Victime d'une rupture des ligaments croisés, P. Valdivia se confie sur les dessous de sa blessure et sur la saison du Nîmes Olympique.

Entre le regret de ne pas pouvoir regoûter aux joies de la Ligue 1 et le plaisir de voir ses partenaires et amis réaliser des débuts remarqués dans l'élite, le joueur âgé de 30 ans n'a en tout cas rien perdu de sa motivation, lui qui pourrait faire son grand retour avant la fin de la saison.  

 

Tout d'abord, comment allez-vous depuis votre opération ? 

Pierrick Valdivia : L'opération s'est très bien passée. Ce matin encore j'étais avec le chirurgien parce qu'on a atteint le cap des 21 jours et tout suit bien son cours visiblement. J'ai des douleurs, mais c'est normal. Je commence à pouvoir replier le genou. Là, j'y arrive déjà à 90 degrés, donc c'est pas mal. Et après eh bien... C'est reparti pour de la rééducation. Il le faut.

"On ne reverra pas Pierrick à son meilleur niveau avant la fin de saison", avait déploré votre entraîneur Bernard Blaquart suite à votre blessure. Etes-vous plus optimiste que lui quant à votre retour ? 

Je laisse le coach dire ce qu'il pense, mais moi, je n'ai pas envie de me fixer de date précise. Je vis au jour le jour. Après, c'est vrai que quand on regarde les graves blessures de la sorte, on met souvent du temps à revenir. Donc il a sûrement raison. Mais moi je ne veux pas avoir d'objectif, de pression, tout dépendra de mon corps, de son évolution chaque jour, de ses réactions... 

Cette opération, elle avait justement pu être évitée en avril dernier, même si vous aviez déjà été écarté des terrains jusqu'en juillet... Comment expliquer cette rechute, surtout si peu de temps après ? 
Il y a eu beaucoup de rumeurs et de choses qui se sont dites au sujet de ma blessure. Il y avait pas mal de gens qui se demandaient pourquoi je ne m'étais pas fait opérer. Je ne me suis jamais exprimé là-dessus jusqu'ici... Mais je vais le faire pour vous. En fait, quand je me suis blessé le 24 avril dernier, je devais me faire opérer à Lyon. J'allais partir au bloc opératoire et j'ai eu un signe... J'ai demandé aux médecins pourquoi j'avais plus mal au mollet qu'au genou. Ils me disaient que ce n'était rien, que ce devait être une simple contracture. Mais moi j'ai réclamé des examens supplémentaires.
Il s'est avéré que j'avais contracté une phlébite... Donc si je passais au bloc, je faisais une embolie pulmonaire. Du coup pas d'opération possible pendant un mois. J'ai donc consulté d'autres spécialistes qui m'ont dit qu'au vu de mon âge et de mon expérience, on pouvait tenter une reprise sans opération. Je me suis dit qu'il fallait le tenter, soit ça passait, soit ça cassait. Finalement ça a cassé au bout de deux mois et demi. Mais je n'ai pas de regrets. 

Encore en amont, votre aventure à Lens s'était déjà terminée par une blessure. A l'époque vous disiez vous être senti quelque peu délaissé par le club... Est-ce différent à Nîmes ? Et si oui, en quoi ?
Oui, c'est forcément différent puisqu'aujourd'hui je suis encore là, au quotidien. A Lens c'était une autre histoire, ce qui est passé est passé. Mais oui ici c'est complètement différent, je reçois un maximum de soutien, j'ai des appels de tout le monde. C'est super, je ne peux pas me plaindre. 

En dehors de votre profession, vous êtes aussi une personne très investie dans le milieu associatif, notamment via une association s'occupant d'enfants malades. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur celle-ci ?

Oui c'est quelque chose qui me tient à cœur. Malheureusement là c'est un petit peu plus compliqué, avec l'opération j'ai dû mettre tout cela quelque peu en stand-by. Mais cela fait des mois que je me suis investi dans une association qui lutte contre le syndrome Silver Russell.
En fait, ce sont des enfants malades qui naissent avec un problème génétique. C'est une maladie très rare, non reconnue en France, qui coûte malheureusement très cher aux parents pour soigner leurs enfants. Et par rapport à mon métier et ma notoriété, j'essaye de la faire découvrir et d'aider comme je peux. On essaye de la faire connaître. J'attends que mon genou aille encore un petit peu mieux pour me remettre à fond dedans. Par exemple, avant ma blessure, avec le club on avait prévu qu'un membre de l'association donne un engagement aux Costières. Cela n'a pas pu se faire, mais c'est seulement repoussé. Parce que je veux vraiment faire connaître cette cause.

