Les Nîmois voulaient retrouver le goût de la victoire. Ils ont parfaitement réussi leur coup. Une victoire sans partage 4-0 sur le terrain de Dijon illustrée par un doublé de Bouanga, une énorme performance de Savanier et une belle performance collective qui ravit tout le monde. 

Les Crocos se déplaçaient à Dijon avec l'ambition de mettre fin à neuf matches sans victoire et dans le même temps de battre un concurrent direct au maintien. Avant la rencontre le succès fuyait aussi les Dijonnais en panne sèche depuis huit rencontres. Les locaux se présentaient avec un milieu de terrain décimé. Quatre joueurs majeurs étaient blessés : Abeid, Loiodice, le capitaine Amalfitano et Gourcuff. Côté nîmois, Bernard Blaquart avait choisi de faire à nouveau confiance à Guillaume, associé en pointe avec Bozok. Pour remplacer Alakouch au poste de latéral droit, comme supputé, le coach Blaquart avait préféré le polyvalent Ripart plutôt que Paquiez.

La partie s'emballait dès la 5e minute à la suite d'une bourde du gardien dijonnais Runarsson. Sur une passe en retrait anodine de Yambéré, il ratait totalement son dégagement au pied et rendait la sphère à Bozok qui le crochetait. Yambéré revenait in extremis et stoppait sur la ligne des 6 mètres la passe du Turc en direction de Guillaume. Sur le renvoi au pied à la desperado du gardien bourguignon, le défenseur ne pouvait rien sur la frappe à ras de terre de Bouanga qui traversait une forêt de jambes pour terminer sa course dans le soupirail des buts gardés par Runarsson.

À l'occasion, le Gabonais inscrivait son deuxième but de la saison après celui réussi face à Marseille où il avait déjà ouvert le score après avoir mystifié le défenseur japonais Sakaï (0-1). Deux minutes plus tard, le break n'était pas loin. Savanier, sur corner, observait que le gardien était légèrement avancé pour tenter directement sa chance. Le portier islandais de 23 ans s'y reprenait à deux fois pour éviter que Briançon ne double la mise.

Le score était à l'avantage des Nîmois, mais la domination était dijonnaise. Au départ de l'action en décalant Balmont sur la droite, Tavares était à la conclusion en smashant le ballon de la tête sur la barre de Bernardoni, totalement impuissant sur le coup (15e). Derrière, Sliti, à bout portant, vendangeait la balle d'égalisation. Le capitaine bourguignon était très actif et il fallait l'interception de Landre pour l'empêcher de cadrer une frappe en pivot (20e). À cette minute, Dijon comptait 70% de possession du ballon et Nîmes courbait l'échine sans trop souffrir !

Mais le petit brin de réalisme nîmois du début de saison avait décidé de resurgir ce soir à Dijon. Une deuxième perte de balle signée Yambéré entraînait une grosse faute de Ciman sur Bozok à l'entrée de la surface. Une aubaine à 25 mètres du but, plein axe pour l'artilleur Savanier qui récurait la lucarne du gardien dijonnais. Quel régal ! (0-2, 28e). Le KO n'était pas loin cinq minutes plus tard, mais Runarsson, qui avait repris ses esprits, sortait une belle parade sur la frappe puissante plein axe de Guillaume.

Insatiable Bouanga ! Parfaitement lancé par Guillaume, l'attaquant gabonais trompait encore une fois Runarsson (37e). Mais l'arbitre de touche levait son drapeau pour signaler un hors-jeu qui, vu des tribunes de presse, semblait très limite. Dijon accaparait le ballon mais se montrait stérile. Dans le temps additionnel de cette première période, Savanier avait une seconde opportunité sur coup-franc après une faute de Rosier sur Thioub. Il frappait directement au but mais, cette fois-ci, sans succès.

