« Vous vous êtes rompu le ligament croisé antérieur du genou gauche en janvier 2019, le soir de votre premier doublé en Ligue 1, contre Angers (3-1), et n'avez pas refoulé les terrains depuis. Avant le confinement, la date de votre retour restait incertaine. Comment vous sentez-vous ? 
Ma situation reste un petit peu flou, de par les complications que j'ai eues en fin d'année dernière. J'ai réveillé un oedème osseux au niveau du genou. C'est très compliqué à gérer, parce qu'il faut jauger la douleur qui est présente mais sans la réveiller pour ne pas prendre le risque de refaire exploser l'oedème. Il faut toujours jongler, faire très attention. Les entraînements me permettent de voir si le genou réagit bien à ce que je lui demande. C'est un processus très, très long, j'avance vraiment au jour le jour.

Comment vivez-vous cette période de confinement ?
Avant que les mesures ne soient prises, on était arrivés à un niveau plutôt satisfaisant. J'étais sur le terrain, je m'entraînais seul avec le ballon et mon genou réagissait plutôt bien. On a mis ça en pause et on reprendra à ce même niveau lorsque le confinement sera fini pour voir comment aura réagi le genou durant cette période.

Concrètement, que change pour vous le fait d'être confiné ?
Le problème que l'on a, nous, les blessés, c'est que l'on n'a pas accès aux kinés, aux installations pour les soins, à l'ostéopathe, à toutes les machines que l'on a l'habitude d'utiliser et qui nous permettent d'aller mieux, plus vite. Aujourd'hui, je ne peux plus faire de séances comme j'ai l'habitude d'en faire au centre, avec les kinés qui sont derrière en me récupérant à la sortie du terrain, pour le travail de régénération, de drainage, de mobilisation, de soins par la técarthérapie, le froid ou la pressothérapie. On a adapté les séances pour ne pas réveiller la douleur, en tenant compte du manque de matos. C'est con, mais s'entraîner sur du goudron ou des chemins, ce n'est pas du tout pareil que de s'entraîner sur une pelouse. Je n'ai pas de pelouse à disposition, donc on n'a pas pris de risque. On reste sur des choses très basiques : poids de corps, pas de chocs au sol...

De quelle manière échangez-vous avec le staff médical du club ?
La personne en charge de la rééducation à Nîmes, qui s'occupe très bien de moi, m'envoie un programme tous les jours. On communique essentiellement via WhatsApp, un peu par mail aussi pour échanger des contenus, des PowerPoint par exemple. Je suis aussi en contact avec les kinés, avec lesquels je m'entends très bien. On discute souvent ensemble, ils me donnent deux ou trois exercices à faire tous les jours. Ça fait un moment que je suis blessé maintenant, j'ai une petite routine que je connais et que j'arrive à suivre en partie. Rien ne remplace un kiné, mais j'essaye de faire quelques exercices seul, qui s'apparentent un peu à ce que je faisais avec eux. On arrive à faire du bon boulot malgré le fait que l'on ne se voit pas physiquement. 

Comment avez-vous adapté votre rééducation chez vous ?
À la maison, j'ai un jardin, mais il n'est pas très grand. Je prends mon tapis, le plus souvent le matin ou en début d'après-midi, et je travaille une heure, une heure et demie, parfois deux heures, entre la petite séance de musculation, le renforcement, la mobilité, les étirements et toute la partie soins avec le Compex (un appareil d'électrostimulation) que j'ai à la maison, la poche de glace devant Netflix... En extérieur, je fais surtout du vélo. J'ai un chien, je le promène sur un terrain stabilisé qui est à côté de la maison et j'en profite pour pédaler. 