Justement, en tant que père de famille de 30 ans, est-ce que cela permet aussi de relativiser dans une période délicate comme celle-ci ?
Complètement, oui. Dans mon malheur, j'ai eu la chance de connaître cette blessure étant plus jeune et j'ai aussi eu pas mal de très gros pépins physiques durant ma carrière. Et à chaque fois je suis revenu plus fort, parce que mentalement j'étais solide, que j'avais le soutien de ma femme, de mes enfants et ça c'est un réel bonheur. Quand je suis allé faire une IRM pour ma dernière blessure, un dimanche à Nîmes, à l'hôpital j'ai vu un gamin qui devait avoir la vingtaine, le pauvre, il ne pouvait bouger que ses yeux... J'ai regardé ma femme et je lui ai dit : 'Mais en fait, qu'est-ce qu'on s'en fou de mon genou'. Il y a toujours pire dans la vie. Et le plus important c'est de savoir prendre son mal en patience, relativiser et revenir plus fort. J'ai ce caractère, j'ai cette mentalité. Dieu m'a donné des obstacles eh bien à moi de les franchir, en gardant à l'esprit qu'il y a bien pire ailleurs...

Pour en revenir à l'aspect sportif, personnellement, comment vivez-vous ce début de saison plus qu'encourageant de vos partenaires ?
Je suis très content. Déjà, parce que je pense qu'il y a encore quelques semaines, peu auraient misé sur le Nîmes Olympique aux vues des gros calibres que le calendrier nous avait réservé d'entrée. Et surtout parce que je crois qu'on a su garder notre identité, de toujours se porter vers l'avant, d'attaquer constamment. Alors oui, on encaisse des buts, mais on en marque aussi. Ce qui est un peu dommage, c'est qu'on attend qu'on soit en Ligue 1 pour nous féliciter, mais cela fait déjà 3 ou 4 ans que cette philosophie habite le club, avec les mêmes joueurs.
Mais honnêtement je suis très content de leurs débuts, dimanche dernier ils font match nul à Bordeaux, limite on est frustrés parce qu'on pouvait gagner. Alors qu'en réalité, faire match nul chez les Girondins ce n'est pas donné à tout le monde. Mais il faut continuer, une saison c'est très long.

Vous l'avez dit, Nîmes est une équipe particulièrement joueuse et tournée vers l'offensive, mais aussi avec une solidarité de tous les instants sur le terrain, qui saute aux yeux. Finalement, n'est-ce pas aussi cet aspect familial, poussant à s'arracher et à ne pas rechigner, à faire les efforts les uns pour les autres, qui conditionne tout le reste ?
Si c'est exactement ça. Nous, on n'a pas de stars dans l'équipe. La force de cette équipe c'est que tout le monde va dans le même sens et fait les efforts pour les autres. Personne ne fait son petit manège ou son petit gri-gri de son côté. Avec notre manière de jouer, si ne serait-ce qu'un joueur arrête de faire les efforts défensifs, on a le cancer, c'est terminé. Mais quand tout le monde fait le boulot comme en ce moment... On va en perdre des matches, c'est certain, mais personne ne pourra nous taper dessus. L'an dernier, c'est comme cela que nous sommes montés, on était une bande de copains. Et les seules rencontres perdues, c'est quand cet esprit s'est un peu dissipé. Mais généralement on est récompensé... Et forcément cela donne envie de continuer à mordre le ballon, le terrain et la Ligue 1 cette année.

Quelle est la part de responsabilités du coach Bernard Blacquart dans tout cela ? C'est lui le vrai chef d'orchestre depuis des années ?
C'est un coach qui est tranquille, qui découvre la Ligue 1, il la croque à pleine dent... Mais il ne pète pas plus haut que son cul. Il est toujours à l'écoute, et c'est quelque chose de très important. Vous savez, si un joueur a quelque chose à dire, estime que tactiquement on devrait procéder de telle ou telle manière, le coach va être à l'écoute, il ne va pas dire au joueur de rester à sa place et de se taire. Donc logiquement, en tant que joueurs, nous, on a envie de lui rendre, et d'aller à la guerre tous ensemble.