De retour sur la chlorophylle, les Bourguignons revenaient avec les mêmes intentions et les situations chaudes se multipliaient dans la surface de Bernardoni. Saïd s'écroulait après un tacle de Briançon mais le capitaine gardois touchait en premier le ballon. M. Schneider restait de marbre comme sur la tête de Ciman contrée par Landre où ses coéquipiers réclamaient un penalty. C'est en effet de la poitrine que l'ancien lensois, serein, repoussait ce ballon.

Les Crocos subissaient moins et avaient de l'énergie pour plier le match. Guillaume interceptait dans l'axe et filait au but. Une touche de balle de trop le faisait buter sur Runarsson. Mais ce n'était que partie remise puisque dans la foulée Bouanga faisait définitivement le break et marquait un doublé ( 0-3, 65e). Il convertissait la magnifique offrande de Savanier dont la remontée du ballon de son camp et la passe décisive sont à montrer dans les écoles de foot. Une passe et un but qui montrent l'importance du numéro 11 dans l'entrejeu nîmois.

Pour que cette soirée bourguignonne soit parfaite, Bernardoni veillait à garder sa cage inviolée. Il repoussait la frappe enroulée de Tavares, qui était passé devant Landre au duel d'homme à homme (70e). Les dernières banderilles dijonnaises ne transperçaient pas le portier gardois. Mieux ! Savanier, sur corner, frappait le ballon au premier poteau, Ripart déviait et le capitaine Briançon face au but, malin, profitait d'un coup de billard pour glisser le ballon dans les filets (0-4, 87e). Nîmes pouvait savourer sa troisième victoire de la saison ; la deuxième à l'extérieur. Et un bond avant, provisoire, à la 12e place du classement de la Ligue 1 !

 

De Dijon, Corentin Corger

Bernard Blaquart : « C'est une satisfaction de gagner 4-0 à l'extérieur. L'efficacité était de notre côté. Nous avons eu six ou sept occasions, on marque quatre buts, c'est très bien. On a su profiter des erreurs adverses. C'était un match un peu bizarre, un peu compliqué offensivement pour les deux équipes. Comme nous avons vite mené au score, il était logique d'attendre notre adversaire et de procéder en contres. C'est ce que nous avons fait. Mon équipe a su faire preuve de solidarité, tout le monde a fait les efforts défensifs.» 

 

Olivier Dall'Oglio : «On prend très vite ce premier but sur une erreur individuelle. Puis le second intervient peu de temps après. Psychologiquement, c'est difficile, car en ce moment, nous ne sommes pas bien. C'est embêtant de perdre face à un concurrent direct au maintien. Nous avons perdu une bataille, mais pas la guerre. 

Le problème, c'est qu'il y a trop d'erreurs individuelles que nous payons cash. On ne fait pas les efforts tous ensemble au même moment. Il y a trop de fébrilité. Des joueurs ne sont peut-être pas assez armés actuellement pour gérer les émotions. Nous avons besoin de plus de caractère. J'ai essayé beaucoup de choses. Il y en a d'autres à explorer. On a pas mal de joueurs absents, mais il ne faut pas se chercher d'excuses.»

Olivier Dall’Oglio : « à Nîmes, il y a toujours eu un vivier de joueurs »

Né à Alès, Olivier Dall'Oglio y a également débuté en 1982 une carrière de joueur professionnel achevée en 1996. Il a répété ses gammes d'entraîneur à l'OAC puis au Nîmes Olympique. Chez les Crocos, il s'est surtout occupé du centre de formation. Aujourd'hui entraîneur de Dijon, la rencontre de demain soir est forcément particulière pour le technicien de 54 ans. Pour Objectif Gard, il aborde ses souvenirs, sa relation avec Bernard Blaquart et sa vision du club. 

Objectif Gard : On imagine que c'est toujours un moment particulier pour vous d'affronter Nîmes ?