Comment vivez-vous cette période de confinement psychologiquement ?
Ce n'est pas une période propice à positiver. Ça me fait un peu chier de me dire que j'aurais pu être sur le terrain. Mais c'est comme ça. Je suis très optimiste de nature. Alors j'en tire le positif, je me dis que l'avantage de cette période de confinement, c'est qu'il n'y a pas de match, ce qui me permettra peut-être de jouer davantage cette saison. Je ne suis pas loin de ma famille, j'habite dans une région où il y a beaucoup de soleil, j'ai un petit jardin... Aujourd'hui, dans la période que l'on vit, je ne peux pas me plaindre. Je profite d'être avec ma femme à la maison. »

Ce 23 janvier 2020 marque un triste anniversaire, celui des un an de la blessure de Clément Depres, l'attaquant du Nîmes Olympique. Opéré des ligaments croisés, le Gardois aurait dû revenir en septembre mais son genou en a décidé autrement pour une durée encore indéterminée. 

Objectif Gard : Comment avez-vous vécu cette année ?

Clément Depres : Ça n'a pas été la meilleure des années, c'est clair et net. Mais je dis tout le temps que dans chaque épreuve, il y a toujours une opportunité. Pour moi ça a été notamment la marque "Le Nîmois". Ce n'est pas la vie que j'aimerais mener aujourd'hui mais elle n'est quand même pas "dégueu". Je suis footballeur, ça se passe bien. Je ne me plains pas. J'essaie de garder une bonne santé mentale et de

Quel mot emploieriez-vous pour qualifier cette période ?

Le travail, vraiment. La rééducation ne m'a pas lâché. Il a fallu travailler tous les jours. Ce n'était pas toujours agréable. Je ne me suis pas arrêté. Il y avait toujours quelque chose à faire : la musculation, la piscine, du vélo... 2019 a été une année de travail. Pas celui que j'aime car je préférerais travailler devant le but.

Vous êtes-vous senti accompagné par le club ?

Je suis vachement accompagné par les personnes que je vois tous les jours, notamment les kinés. Le coach prend des nouvelles assez souvent pour savoir comment je vais. Le fait que le club m'ait fait signé à nouveau a été une énorme marque de confiance. Ça m'a fait beaucoup de bien. Cela m'a permis de travailler beaucoup plus sereinement. Aujourd'hui si je n'avais pas renouvelé, je serai en fin de contrat à la fin de l'année. Je ne serais pas dans le même état d'esprit.

À quoi ressemble votre quotidien ? 

Je me réserve tous les matins pour travailler sur mon genou. L'après-midi, ça peut être d'autres rendez-vous avec d'autres spécialistes, comme des ostéopathes. Après le repos évidemment et je profite de l'après-midi pour penser à autre chose. La marque de vêtements "Le Nîmois". On a pas mal de boulot pour préparer la nouvelle collection pour la prochaine Feria. Cela m'a permis de complètement oublier la blessure et de basculer dans quelque chose qui me passionnait. Je ne sais pas si je serais autant positif aujourd'hui sans ça. Il y aussi le dressage de mon chien, un Malinois. Au lieu de faire du vélo en salle, je vais dans la garrigue avec lui. Je promène mon chien et ça me fait ma séance de cardio.

Fin juillet, vous disiez être proche de la "flamme rouge" avec un retour espéré pour septembre, que s'est-il passé ?

On était dans les temps sur la première partie de ma rééducation. Quand on arrivait vers la fin sur la ré-athlétisation, alors que j'étais à quasiment deux entraînements par jour, j'ai réveillé un œdème osseux. Mon genou a gonflé, ça a été le signal d'alerte. C'est là où on a pris conscience qu'il y avait un petit souci. C'est très fréquent quand on se "fait" les croisés. Avec la reprise que j'ai fait à Capbreton ou à Nîmes, ça a été très intensif et je l'ai réveillé. Il fallait que j'arrête de courir et éviter les chocs, ça m'a stoppé net. Le genou était vraiment enflammé. Aujourd'hui il a dégonflé mais l'œdème est encore présent. Je ne peux pas reprendre aujourd'hui.

Avez-vous imaginé que rejouer au foot ne serait plus possible ? 