D'ailleurs, est-ce que des objectifs clairs ont été définis en interne pour ce retour dans l'élite après 25 ans d'attente ?
L'objectif il est clair est net, c'est le maintien. On sait très bien qu'on ne va pas jouer l'Europe et venir titiller les grosses écuries. En revanche on veut prendre le maximum de points pour se maintenir le plus rapidement possible. Mais c'est très clair dans les têtes de tout le monde... Quand on goûte à la Ligue 1, on a forcément envie d'y rester. Nous sommes dans une ville de foot, quand vous venez aux Costières, le stade il est en tout en rouge, c'est rare en France. 
C'est top, on a une ambiance de malade. Aujourd'hui, je pense même que par rapport à la ville et l'engouement que suscite le club, Nîmes est à sa place dans l'élite. Maintenant, on reste un petit club, qui est en train de se structurer, qui grandit d'année en année, donc l'objectif c'est le maintien.

Actuellement, Nîmes est la troisième meilleure attaque de Ligue 1, après avoir été la meilleure de Ligue 2 l'an passé. La défense est quant à elle moins imperméable. Pensez-vous que l'aspect défensif doit être l'axe principal de travail dans les mois à venir ?
Forcément, oui. On a la chance d'avoir une attaque de feu, on fait peur aux autres équipes parce qu'on attaque parfois à cinq, six voire même sept. Alors oui on marque beaucoup de buts et on en concède beaucoup aussi. Il faut travailler sur le plan défensif, c'est super important.
Mais d'un autre côté, on a des attaquants qui sont en pleine bourre, il faut aussi continuer à insister là-dessus je pense. Si on continue à encaisser plusieurs buts mais qu'on gagne ou qu'on fait match nul, moi ça me va très bien. Après, c'est clair que cela doit être frustrant pour les joueurs défensifs aussi, mais c'est aussi cela d'être une équipe portée vers l'avant.

Justement, alors que l'équipe passe très rapidement d'une phase défensive à une phase offensive, est-ce que l'absence de l'expérimentée sentinelle que vous êtes ne pourrait pas faire défaut cette saison ?
Ce n'est pas à moi qu'il faut la poser cette question (rires). Non honnêtement, je ne sais pas. Déjà parce que le club a recruté ce qu'il fallait pour compenser cet été, et ils le montrent sur le terrain d'ailleurs. Et puis tout se passe bien dans le groupe, ça prend bien. Donc aujourd'hui... Je ne sais pas si un Pierrick Valdivia manque, puisque tout fonctionne.

Autre absence notable, celle de Téji Savanier, exclu face au PSG et suspendu cinq rencontres par la Commission de Discipline. Sur les réseaux sociaux, vous n'aviez pas hésité à faire part de votre mécontentement suite à cette suspension. Quelques semaines plus tard et avec un peu plus de recul, cette sanction vous parait-elle toujours disproportionnée ? 
Ah mais complètement ! On peut me dire ce qu'on veut, mais tout cela c'est simplement parce que c'était sur Kylian Mbappé. D'ailleurs, s'il ne se relève pas, je ne suis même pas sûr que Téji Savanier prenne un rouge. Il aurait pris un jaune je pense. Donc bon, allez, s'il prend rouge, ok, mais dans ce cas il doit prendre un match de suspension, pas cinq. Il faut arrêter... Il ne lui a pas mis un tacle à la gorge non plus. On a fait appel, j'espère que cela va fonctionner, même si on a conscience que dans neuf cas sur dix la sanction est prolongée. Mais de mon côté, je continue à défendre mon pote.
S'il avait mérité, j'aurais été le premier à lui tomber dessus et lui dire "mon gars, c'est bien fait pour toi". Là, on jouait la 90ème minute de jeu, la lucidité était moins présente, il lui a mis une petite balayette, rien de cassé... J'ai l'impression que le message envoyé avec cette suspension, c'est qu'il vaut mieux se relever et pousser un adversaire, que faire une faute pas si grosse que cela, puisqu'on prendra moins de matches... Ce n’est pas clair !

