qui est venu nous voir Paul et moi, contre Monaco. Je ne suis pas loin du groupe mais pas dedans non plus.

Envisagez-vous de jouer avec le Maroc ?

Pour l’instant je prends mon temps, je ne veux pas me presser. Je suis allé une fois avec la sélection marocaine. Là, j’ai envie de jouer avec l’équipe de France.

Comment jugez-vous le début de saison des Crocos ?

Ça a l’air plus compliqué que l’année dernière. Il faut attendre que les nouveaux s’adaptent au style de jeu de l’équipe. La première victoire contre Brest va nous faire du bien au moral et lancer notre saison.

Beaucoup de vos coéquipiers sont partis. Comment le vivez-vous ?

Je ne m’attendais pas à faire toute ma carrière avec eux. C’est vrai que je suis un peu déçu de les voir partir et que ça fait un petit vide dans le vestiaire. Mais ça va, ce n’est rien de grave.

Ça donne des envies de partir aussi ?

Non, pas forcément. Je suis bien à Nîmes, tant que je joue au football.

Votre jeu a évolué depuis quelques mois. Vous êtes plus offensif...

J’ai toujours été porté vers l’avant. Je suis un latéral très offensif. Maintenant, j’ai plus envie d’être décisif, c’est pour cela que je joue plus haut sur le terrain. J’ai envie de donner des passes décisives et de marquer, pourquoi pas. J’ai failli marquer contre Brest, mais avec un peu plus de réussite ça va rentrer.

Quels sont les domaines où vous pensez devoir progresser ?

Il y toujours quelque chose à travailler. Physiquement, je dois être plus solide, plus costaud. J’y travaille.

On a l’impression que l’entente est bonne avec Ferhat qui joue dans votre couloir droit. Qu'en pensez-vous ? 

Quand Zinedine est arrivé on a tout de suite eu un bon contact. On peut dire que nous sommes très amis. C’est vrai que j’aime bien avoir une bonne relation avec celui qui joue à mes côtés. C’est aussi mon copain de chambrée en déplacement. Il a remplacé Sada (Thioub, NDLR).

L’objectif du club est-il toujours le maintien en ligue 1 ?

Bien sûr, mais pourquoi ne pas faire comme la saison dernière ?

À Dijon, vous avez la possibilité de distancer un adversaire direct. C’est un premier tournant de la saison ?

C’est vrai que c’est un match important. Ça serait bien d’enchaîner et commencer une série. Si nous devons prendre des points, autant que ce soit contre ce genre d’équipe. Nous les avons joué en match amical et ça n’a pas été facile du tout (victoire de Dijon, NDLR). Il ne faut pas les sous-estimer.

Propos recueillis par Norman Jardin

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"S'il n'y avait que des équipes comme Nîmes Olympique en Ligue 1, on s'emmerderait moins"     (Pierre Ménès - Canal Plus)

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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