Oui mais ça a duré deux minutes car j'avais vraiment l'impression d'être reparti sur une autre blessure et de pas m'en sortir. Mais même si on ne peut pas me donner de date, c'est physiologique, ça va partir. Ça ne peut pas se passer autrement. On ne peut pas garder un œdème à vie. C'est comme une tendinite, ça s'en va.

Comment vivez-vous ce sentiment d'impuissance en assistant à cette période délicate que traverse les Crocos ? 

C'est vraiment le point négatif de ma rééducation, de ne pas pouvoir aider les collègues aujourd'hui. Il y a beaucoup de demandes surtout au niveau des attaquants où on a dû mal devant à se créer des occasions. J'étais presque une recrue pour le club mais comme j'ai dit au coach que je serai un joker en fin de saison si mon genou le permet. J'espère que ce sera le cas, si je peux aider pour marquer le but du maintien je ne me gênerai pas. De ne pas être sur le terrain j'ai l'impression vraiment de manquer à mon devoir. Beaucoup de gens aussi me demande : "quand je reviens", et me disent "on a besoin de toi". C'est compliqué de leur dire que ce n'est pas pour tout de suite.

Comment votre blessure a-t-elle influencé vos relations avec le reste du groupe ? 

J'essaie de discuter avec beaucoup de joueurs, de remotiver quand je sens un petit coup mou. Je suis là à tous les matches aux Costières. Je vais dans les vestiaires à la fin des matches pour discuter avec certains. Les soirs de défaites c'est très compliqué. D'autant plus pour moi, je suis le plus malheureux. C'est mon équipe, c'est moi qui ai perdu même si je ne participe en aucun cas à cette défaite je la prends aussi pour moi.

Les joueurs prennent-ils souvent de vos nouvelles ? 

Ils sont au courant de l'évolution de mon état. Il n'y a pas que les anciens. Beaucoup de nouveaux s'inquiètent aussi de savoir quand je vais revenir. Je discute pas mal avec Lucas Deaux, Romain (Philippoteaux) ou Zinou (Ferhat). Je sens qu'ils sont aussi impatients que je revienne.

Le soir dans votre lit, imaginez-vous votre retour aux Costières ?

Tous les jours ! Maintenant il n'y a pas de match précis. Revoir mes parents en tribune et ne plus être à côté d'eux, ça viendra un jour. Je l'espère en Ligue 1 même si ce n'est pas cette année. J'espère en Ligue 1. J'ai hâte d'y être. Je sais que mon retour est attendu mais faut pas que je déçoive donc je veux revenir à 100% en étant opérationnel mentalement et physiquement.

Si vous pouviez choisir la date de ton retour ? 

On va regarder le calendrier (il fait défiler sur son téléphone). Le 11 avril contre Montpellier. Je rentre à la 85e et j'en mets un. On gagne 1-0. Ce match-là a toujours été un objectif. L'année dernière je ne suis pas rentré à Montpellier et pour le match à la maison je me blesse une semaine avant. Je veux marquer aux Costières contre Montpellier. C'est loin d'être impossible, ce serait le retour idéal pour un Nîmois.  Propos recueillis par Corentin Corger

Victime d’une rupture des ligaments croisés antérieurs du genou le soir où il marquait son premier doublé en ligue 1, le Nîmois revient avec beaucoup d’envie et plus d’expérience.

Objectif Gard : Que gardez-vous de ce soir de janvier contre Angers ?

Clément Depres : La reconnaissance des gens et celle des supporters. Le soir même, dans la salle d’attente de l’hôpital, mes potes et ma famille étaient là. C’était un moment très fort. On se dit que l’on est bien entouré. Le lendemain j’ai reçu des dizaines de messages. J’avais toute la ville derrière moi et ça m’a permis de vite passer à autre chose.

Qu'est-ce qui a été le plus fort ce soir-là ?

Les deux buts, car je suis quelqu’un de positif. C’était une grande soirée pour moi. La blessure est terrible mais cela fait partie du jeu. Il faut passer au-dessus. 

La douleur vous a-t-elle marqué ?

La déception a été plus forte que la douleur car je me suis très vite rendu compte que c’était grave. En fait, le soir même je n’avais pas vraiment mal.

Cela a-t-il été long à digérer ?

Il y a encore très peu de temps, il y avait des restes de tout cela. Ça ne me permettait pas d’avancer à fond dans ma rééducation. Mais le fait d’en parler et d'extérioriser la déception de cette blessure et tout ce qu’il y a autour, ça m’a aidé.

Avez-vous imaginé ce qu’aurait pu être votre saison sans cette blessure ?

Oui ! C’était comme un état de grâce. Je crois que si je termine ce match, je peux tirer du milieu de terrain un pointu et marquer. Il y avait tout pour moi. Pour le reste de la saison, je pense qu’on faisait la paire avec Renaud (Ripart). J’aurais pu avoir beaucoup de temps de jeu. 

Qu'est-ce qui a été le plus difficile pendant cette période ?

De ne pas pouvoir participer aux beaux résultats de l’équipe.

Retrouver le groupe a-t-il été un soulagement ?

Lors de ma rééducation à Cap-Breton, Laurent Boissier a démissionné et les nouveaux joueurs sont arrivés. Moi j’étais loin et j’avais hâte de revenir. Je n’avais pas fait les premières semaines, ni le premier stage à Peralada. De plus, je ne connaissais pas les nouveaux. Inconsciemment, on se sent un peu oublié. Depuis mardi, j’ai intégré les travaux sur le terrain avec le groupe et là c’est un soulagement total.

Comment gère-t-on le travail seul, loin des autres joueurs ?

On trouve autre chose pour s’accrocher. À Cap-Breton, on a un programme à respecter avec plein de personnes que l’on ne connaît pas. Mais on apprend à les connaître et on fait des belles rencontres. En vacances, on se raccroche à la famille et aux amis.

Qu'avez-vous appris de tout ça ?

Que tout peut s’arrêter à tout moment. Ça a changé la manière de m’entraîner et d’écouter mon corps. Je suis un gros bosseur et j’ai tendance à envoyer les chevaux. Aujourd’hui, je vais faire les choses dans l’ordre.

Pendant votre indisponibilité, vous avez lancé une marque de tee-shirt (Le Nîmois, NDLR). Pourquoi ?

Avec des amis, on en avait discuté en 2018 et quand je me suis blessé, ça m’a permis d’apprendre plein de choses et de me changer les idées.

Cette aventure sera-t-elle prolongée ?Au début c’est juste une idée entre collègues. Nous pensions en vendre 200 et on en a vendu 5 000 pendant la feria. Ce n’était pas du tout prévu. On va tenter de pérenniser la marque. On va lancer des casquettes et peut-être des tee-shirts pour les Costières et les gens qui viennent au stade.

À quel stade de votre retour êtes-vous aujourd’hui ?

Je ne suis pas loin de la flamme rouge. Avec le fait d’avoir touché le ballon, on se dit que le plus pénible est passé.

Dans quel esprit revenez-vous ?

Je reviens avec plus d’envie et plus d’expérience. J’ai les dents qui rayent le sol. Quand je sors d’une séance, j’ai envie d'y retourner. Je ne sens pas la fatigue.

À quelle date avez-vous projeté de rejouer avec les Crocos ?

C’est le genou et le coach qui vont décider. J’ai le derby à Montpellier en tête, le 25 septembre (7e journée de L1). Ça fera huit mois jour pour jour que je me suis blessé. C’était une semaine avant le derby aux Costières et quand j’ai marqué mon doublé, je me suis vu jouer contre eux. Au moment où je me blesse, je me rends compte que je vais rater le derby. Revenir là-bas, ça serait génial. Je ne veux pas précipiter les choses. Si c’est avant, tant mieux, et si c’est après tant pis.

 

Propos recueillis par Norman Jardin

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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