Quatre ans après ses débuts avec les Crocos, et après quelques embûches, Clément Depres découvre le plus haut niveau français, en profitant de chaque instant.

Le 4 août 2017, le Nîmes Olympique s’impose à Lens 2-1, pour le compte de la 2e journée de L2. C’est le début d’une saison inoubliable. Sur le banc des Crocos, Clément Depres vit déjà un moment très fort : « Je ne suis pas entré en jeu, mais j’étais content, car toute ma famille était dans les tribunes. » Ce match entre le RCL et le NO, c’est le duel des deux amours de l'attaquant. Car s'il est né à Nîmes, c’est dans le Nord que sont ses racines. Ses parents sont natifs du Pas-de-Calais. Du coup, le petit Clément grandit à Mus, entouré de supporters des Sang et Or.

Sa chambre est couverte de posters des joueurs lensois, et il porte fièrement le maillot Sang et Or. « Avec ma peau blanche qui ne bronze jamais, j’avais l’étiquette du Nordiste », se souvient le numéro 9 des Crocos.

Il prend aussi du plaisir à se différencier de ses petits camarades : « J’aimais dire que j’étais un supporter de Lens, et pas de Marseille, comme beaucoup de jeunes de mon village ». Durant son enfance, avec ses copains il arpente les chemins de la Vaunage. À Codognan, pour le parcours de santé et le circuit pour BMX, et à Vergèze pour son skatepark. Mais aussi à Aigues-Vives et à Mus.

C’est l’époque des 400 coups, des cabanes dans les arbres, et des inévitables bêtises. « Une fois pour Halloween, on a fait croire qu'on allait chercher des bonbons, mais en fait nous avions des œufs pourris, de la farine et du papier toilette. Avec tout ça, on a repeint le village. Nous avons aussi renversé des poubelles, et la police nous a obligé à toutes les ramasser. »

 

Rien de bien méchant, et les fêtes votives sont aussi au rendez-vous des ados. Clément affectionne les traditions locales comme les courses Camarguaises, les encierros. « Mais à partir du moment où j’ai signé à Nîmes, j’ai arrêté pour ne pas me blesser ». Le jeune attaquant s’astreint une hygiène de vie rigoureuse, y compris quand les copains le sollicitent pour bringuer : « J’étais le rabat-joie dans l’histoire ».

 

Puis viennent les années collège, celui de Sommières en particulier, et à 15 ans Clément signe au Nîmes Olympique. Il passe un an à fréquenter, et à chanter avec les Gladiators. Plus le temps passe, et plus il se rend compte de la difficulté de devenir footballeur : « Je ne pensais pas devenir pro. Je ne sortais pas du lot comme pouvaient le faire Briançon, Bobichon et Valls ».

Et tout commence mal. Lors de sa première année avec la réserve, il se blesse. Mais cette mésaventure va déboucher sur une révélation : « Je me suis investi pour entraîner les petits de Codognan et cela m’a plu ». Le Croco se prend au jeu, au point de suivre l’évolution de ses protégés, et d’organiser des déplacements à l’étranger. Le virus de la formation est contracté, c'est même une piste professionnelle envisageable pour l’avenir. « Avec eux, j’ai vécu des moments forts. Ils étaient tous là pour mes 20 ans, et pour mon premier match aux Costières ».

 Pas certain de devenir footballeur professionnel, Depres a un plan B : « Je suis bon en maths, et j’ai passé un BAC comptabilité. J’ai bien failli devenir Banquier à la BNP ». Le Croco anticipe sur son avenir. Il passe un diplôme de gestion des organisations sportives, et il prend des cours d’anglais : « J’aimerais rester dans le sport, et je me sens capable de créer ma boîte ».

Mais Clément devra attendre pour se reconvertir, car sa carrière de footballeur a bel et bien débuté. Plus exactement à Créteil, le 21 novembre 2014, sous les ordres de José Pasqualetti. Le contexte est horrible. L’affaire des matches présumés truqués a éclaté quelques jours auparavant. « J’étais tellement stressé que je m’en fichais de l'affaire. Je me souviens que je partageais ma chambre avec Cédric Tchoutou. Pour mon intégration dans le groupe j’avais chanté une chanson de Stromae, et Féthi avait interprété "Les Sardines" de Patrick Sébastien ».

Après 11 matches en deux saisons, le Nîmes Olympique le prête à Châteauroux, en National. Une expérience difficile mais salutaire : « Pour la première fois, je quittais la maison, et je me retrouvais seul. Il a fallu que je me débrouille ». Dans le Berry, il retrouve Michel Estevan, ancien Croco et Sudiste pur jus : « Avec lui nous parlions souvent pétanque ». Mais l’expérience Castelroussine tourne court. Elle est stoppée par une blessure : « Je n’y ai passé que trois mois, mais mentalement, cela m’a fait du bien ».

Une fois l’épreuve passée, vient enfin le temps de manger son pain blanc. Après la saison en Ligue 2, 2017-18 marque le retour du Nîmes Olympique en ligue 1. Le duo Bozok – Alioui fait des ravages, laissant peu de place à Depres. Mais ce dernier reste philosophe : « Avec leurs performances, il aurait été idiot de réclamer quoi que ce soit ».

Pourtant Clément apporte sa pierre à l’édifice en jouant 19 matches, ponctués de deux buts. « La montée avec Nîmes, ça valait le coup de vivre tout ça. J’en ai encore des frissons », concède le Croco. Lors de cette saison qu’il partage avec le groupe, ses coéquipiers apprennent à mieux le connaître, et ils relèvent ses qualités humaines. Umut Bozok le décrit comme « un bon mec, et il est généreux ». Pour le défenseur Gaétan Paquiez qui le connaît depuis longtemps, Clément « c’est gros bosseur, et quelqu’un à qui l’on peut faire confiance, mais il a un défaut : il est nul au poker (Rire) ! »

Le grand jour des retrouvailles entre la L1 et Nîmes a lieu le 11 août dernier. C’est ce jour-là que la France découvre Clément Depres. L’attaquant entre à la 75e minute alors que son équipe est menée 3-1 et qu'elle joue à 10 contre 11. L’impensable se produit alors. Une minute après son entrée, Clément marque un but. Dix minutes plus tard, c’est Ripart qui égalise, et dans la foulée les Crocos prennent l’avantage. Le quatrième but nîmois est même un temps attribué à Depres, avant d’être déclaré csc (contre son camp). L’ancien avant-centre de Codognan peut savourer : « J’étais le plus heureux de la terre ».

Cinq mois plus tard, il a déjà presque battu son record d’apparitions, et il a marqué deux fois. Pour autant, le Nîmois ne change pas sa façon de vivre, et il profite des plaisirs simples de la vie. Avec Laura, sa compagne, il affectionne les randonnées, et les soirées canapé devant une série : « J'ai aimé "La vérité sur l’affaire Harry Quebert", "Stranger Things", "La Casa de Papel", "The Walking Dead" et "Prison Break". » 

Qu’il soit titulaire ou pas, Clément Depres ne change pas, et il garde aussi son humour. « Zlatan disait qu’il avait mis le PSG sur la carte du monde, et bien moi j’ai mis Mus sur la carte de France ». De son coté, Bernard Blaquart lui fait de plus en plus confiance, et a fait de lui le deuxième joueur de L1 le plus souvent entré en cours de match. Le coach apprécie son caractère : « C’est un garçon qui est nickel. Presque trop gentil ». Ce soir contre Angers, Clément Depres aura peut-être une nouvelle fenêtre de tir pour redevenir l’homme le plus heureux de la terre. Norman Jardin

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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