Olivier Dall'Oglio : Toujours. Comme je suis resté cinq ans, entre 2000 et 2005, en tant que directeur du centre de formation, j'ai de très bons souvenirs. J'allais aussi voir des matches quand j'étais plus jeune quand le club était en première division. Des moments d'affrontement entre Alès et Nîmes, des très bons derbies. J'ai été formé à Alès. À l'époque on était adversaire. Nîmes c'est le gros club de la région qui a toujours été une entité importante. Le fait d'y avoir travaillé ç'a été une fierté. Et avoir fait une finale de Gambardella avec les jeunes en 2004, c'était un événement !

Est-ce que vous avez déjà côtoyé le coach nîmois, Bernard Blaquart ?

Pas à Nîmes, mais Bernard je le connais très bien puisque lui à l'époque s'occupait de Lunel. C'est un ancien professionnel. On est de la même génération, on s'est donc côtoyé. Il travaillait sur les jeunes, on échangeait là-dessus. On a un peu le même parcours.

Justement, il se définit comme un formateur et il s'en sort plutôt bien comme entraîneur. Comment expliquez-vous cela ?

Je trouve aussi ! C'est vraiment la preuve que c'est tout à fait compatible d'être formateur et entraîneur avec les pros. Souvent, on fait trop de différences. Un bon formateur c'est quelqu'un qui s’intéresse au football, qui est passionné. Il peut aussi travailler avec les professionnels. Bernard n'en est pas à sa première expérience avec les pros. À Tours, il était aussi coach puis il est revenu à la formation avant de basculer à nouveau comme entraîneur. Ce qu'il fait est plutôt positif. Certains joueurs ont encore besoin de formation. Cette pédagogie et ce management se prêtent tout à fait aux clubs que l'on entraîne avec des joueurs qui arrivent soit du monde amateur soit de centre de formation et qui n'ont pas fini leur formation. C'est un métier complet. On s'intéresse à tout. On connaît tout le parcours d'un joueur. D'être formateur c'est très... formateur !

Est-ce que Nîmes doit s'inspirer du modèle de Dijon pour se maintenir en Ligue 1 ?

Ça peut-être des modèles qui se ressemblent. En fait, on s'aperçoit que Nîmes arrive à faire jouer des joueurs issus de sa formation. Peut-être plus que nous d'ailleurs. À Nîmes, il y a toujours eu un vivier de joueurs. Certainement plus qu'ici à Dijon. Je pense qu'ils vont s'appuyer davantage encore là-dessus. Et après, ils arrivent à prendre des joueurs qui arrivent de National. On est des clubs obligés d'aller chercher ces joueurs là et de continuer à les former. On est sur le même parcours.

Ce match est un duel entre deux concurrents directs pour le maintien qui ont besoin de points (Dijon 17e et Nîmes 16e, NDLR). Malgré la pression, les joueurs vont-ils se libérer ?

C'est difficile de se projeter. Que ce soit Nîmes ou Dijon, dans des dispositifs différents, ce sont des équipes qui jouent. Qui cherchent à aller de l'avant et à marquer. On l'a vu l'année dernière avec Nîmes Olympique qui marquait beaucoup de buts. Leur objectif c'est d'avoir un jeu porté vers l'avant, c'est sûr. Après, ça se jouera certainement à pas grand-chose. Même si on n’a pas tout à fait le même style, ce sont deux équipes qui sont proches. En termes de résultats c'est un match important même s'il en reste encore beaucoup à disputer.

Malgré vos occupations en Côte d'Or, avez-vous le temps de descendre de temps en temps dans le Gard ?

Je suis Alésien, ma famille et ma belle-famille sont à Alès. Je ne descends pas souvent. Quand on est pris dans le championnat ce n'est pas facile. Maintenant, dès que j'ai l'occasion, je descends. En TGV c'est quatre heures, ce n'est pas non plus le bout du monde. J'en profite aussi pour passer à Nîmes !

 

Propos recueillis par Corentin Corger

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes