Nîmes Olympique : il y a 15 ans, la marée rouge emportait les Lionceaux

Le 20 avril 2005, le stade des Costières a vécu un de ses plus beaux matches avec un Nîmes – Sochaux à rebondissements, qui s’est terminé par une victoire des Crocodiles au bout du suspense.

Du suspense, des buts, un stade rouge de plaisir et une victoire historique. Il y a quinze ans jour pour jour, les Nîmois ont vécu un moment qu’ils ne sont pas prêts d’oublier.

Nîmes Olympique pleure les siens en ce début de printemps 2005. Les fans du club sont sous le choc, car le 3 avril, ils apprennent la disparition du légendaire Kader Firoud (85 ans) à qui les Crocodiles doivent leurs plus belles heures de gloire. Ce dernier a d’abord été joueur (de 1948 à 1954), puis entraîneur (de 1955 à 1962 et de 1969 à 1978) du NO. Des voix s’élèvent alors pour demander que l’on rebaptise le stade des Costières pour lui donner son nom.

Cinq jours plus tard, c’est Maurice Lafont (77 ans) qui s’éteint. Le défenseur a marqué l’histoire en étant le capitaine de l’équipe nîmoise finaliste de la Coupe de France en 1958. La même année il était devenu le premier Crocodile à jouer en coupe de Monde, en Suède. Enfin, le 11 avril, c’est Henri Bosquier, secrétaire général adjoint puis secrétaire général de 1949 à 1985, qui disparaît. L’emblématique dirigeant avait passé 36 ans dans le club gardois.

C’est avec beaucoup de tristesse et de nostalgie que les Nîmois disent adieu à ces trois grands serviteurs du club. En ce qui concerne le terrain, ce n’est pas très réjouissant. Le club présidé par Jean-Louis Gazeau se débat depuis trois saisons en National. Classé 13e en 2003 et 7e en 2004. Mais cette fois, il semble en mesure de décrocher la montée en Ligue 2. Même si les derniers résultats ne sont pas très enthousiasmants (défaite 0-1 à domicile contre Raon l’Étape puis des nuls à Rouen 1-1 et à Roye 0-0), l’équipe de Didier Ollé-Nicolle monte provisoirement sur le podium à la faveur d’une victoire sur Tours 1-0, à six journées de la fin du championnat.

Heureusement, pour égayer le quotidien, Nîmes Olympique réussit un somptueux parcours en Coupe de France. Tour à tour trois équipes de Ligue 1, l’AS Saint-Étienne (3-2), l’AC Ajaccio (1-1 et 4-2 tab) et l’OGC Nice (4-0), sont éliminées par la bande du « Don » (surnom de Didier Ollé-Nicole). Tant et si bien que les Nîmois se retrouvent en quart de finale avec comme adversaire le Football Club de Sochaux-Montbéliard, une solide équipe de l’élite. Dans ces conditions, l’opération 12e homme, lancée par les dirigeants nîmois, connaît un grand succès. Pour une place achetée, un tee-shirt rouge commémoratif de la rencontre est offert. Les 14 000 prévus partent comme des petits pains.

Ce 20 avril 2005, ils sont 17 516 à prendre place dans le stade des Costières. Jamais, l’antre des Crocodiles n’a été aussi rouge et l’effet 12e homme prend sa pleine mesure. L’engouement suscité par ce match est énorme. Il est diffusé en direct sur TF1 et commenté par l'emblématique duo Thierry Roland-Jean-Michel Larqué. Évidemment les abords des Costières sont vite embouteillés.

Le milieu de terrain Stéphane Beyrac (aujourd’hui entraîneur des U19 du RC Lens) se souvient d’un moment en particulier. «Les gendarmes ne connaissaient pas Alain Cantareil, qui était un des plus jeunes joueurs. Ils ne voulaient pas le laisser passer avec sa voiture. Il a fallu que j’intervienne pour les convaincre qu’il jouait au Nîmes Olympique. »

En entrant sur la pelouse, les joueurs découvrent le comité d’accueil. « Le stade était plein à craquer, les supporters étaient tous en rouge. C’est une image qui m’a marqué », confesse Jean-Marie Pasqualetti qui était le capitaine nîmois de l'époque et qui occupe désormais le poste de directeur technique à l’Olympique d’Alès en Cévennes (N2). Décomplexé en Coupe de France, et forts des précédents tours, les Nîmois abordent le match sans pression et à 17h l’arbitre, Éric Poulat, donne le coup d’envoi.

Deux 4-2-2 se font face et Didier Ollé-Nicole doit composer avec les absences du défenseur Oliveras qui est suspendu et du milieu de terrain Horjak, victime d’une déchirure musculaire. Le technicien nîmois choisi de reconduire dix des onze joueurs qui ont battu le Tours FC une semaine plus tôt. Le seul changement intervient au milieu de terrain où Zanotti laisse sa place à Enza-Yamissi, dont il se dit qu’il est sur les tablettes de Metz, Saint-Étienne et de… Sochaux.

Dès le début de la rencontre, les Crocodiles sont dangereux, à l’image d’une première tentative de Chavas, à la suite d’un centre de Verschave (7e). Mais les Lionceaux prennent le contrôle du match. Néanmoins, après une déviation de la tête de Beyrac, Chavas entre dans la surface de réparation sochalienne, et il ne laisse aucune chance à Richert (1-0, 23e). Nîmes entrevoit d'entrée la possibilité d’un nouvel exploit.

Toutefois, l’enthousiasme local est de courte durée. Il est tout d'abord douché sur un coup franc d’Ilan repoussé par Duchesne et repris de la tête par Kader (1-1, 27e). Le gardien de but nîmois, habituellement irréprochable, est dans un mauvais jour. Ses mains ne sont pas assez fermes sur un corner d’Oruma (ex-Crocodile 1999-00), qu’il relâche offrant, par la même occasion, le second but à Kader (1-2, 39e). Le coup est rude. Il l'est davantage avant l’heure de jeu avec une frappe d’Ilan qui se loge dans la cage gardoise (1-3, 57e). « À ce moment-là, on s’est dit qu’on était tombé sur plus fort que nous », se rappelle Jean-Marie Pasqualetti.

Englués dans le miel de la certitude, les Dousbiens se relâchent un peu et ils vendangent. Kader à une balle de 1-4, mais son lob passe à côté des buts de Duchesne (63e). Les joueurs de Guy Lacombe viennent de rater le coup de grâce, et sans s’en douter, ils redonnent de l’espoir au peuple rouge. «S’ils ne veulent pas nous achever, on va leur montrer que l’on ne lâchera rien», rajoute le désormais dirigeant alésien.

La révolte a sonné ! Elle est initiée par Didier Ollé-Nicolle qui décide de faire trois changements d’un coup. Beyrac, Chavas, et Khelfa sortent et ils laissent leur place à Coulibaly, Zanotti et Kandé. Ce dernier, entre remonté à bloc : « J’étais un peu revanchard car en Coupe de France c’était Yao qui était titulaire et j’avais raté les bons matches. » Tactiquement, Nîmes passe d’un classique 4-4-2 à un 3-4-3 qui densifie le milieu de terrain. Il reste alors 22 minutes à jouer et avec ce dispositif, les Crocodiles comprennent qu’ils ont carte blanche pour se jeter à l’assaut des buts sochaliens.

Le coup de poker d’Ollé-Nicolle se transforme en coup de maître. L’effet est immédiat puisque 240 secondes plus tard, un centre de Cantareil est raté par Verschave mais pas par Enza-Yamissi qui réduit l’écart (2-3, 72e). Sur le banc, l’entraîneur du NO lève les bras comme s’il avait déjà compris ce qui allait se passer. Habités par la réussite et transportés par la ferveur, les Nîmois jouent comme jamais. Le public joue à fond son rôle de douzième homme, comme le confirme Julien Benhamou : « Je garde l’image des supporters qui nous ont transcendé. Ils nous ont tellement poussé que c’est ce qui a fait basculer le match. »

L’ancien défenseur, qui travaille désormais au service Éducation jeunesse de la ville de Grenoble, se replonge avec émotion dans cet après-midi d’avril 2005. « Quand je revois les images, j’ai des frissons. » Dans la foulée, le sochalien Kader profite d’un mauvais alignement de la défense nîmoise pour se procurer une balle de 2-4, mais il la rate une nouvelle fois. C’est certainement l’échec de trop pour les joueurs de Guy Lacombe. La Coupe de France est implacable. Il flotte autour de ce match une odeur de drame pour le vaincu.