Suspendu, il manquera donc le déplacement sur la pelouse de l'AS Monaco qui se profile ce vendredi (20h45). Après avoir fait tomber l'Olympique de Marseille et avoir été très loin d'être ridicules face à Paris, comment cette rencontre doit être abordée selon vous ?
De la même manière que les autres. Il faut y aller sans pression et jouer notre jeu. On sait que Monaco a joué dans la semaine en Ligue des Champions, donc à nous d'y aller avec nos armes. C'est un gros calibre de notre championnat, mais sur un match, onze contre onze, on ne sait pas ce que cela peut donner. Mais si on y va avec le même visage que lors des dernières journées, il n'y a pas de raison de ne pas faire un résultat.

Autre facteur que l'on suppose important, le retour au premier plan d'Umut Bozok en attaque, buteur et passeur à Bordeaux (3-3) dimanche dernier. Lui qui avait terminé meilleur buteur de Ligue 2 la saison passée, estimez-vous qu'une bonne saison du Nîmes Olympique dépendra aussi de son rendement à l'échelon supérieur ?
C'est clair qu'il est important pour nous. Mais nous avons recruté de bons joueurs, que ce soit Baptiste Guillaume qui a ouvert son compteur, Rachid Allioui va revenir et nous faire beaucoup de bien aussi. Umut Bozok, j'étais extrêmement content pour lui, il était dans une phase un peu moins bonne, il a même été remplaçant... Ce que j'aime avec lui, c'est qu'il a fait le dos rond, il n’a pas paniqué, et à Bordeaux il a été récompensé. Parce qu'en plus d'avoir marqué, il a fait un match énorme. C'est de bon augure pour la suite, car un Umut Bozok en pleine bourre, il ne peut nous faire que du bien.

Pour revenir sur votre personne, vous le natif de Bron en banlieue lyonnaise et formé à Saint-Priest, est-ce une déception de ne pas pouvoir prendre part aux déplacements au Groupama Stadium et à Geoffroy-Guichard dans les prochains mois ?
Bien sûr que si... Déjà, c'est une déception de ne pas pouvoir regoûter à la Ligue 1 tout court, parce qu'en venant à Nîmes c'était le pari que j'avais fait et j'avais fait pas mal de concessions pour me donner les moyens de le relever, parce que j'avais senti le projet et je savais qu'on allait monter. Ce pari je l'ai gagné. Maintenant, c'est sûr qu'en étant lyonnais, moi qui ne connais pas le nouveau stade... C'est dommage, surtout que jouer l'OL m'a toujours porté bonheur. Mais c'est comme ça, c'est la vie, espérons en 2019. Pareil pour le Chaudron, pourquoi pas en Coupe dans les mois à venir. 

En parlant de Geoffroy-Guichard, Nimes affrontera l'ASSE à deux reprises en une semaine fin octobre. On se souvient de votre élimination en CDF l'an passé dans le Chaudron, au terme d'une rencontre ou vous n'aviez pas démérité, si bien collectivement que personnellement d'ailleurs. Pensez-vous que, au vu du profil de votre équipe, les Coupes peuvent s'avérer un formidable moyen de briller cette année ?
Ce sont de très bons matches à jouer. Mais après pour être honnête, je préfère que l'on se fasse sortir rapidement dans les deux coupes et qu'on se maintienne en Ligue 1, puisque c'est celui-ci l'objectif. Maintenant, c'est vrai aussi que les Coupes dans une saison c'est très intéressant, surtout la Coupe de la Ligue, en 3 ou 4 matches on peut se permettre de rêver d'Europe. Alors, sur un malentendu... (rires). Ca va aussi dépendre des tirages, l'ASSE c'est déjà compliqué pour commencer. Donc nous verrons. La motivation grandira au fil des qualifications, c'est toujours comme cela que ça se passe. 

 

Pour finir, que peut-on souhaiter de meilleur à cette saison, et plus personnellement, que peut-on souhaiter à Pierrick Valdivia ?
Il faut souhaiter à Nîmes de se maintenir, et de continuer à régaler les téléspectateurs, parce qu'aujourd'hui moi je suis à la fois membre et supporter de l'équipe, et je prends un plaisir incroyable à nous voir jouer. Et pour moi... Une bonne santé, tout simplement ! 
Propos recueillis par Simon Fuentes. 

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes