Rani Assaf : « Savanier est un des plus grands joueurs qui soient passés au club »

Objectif Gard : Vous allez détruire un stade de 33 ans, ce n’est pas vieux après tout. Pourquoi ? 

Rani Assaf : Je prends juste l’exemple du vestiaire visiteur dont la surface fait seulement la moitié des normes prévues. On n’a pas la place pour agrandir. Sans parler que l’on n’a pas d’espace pour le réceptif et les partenaires. Nous sommes à la limite en termes d’intensité lumineuse. On traîne avec des dérogations depuis deux ans. C’est tout simplement sa configuration qui fait que c’est difficile de le rénover. On aurait pu, mais pas sur toute l’enceinte. Quitte à investir autant d’argent, il vaut mieux refaire un stade neuf. Investir dans un stade aujourd’hui, ce n’est pas rentable et les banques ne prêtent pas d’où le projet global avec le nouveau quartier qui permet de financer le stade.

Pourquoi ne pas continuer à jouer au stade des Costières jusqu’à ce que la halle des sports se fasse ?

Il est urgent d’avoir un stade correct pour jouer. Ce n’est pas parce que l’on a un projet de stade définitif que les problèmes actuels sont résolus. On travaille dans un stade où on a des problèmes d’éclairage. Nous avons de plus en plus de mal à avoir les points de la licence club (en fonction du nombre de points obtenus, cette licence détermine la somme touchée au niveau des droits télés, NDLR). Il y a des travaux lourds où il faut refaire toute la pelouse. Soit vous mettez beaucoup d’argent pour refaire la pelouse et la raser deux ans après, soit vous essayez de le faire dans un autre stade avec tous les à-côtés qui vont avec. Tôt ou tard il fallait faire le stade provisoire, autant y être le plus tôt possible et permettre au club d’avoir un outil de travail de qualité. Il a l’air de tout sauf provisoire. C’est un vrai stade, il y a beaucoup de villes qui nous envient un stade comme celui-là.

Vous avez connu ce stade pendant huit ans, cela vous fait-il un pincement au coeur de le quitter ? 

Oui toujours. Après mon caractère fait que je ne me retourne jamais vers le passé, je regarde plutôt l’avenir. On a tous nos souvenirs, des mauvais mais aussi de très bons. Mais il faut toujours se tourner vers l’avenir, c’est ce qui compte.

On va quand même vous demander d’en évoquer certains. Quel est le plus beau moment que vous avez vécu aux Costières ?

Il y en a deux pour moi. D’abord le match contre le Gazélec pour la montée. Je me souviens surtout de la joie des joueurs dans le vestiaire. C’est indescriptible, on y pense pas une seconde. En dix minutes, j’ai reçu 70 sms sur mon téléphone.

Et de voir le terrain envahi, qu’avez-vous ressenti ?

Un peu d’énervement parce que c’est toujours pareil, il y a la joie mais aussi des sujets de sécurité et de sanction. Après on ne contrôle pas, il faut comprendre les gens : ils attendaient cela depuis 25 ans ! On nous aurait dit 18 mois avant que l’on jouerait la montée, vu comment on était au fond du trou jamais on y aurait pensé.

Et quel est l’autre souvenir ?

En termes d’intensité c’est contre l’OM (3-1) en Ligue 1. Le troisième but de Renaud (Ripart) ! Après il y a le match du PSG parce que pendant dix minutes ils ne savaient plus où ils habitaient. Je me souviens de la tête de Nasser al-Khelaïfi (président du PSG) quand il a vu la taille du vestiaire visiteur (rires). Ils sont venus avec tellement de caisses et de matériel qu’ils ont tout laissé dans le couloir dehors car il n’y avait pas de place à l’intérieur. Le vestiaire des visiteurs est tellement petit chez nous. Il a ouvert la porte, a regardé et a refermé de suite pour rester dehors. Après c’est bien, qu’il découvre des stades comme ça aussi. Ce n’est pas que l’on a honte, mais c’est vrai que l’on se sent un peu gêné surtout quand nous on se déplace sur les terrains des autres clubs et que l’on voit les infrastructures d’accueil. Après, tous les matchs en Ligue 1 de la première saison sont des bons souvenirs même si on était meilleurs à l’extérieur.

On se dit que c’est ce qu’il faudra que l’on retrouve un jour. Ce qui ne me manque pas en revanche, c’est l’histoire des matchs pas truqués. D’ailleurs, il n’y a pas eu de matchs truqués et heureusement pour nous sinon le club serait mort, mais des tentatives ça c’est clair. En tout cas, cet épisode a fait que pendant deux ans et demi derrière on a pu travailler dans la sérénité. Le club était tellement en danger que tout le monde arrêtait de tirer sur l’ambulance. C’est là que l’on a construit une équipe compétitive et comme nous n’étions plus sous les feux des projecteurs, personne ne s’intéressait à nos joueurs. Pendant trois ans, on n’a pas été sollicité. Ce qui nous a permis chaque année d’améliorer l’équipe sans avoir des envies de départ et à Bernard (Blaquart) de construire un groupe jusqu’à l’apothéose : la première année de Ligue 1.

Au niveau des supporters le ressort est cassé. Pensez-vous retrouver de telles ambiances ?

Si on refait un stade ce n’est pas pour qu’il soit vide. On fait un stade pour attirer de nouveau les gens et que le club ait des moyens financiers. Nos droits télés vont encore continuer à baisser, je ne me fais pas d’illusions. On va perdre de plus en plus, donc il faudra diversifier nos sources de revenus.

Quels joueurs vous ont le plus marqué ? 

Si je dis Téji (Savanier) tout le monde va m’en vouloir alors que c’est un des plus grands joueurs qui soient passés au club pour moi. Son but contre Dijon de 40 mètres était tellement beau. Ensuite bien sûr, Renaud (Ripart) pour tout ce qu’il a donné au club. En qualité de jeu, j’ai adoré la classe de Rachid Alioui et en qualités humaines Birger Meling. C’est un garçon adorable qui ne triche jamais tout comme Renaud et Anthony (Briançon).

La pire soirée ?

Le match contre Tours ! (Sans hésitation). Ils égalisent à la dernière minute avec le but de Miguel (10 février 2017). C’est le match qui nous coûte la montée cette année-là, avec celui contre Auxerre. L’arbitre passe totalement à côté de son match. Il donne sept minutes d’arrêt de jeu, c’est n’importe quoi ! Ce sont les deux points qui nous manquent à l’arrivée. On était tous dégoutés. Moi je ne parle jamais aux arbitres à part leur dire bonjour et au revoir. C’est la première fois que je me suis adressé à leur directeur et que je me suis fendu d’un courrier de deux pages.

Quand le stade actuel sera-t-il démoli ? 

On est sur le calendrier initial (fin 2024, NDLR). Il faut que la halle des sports soit construite pour déclasser en totalité le stade des Costières. Le club part à la fin de l’année. D’autres activités attendent la construction de la halle des sports pour pouvoir partir. Aux dernières nouvelles, le chantier démarre en janvier 2023. On attend déjà d’avoir le permis on verra après ce que l’on fait. On a des discussions avec la mairie pour voir si on peut accélérer le calendrier. Mais aujourd’hui rien n’est acté. On a toujours pas le permis et on est même en retard de notre côté.

Ce nouvel équipement conservera t-il le nom de stade des Costières ? 

On verra d’ici là. Le plus simple c’est qu’il garde le même nom, même si c’est un naming. Si on change de nom même pendant 50 ans les gens continueront à l’appeler le stade des Costières. Pour changer, il faut trouver un nom qui fédère, pour l’instant je n’en ai pas. S’il garde le même nom, ça ne me dérange pas et je trouve ça plutôt cohérent. Si quelqu’un vient avec une idée brillante, on regardera.

Dans un coin de votre tête, rêvez-vous en secret de retrouver la Ligue 1 ? 

Ce n’est pas un rêve, c’est un objectif. J’ai toujours dit que l’objectif c’est de retourner en Ligue 1 mais il faut les moyens pour y rester. Cela va être de plus en plus dur car la Ligue 1 passe à 18 clubs, si ce n’est pas 16 d’ici-là. Les sièges seront de plus en plus chers et de plus en plus durs à conserver. Avec un stade opérationnel en 2026, il faut compter deux saisons pas plus même si on peut monter avant. Déjà on va se sauver sur les deux prochaines saisons. Quand je vois le mal que l’on a par rapport aux budgets de certains clubs en Ligue 2, on ne se bat pas financièrement dans la même catégorie.

Justement comment jugez-vous la situation sportive actuelle ?

C’est le gros point noir aujourd’hui, sinon tous les feux sont au vert. Il se passe ce que je redoutais en changeant la moitié de l’équipe, pour l’instant ça ne fonctionne pas. On fera le point à la trêve. On discute régulièrement avec le coach. Il nous manque un ou deux joueurs pour se renforcer en termes de quantité. Clairement, je ne suis pas du tout satisfait de la situation. Je suis très inquiet surtout que ça nous met dans une position où il faut des résultats le plus vite possible. À domicile on est globalement moyen, le gros sujet c’est à l’extérieur avec un seul point pris. On ne peut pas se maintenir si on ne va pas aussi chercher des points à l’extérieur car on va forcément en lâcher à domicile.

Peut-on envisager un changement de coach ?

Non je n’y pense pas. Pour l’instant, le coach est engagé à fond. Après on sait comment ça se passe, si à un moment donné il n’y a pas des résultats, il faut un électrochoc. Mais on en est pas là aujourd’hui.

Souhaitez-vous renforcer l’équipe dirigeante du club ?

Oui d’ici un an, le temps que le stade des Antonins soit lancé, j’aimerais nommer un président pour prendre un petit peu de recul mais tout en restant directeur général du club.

Propos recueillis par Corentin Corger

Point global sur les chiffres. Coût du rachat des Costières : 8 M€, coût de la destruction : 5 M€ (sûrement plus), coût de la construction du nouveau stade : entre 60 et 70 M€. Coût du projet total (stade et nouveau quartier) : 250 M€ TTC incluant le stade provisoire (10 M€).  

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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