L’ex-joueur du Nîmes Olympique est devenu arbitre en 2017. Après avoir franchi tous les échelons, il est promu cette saison en Ligue 1, au plus haut niveau du football français. Joueur au fort caractère, il explique les raisons qui l’ont poussé à prendre le sifflet. Il évoque aussi son adolescence difficile dans la délinquance avant de faire un séjour en prison. Gaël Angoula a su saisir les mains tendues pour obtenir une seconde chance et se réinsérer. Aujourd’hui installé à Nîmes, l’ancien défenseur s’épanouit dans l’arbitrage. Entretien avec un homme à la trajectoire singulière.

Objectif Gard : Aujourd’hui, vous vous épanouissez dans une carrière d’arbitre mais vous avez connu une adolescence compliquée. Que s’est-il passé à cette époque ?

Gaël Angoula : J’ai grandi au Havre, dans un quartier qui était surnommé « Chicago ». J’étais influençable et j’ai fait des mauvais choix.

Dans quel contexte familial avez-vous grandi ?

Mes parents rencontraient des difficultés financières, mais ils essayaient de subvenir aux besoins des cinq enfants. Ils nous protégeaient de tous ces problèmes et on ne s’en rendait pas compte. Mais un jour, en rentrant de l’école, j’ai découvert que les serrures avaient été changées à cause des loyers impayés. J’ai pris un sacré coup dans la gueule.

L'avez-vous vécu comme un choc ?

C’est un des premiers tournants dans ma vie. Je me revois essayer de rentrer la clé dans la serrure, mais ça ne marchait pas. Donc, j’ai attendu que mon frère rentre de l’école pour comprendre ce qu'il se passait.

Avez-vous pris conscience de certaines choses à ce moment-là ?

Oui, que pour avoir de l’argent je ne devais plus le demander à mes parents et qu'il fallait que je me débrouille. Dans ces circonstances, on va plus souvent se diriger vers de l’argent facile. Je précise que je n'ai ni frappé, ni violé, ni tué personne.

Que s’est-il passé ?

J’ai joué au jeu du chat et de la souris et un jour je me suis fait attraper. Je me suis retrouvé en prison. Ça ma fait réfléchir au mal que je faisais aux gens que j’aimais. Mon papa est Camerounais, il est très fier. Et au parloir, je voyais que mes parents avaient honte. Mon frère m’a envoyé une lettre avec des mots forts.

Avec votre vécu, quel regard portez-vous sur les violences que l’on a pu voir dans certaines banlieues, il y a quelques semaines ?

Je peux comprendre le mal-être et l’effet de groupe car j’ai été à leur place, mais je ne peux pas cautionner la casse. À mon époque, si on avait brûlé la voiture de mon père, il n’aurait pas pu aller travailler et nos difficultés auraient été plus grandes.

Vous vous retrouvez dans une situation très compliquée, comment vous en êtes-vous sorti ?

Dans mon quartier, il y avait une structure municipale de réinsertion. Les éducateurs m'ont trouvé un club de foot et j’ai atterri à Bois-Guillaume en N3. Le club m’a embauché. Ça m’a permis de sortir de prison et j’ai eu mon Bac français. C’est Jacky Colinet, qui était coach de ce club, qui m’a fait confiance. Il m’a tendu la main.

Que faisiez-vous dans ce club ?

J’étais en emploi jeune. Je jouais mais je traçais aussi les terrains, je mettais les poteaux, les filets et j’entraînais les gamins le mercredi. Le week-end, je ramassais les déchets. En parallèle, je m’entraînais avec l’équipe première qui était montée en N2. C’était tout bénef. J’avais un petit salaire qui me permettait de payer mon appartement à Rouen.

À cette époque, vous aviez failli signer à l’AJ Auxerre. Pourquoi cela ne s’est pas fait ?

Lors d’un match de N2, j’ai cassé la jambe d’un joueur du Red Star et j’ai écopé de 18 matchs de suspension. Même si l’essai s’est bien passé à Auxerre, ma suspension m’a enlevé tout espoir de signer à l’AJA.

Après des passages à Dunkerque et à Pacy-sur-Eure vous découvrez finalement le monde professionnel avec Bastia...

Je sortais d’une belle saison avec Pacy-sur-Eure où je finis meilleur joueur du National. Il y a des clubs comme Reims qui m'ont contacté. Je me souviens que Sébastien Larcier voulait me recruter à Dijon. Il était directeur de la cellule de recrutement. Mais sous prétexte que l’on me donnait la chance de monter d’une division, on me proposait un salaire inférieur à celui que je touchais en National. Alors j’ai refusé et je suis resté à Pacy-sur-Eure. C’est finalement Bastia qui était relégué en National qui me recrute. Mes choix ne sont pas toujours logiques mais ils sont payants. Car deux ans après ma signature à Bastia, le club monte en Ligue 1.

C’était un de vos objectifs ?

C’était inespéré pour moi. Comme je disais à certains joueurs de Nîmes Olympique : « Si vous ne montez pas en Ligue 1 avec votre club, vous avez 90 % de chance de ne pas connaitre l’élite du football français car les clubs de L1 ne viendront pas vous recruter. » Je faisais partie de cette catégorie de joueurs. Sans Bastia, je ne pense pas qu’un club de Ligue 1 serait venu me recruter.

Vous évoluez aussi au SCO Angers qui était tombé en Ligue 2.

Après quatre belles années à Bastia, je vais à Angers en Ligue 2, alors que Sochaux et Troyes étaient mieux armés. Avec le SCO, on fait une demi-finale de Coupe de France et on monte en Ligue 1.

Puis pour finir, il y a votre arrivée à Nîmes en 2016. Pouquoi ce choix de venir dans le Gard ?

Je suis surtout venu à Nîmes parce que c’était l’occasion de me rapprocher de ma sœur qui habite à Aigues-Mortes. Je signe trois ans et c’est Laurent Boissier qui m’avait recruté.

Passer d’un club structuré comme Angers et atterrir à Nîmes, cela a dû vous changer n'est-ce pas ?

Nîmes Olympique c’était du bricolage mais j’aime ça. Je l’avais un peu connu à Pacy-sur-Eure, à Bastia et au début à Angers. L’ambiance me plaisait ici.

Et sportivement ?

Je fais un début de saison correct, mais je sens que je n'ai pas forcément la confiance de l’entraîneur Bernard Blaquart, qui était un formateur.

Est-ce à Nîmes que vous avez fait le choix de devenir arbitre ?

Oui, car tous les lundis je voyais Nicolas Rainville faire ses décrassages à côté de nous. On avait un bon feeling et on a parlé d’arbitrage. Au fil des discussions, je me suis intéressé à sa façon de se déplacer sur le terrain mais aussi à ses préparations. Je me suis rendu compte que le rôle de l’arbitre sur le terrain, c’est ce que je faisais dans le vestiaire en tant que joueur.

C’est-à-dire ?

J’étais un joueur de vestiaire. J’introduisais les nouveaux et j’ai toujours été responsable des amendes. Je m’occupais de la caisse et j’organisais les sorties avec les joueurs. Je jouais un rôle d’arbitre dans le vestiaire.

En tant que joueur, quel était votre rapport avec les arbitres ?

Très conflictuel. Quand je m’énervais sur le terrain, je m’en prenais à l’arbitre. C’était plus facile et c’était dans les mœurs. Mais il ne faut pas se mentir, les joueurs ne se préoccupent pas des arbitres.

Quand vous étiez joueur, aviez-vous imaginé devenir arbitre ?

Non, c’était impossible. Tout est parti d’une dizaine de discussions avec Nicolas Rainville. Ensuite j’ai été très aidé par Sandryk Biton, qui est un ancien arbitre. Il a été primordial car il m’a donné beaucoup de cours du soir. J’ai ensuite passé tous les étages qui sont facilités pour les anciens joueurs professionnels. C’était un cursus accéléré. J’ai déposé ma candidature en mars 2017 et un dimanche j’ai été convoqué pour arbitrer un match.

Ce sont-là vos vrais débuts ?

Oui. Au stade Jean-Bouin pour un Nîmes Lasallien – Frontignan en U17. C’était hyper difficile physiquement. Ça allait d’un but à un autre et j’étais carbonisé.

Comment avez-vous géré votre envie de devenir arbitre alors qu'il vous restait deux ans de contrat au Nîmes Olympique ?

Avec Laurent Boissier, Bernard Blaquart et Rani Assaf, nous avons convenu que j’accompagnais le groupe et je rentrais quand le groupe avait besoin de moi. Le reste du temps, je révisais les lois du jeu. Sans cette saison nîmoise, je ne serai pas dans l’arbitrage.

Le fait d’avoir été joueur vous sert-il dans votre fonction d’arbitre ?

Oui, car les joueurs m’accordent plus de légitimité. On se connait tous et je sais quelles sont leurs attentes. Aujourd’hui, je suis l’arbitre que j’aurais aimé avoir quand je jouais. Il faut être dans le dialogue et savoir reconnaître quand on se trompe, mais on doit aussi garder le sourire. Les joueurs n’aiment pas les arbitres qui ont une mauvaise lecture du jeu.

N'est-ce pas trop dur d’arbitrer des joueurs que vous avez côtoyés dans votre carrière ?

Non. Ça ne peut pas m’influencer. J’ai arbitré Anthony Briançon, Gaëtan Paquiez et Renaud Ripart. Ce sont mes potes mais quand je suis sur le terrain je fais le boulot.

Quels sont les clubs que vous ne pouvez pas arbitrer ?

Les clubs dans lesquels j’ai joué et ceux de l’ancienne ligue Languedoc-Roussillon. C’est-à-dire Montpellier en Ligue 1.

Vous allez entamer votre première saison en Ligue 1. Avez-vous une appréhension ?

Non mais c’est plus fort qu’une montée avec un club. Ça récompense mon travail individuel.

Toutefois, ce ne seront pas vos vrais débuts en Ligue 1 ?

Non, il y a deux ans j’ai remplacé Anthony Gauthier qui s’était blessé à l’échauffement d’un Marseille – Brest. C’était devant 64 000 personnes, mais ça ne me faisait ni chaud ni froid. J’ai connu ces ambiances quand j’étais joueur.

Vous êtes un compétiteur, alors quel est votre prochain objectif ?

De bien figurer en Ligue 1 et qui vivra verra. Mais je ne me fixe pas de limites.

Peut-on vous qualifier d’arbitre nîmois ?

Bien sûr ! Depuis mon arrivée en 2016, je n’ai pas quitté la région et après avoir habité à Aigues-Mortes, je viens de m’installer à Nîmes.

Quand vous regardez en arrière, que vous inspire votre parcours atypique ?

Je minimise toujours ce que je fais et tout ça me parait normal. Je travaille beaucoup, je me mets minable. Ça me parait normal qui il y ait un retour sur investissement.

Diriez-vous que votre réussite est une belle revanche sur la vie ?

Oui, aujourd’hui tout a changé. J’ai la chance d’avoir mes deux parents, ils sont là pour voir tout ça, c’est la plus belle des victoires !

Propos recueillis par Norman Jardin

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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