Alpha Kubota, 29 ans, est le deuxième joueur japonais à porter le maillot du Nîmes Olympique après Naomichi Ueda. Des gratte-ciel de Tokyo à la cité des Antonin, retour sur son parcours atypique.
Alpha Kubota est le fruit d'une rencontre lors de la guerre civile en Sierra Léone dans les années 90. "Ma mère est japonaise et mon père sierra-léonais. Elle était en mission humanitaire pour Médecins sans frontières et lui étudiait le commerce à l'université" affirme l'ailier nîmois. L'amour a ensuite fait le reste. Le couple quitte l'Afrique et s'installe à Tokyo. "C'est là que je suis né. Comme tous les enfants japonais, j'ai grandi avec deux mots d'ordre : discipline et rigueur" se souvient-il.
Le football entre très vite dans sa vie. "Mon père, Ibrahim, était un très bon joueur amateur. Et mon premier cadeau d'anniversaire a été un ballon de football. On jouait souvent ensemble dans les parcs" se remémore Alpha Kubota. Son premier club est le FC Wakaba. "C'était un club dans lequel on prônait le jeu offensif et les dribbles. Mon style de jeu vient de là-bas. J'adore la percussion et le jeu en un contre un" précise le Japonais.
Victime de racisme au Japon
Comme son père, Alpha Kubota est confronté au racisme au Pays du Soleil Levant. "J'ai souvent entendu des insultes sur les terrains de football, car j'étais noir. Cela a forgé mon caractère" admet l'ancien joueur de l'Olympique d'Alès en Cévennes. À 18 ans, après six ans au FC Tokyo et au Tokyo Verdy, un coup de fil change sa vie. "Mon oncle, Iya Traoré, un freestyler international, m'a proposé de venir en France, car il avait un contact avec les Girondins de Bordeaux" rembobine Alpha Kubota.
À la clé, un essai de 15 jours avec l'équipe réserve bordelaise. "Physiquement, je n'étais pas prêt. J'étais trop fin. Heureusement que je parlais anglais pour communiquer" sourit-il. Les Girondins de Bordeaux l'orientent alors vers la Jeanne d'Arc de Drancy en banlieue parisienne. "Pour moi, Paris, c'était les Champs Élysées et la tour Eiffel, mais quand je suis arrivé dans le métro, ce fut un choc. On était loin de la discipline japonaise" reconnaît-il.
Mais très vite, il trouve ses marques en France. "Il y avait beaucoup plus de personnes qui me ressemblaient dans la couleur de peau et la culture" affirme-t-il. Le Japonais entame ensuite un Tour de France des Clubs sans jamais évoluer plus haut qu'en N2. Montceau-les-Mines, Épinal, Sedan, Louhans-Cuiseaux, Saint-Priest, Furiani et Alès. "Après ma saison à Montceau-les-Mines, j'ai été à deux doigts de signer à Lorient, j'ai même fait la reprise avec les Merlus, mais cela ne s'est pas fait " raconte l'ancien sedanais.
Quart de finaliste de coupe de France avec Épinal en 2020, Alpha Kubota s'épanouit "à fond" avec les Crocodiles. "Le fait de jouer devant près de 5.000 spectateurs est un bonheur absolu" se félicite le Japonais. Mais parfois sa famille lui manque. "Ma sœur étudie à Stockholm en Suède et cela fait six mois que je n'ai pas vu mes parents" lâche-t-il. Heureusement, il peut compter sur le soutien de sa femme. "Je l'ai rencontrée à Lyon. Elle est rwandaise et vit avec moi à Beauvoisin" glisse-t-il.
À 29 ans, Alpha Kubota pense déjà à sa reconversion. "J'aime apprendre en parallèle du football. J'ai obtenu un diplôme d'accompagnateur en nutrition sportive en 2023" affirme-t-il. Depuis décembre 2024, il étudie pour obtenir celui d'agent FIFA. "À la fin de ma carrière, je souhaite rester dans le football et faire le pont entre la France et le Japon" conclut-il.