Nîmes compte encore un but de retard, mais plus pour longtemps. Benhamou dépose un corner sur la tête de Kandé qui égalise (3-3, 77e), dans une ambiance démentielle. L’international mauritanien, aujourd'hui formateur d’éducateur sportif dans le Var, vient de faire exploser de bonheur le stade des Costières. Une émotion particulière qu'il n’a pas oubliée : « Je n’ai pas eu le temps d’exprimer ma joie, que tous mes coéquipiers étaient déjà sur moi. Enza m’a fait une prise de judo. » La rencontre prend, au fil des minutes, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel émotionnel et les deux équipes repartent pour une prolongation de deux fois quinze minutes.

Le FCSM est théoriquement mieux armé pour ce supplément, mais le NO a un autre atout de poids. « On avait moins de qualité technique que Sochaux, mais humainement on était très costaud », témoigne Kandé. Quelles que soient les qualités des uns et des autres, c’est Nîmes qui va transformer l’incertitude en triomphe. Dembélé sert parfaitement Verschave sur le coté droit. Le centre de celui-ci est suffisamment dévié par Monsoreau pour gêner Richert qui pousse le ballon dans ses propres buts (4-3, 105e). "Le stade a explosé. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Pour ma première saison au club, c’était déjà un très bon moment", se rappelle Stéphane Beyrac.

Nîmes a, une nouvelle fois, renversé une situation désespérée. L’intensité émotionnelle est énorme, la rencontre devient encore plus folle. Le ballon va d’un camp à l’autre. Les Crocodiles ratent le but du 5-3 (106e). Dans un ultime frisson, Pasqualetti se fend d’un sauvetage sur sa ligne dans les derniers instants (119e). Il est un peu plus de 19h15, l’arbitre siffle la fin d’une rencontre qui vient d’entrer dans la légende du Nîmes Olympique. Dans les tribunes et sur la pelouse, les raisons chavirent et les cœurs s'emballent.

Nîmes Olympique se qualifie pour sa neuvième demi-finale de Coupe de France et devient le premier club du troisième niveau à éliminer quatre formations de l'élite lors de la même édition. Nîmes fait même la Une du journal L’Équipe, le lendemain. Une récompense honorifique, que le club paie au prix fort en championnat. « Quand on faisait les marioles d’éliminer des D1, il nous fallait quelques jours pour s’en remettre », analyse a posteriori Jean-Marie Pasqualetti.

Après ce nouvel exploit, les Crocodiles ratent leur fin de saison et l'accession en L2, avec une victoire, un nul et quatre défaites. Ils terminent cinquième à neuf points du podium. « Je pense que cette qualification nous a coûté la montée », regrette Julien Benhamou. Le défenseur central Moise Kandé fait le même constat : « Tout le monde, y compris les journalistes, nous voyait au stade de France. Cela ne nous a pas aidé ». Cest encore raté, et il faudra attendre trois saisons pour retrouver l’étage supérieur. En Coupe de France, l’aventure prend fin en demi-finale avec une défaite à Auxerre 2-1.

Norman Jardin

La fiche technique.

20 avril 2005. Coupe de France (quart de finale). Nîmes Olympique (N) – FC Sochaux 4-3 (Mi-temps : 1-2 et 3-3 à la fin du temps réglementaire). Temps doux. Stade des Costières. Pelouse souple et légèrement bosselée. Arbitre : M. Poulat. Spectateurs : 17 516. Buts pour Nîmes : Chavas (23e), Enza-Yamissi (72e), Kandé (77e) et Richert (105e csc). Buts pour Sochaux : Kader (27e et 39e) et Ilan (57e). Avertissement à Nîmes : Benhamou (61e). Avertissements à Sochaux : Lonfat (29e), Isabey (35e) et Pitau (90e).

Nîmes : Duchesne – Benhamou, Yao, Pasqualetti (cap), Cantareil – Dembélé, Khelfa (Kandé, 68e), Enza-Yamissi, Chavas (Zanotti, 68e) – Beyrac (D. Coulibaly, 68e), Verschave. Entraîneur : Didier Ollé-Nicole.

 

Sochaux : Richert – Paisley, Potillon, Monsoreau, Mathieu – Lonfat, Pitau, Oruma (Menez, 81e), Isabey (cap) – Kader (Zairi, 97e), Ilan (N’Daw, 75e). Entraîneur : Guy Lacombe.

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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