Laurent Boissier, itinéraire d’un Nîmois comme les autres

 Abdel Samari 26 juillet 2020

Toulon, Alès, Istres : l'ex-footballeur Laurent Boissier a roulé sa bosse dans le football. Mais c'est à Nîmes que le fils du défenseur Nîmois Bernard Boissier aurait aimé tâter du ballon. Il a toutefois réussi à se faire un prénom en tant que directeur sportif du Nîmes Olympique avant d'épouser aujourd'hui une carrière politique. Toujours dans le sport en devenant il y a quelques semaines le nouvel adjoint en charge des Sports à la ville de Nîmes.

Né à Nîmes, Laurent Boissier a le crocodile dans la peau. L'emblème, que le monde entier connaît avec l'accent, a passé toute son enfance dans les rues de la capitale gardoise. Jusqu'à l'âge de 18 ans où il a ensuite, pendant 10 ans, exercé son métier de footballeur dans différents clubs du Sud de la France, à des kilomètres de sa terre natale. Mais pas trop loin non plus. Toulon, Istres et Alès. Avant de revenir dans sa ville d'origine et de ne plus la quitter. "Je suis un passionné de football et de tauromachie. C'est ancré en moi. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. Quand je suis rentré, je n'ai plus voulu partir."

Pourtant, ce qui avait peut-être éloigné Laurent de Nîmes c'est aussi la mentalité nîmoise, quoi qu'il en dise. Se faire un prénom derrière un père, défenseur connu et reconnu du NO. Pas simple. Y compris pour travailler ou pour se faire remarquer. Toujours cette espèce de soupçon d'être un privilégié alors que c'était loin d'être le cas...

"Cela n'a pas toujours été simple. J'ai mangé mon pain noir pendant des années mais franchement, avec le recul, je suis vraiment fier d'être un Boissier. Et je crois pouvoir dire qu'aujourd'hui, les Nîmois me reconnaissent pour mes propres qualités." Et elles sont nombreuses. La passion, l'énergie et le parler vrai. En politique cela devrait aussi servir face à un personnel politique un peu trop aseptisé...

C'est lors d'un match aux Costières où il s'était déplacé en supporter lambda que le fils Gazeau, Alain, lui propose de monter quelques minutes dans son bureau. Et lui propose de venir donner un coup de main. "J'ai exercé trente postes différents. Bricoleur, secrétaire, responsable de la boutique, commercial... Je rangeais même les vestiaires et traçais les lignes sur les terrains d'entraînement. Mais rien ne me dérangeait du moment que c'était pour des gens que je respecte et pour un club que je chéri."

Le temps passe, la direction change. Et Christian Perdrier quitte Disneyland pour Nîmes Olympique. Très vite, il propose à Laurent Boissier de prendre en charge la direction sportive. "Il a su voir rapidement mes compétences, mon expérience. Je connais le football, j'avais faim et je crois que je ne me suis pas trop mal débrouillé."

Tellement que durant quatre saisons, le Nîmois devient l'un des meilleurs recruteurs de la place. Avec ce petit plus très envié d'être le lien indéfectible entre les joueurs, le staff et le public. "On a sauvé le club, faut le dire. C'est un petit miracle." Avec une saison handicapée d’une pénalité de huit points et une montée ratée d'un cheveu, "Lolo" ne perd pas espoir. Au contraire, la saison 2017-2018 offre enfin la délivrance. 25 ans plus tard, la bande qu'il dirige offre l'élite à tout un peuple qui n'y croyait plus. "J'étais fatigué, mais la relation avec le public, cet amour que je ressentais à chaque match, comment les abandonner ?"

Pourtant, Laurent Boissier va jeter l'éponge à deux reprises. "Il n'y avait plus cette osmose en interne. J'ai senti qu'il fallait changer quelque chose, quelqu'un. Je me suis sacrifié peut-être mais je ne voulais pas mentir au public. Et je crois que lorsque on n'est plus en phase avec celui qui vous paie, on doit être honnête et faire ses cartons."

Laurent Boissier prend ses cliques et ses claques. Forcément avec regret "mais je peux me regarder dans une glace. On ne peut pas dire que ce soit le cas pour tout le monde." Encore plus quand on sait qu'il a balayé des opportunités de deux gros clubs de Ligue 1 lors de la montée. "Pour moi, c'était impossible de ne pas connaître la Ligue 1 aux Costières. Je voulais voir mon public, mon stade, mes joueurs savourer."

C'est cette passion qui a peut-être sonné le glas de l'histoire de Boissier avec le Nîmes Olympique de l'ère Assaf. "Est-ce que j'y ai mis trop d'affect ? Probablement. On dit bien que nul n'est prophète en son pays. Ce que je retiens c'est la saison extraordinaire en Ligue 1. On n'a rien lâché avec le staff et les joueurs."

Maintenant que la page NO est tournée, il choisit de consacrer plus de temps à son épouse avec qui il est marié depuis 19 ans et ses enfants. Mais pas pour longtemps... En quête d'un quatrième mandat, s'attachant à un large renouvellement de ses troupes, le maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, pense à Lolo. "Quand il m'en a parlé, j'étais à la fois fier et surpris. Il a tout de suite eu les mots qu'il fallait. Je n'ai pas hésité. D'autant qu'il me proposait un poste qui me convenait parfaitement, s'occuper des sports, ma passion."

Honneur, fierté : comme pour le Nîmes Olympique, Laurent Boissier veut donner un coup de main à sa ville. "Le sport nîmois, c'est le sport d'élite avec le foot et le hand. Après, je veux être à l'écoute de tous les clubs amateurs. Les commerçants impactés de plein fouet par la crise économique ne pourront pas aider autant qu'avant. Il nous faut prendre le relais. Et les associations sportives à Nîmes, elles sont plusieurs centaines et font un travail extraordinaire."

Aider financièrement mais aussi en dotations d'équipements. "Il faut réfléchir sur tous les équipements qui manquent sur la ville. Organiser aussi l'accès aux sites. C'est un travail de longue haleine mené par Julien Plantier durant de nombreuses années. Je découvre. Je ferai tout pour être à la hauteur de la confiance des Nîmois."

Une confiance déjà éprouvée le 28 juin dernier dans les urnes. Une confiance aussi dans le tempérament et la normalité de Laurent Boissier, bien différent du personnel politique. "Je ne changerai pas, ça c'est sûr. Vous le savez, je ne suis pas adepte de la langue de bois. Je pense que Jean-Paul Fournier et ses équipes ont fait appel à moi aussi pour cela." Pour sa passion pour Nîmes. Pour son engagement. Parce que c'est lui, Laurent. Lolo Boissier. Un Nîmois comme les autres.

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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