L’entraîneur des Crocos a passé cinq ans chez les Girondins de Bordeaux, une période qui a influencé le technicien qu’il est devenu.

Objectif Gard : Comment êtes-vous arrivé chez les Girondins de Bordeaux ?

Bernard Blaquart : À 16 ans, je jouais en division d’honneur. Bordeaux me suivait car l’année d’avant j'avais été sélectionné en équipe Cadets du Centre-Ouest. À presque 18 ans, je suis allé faire un essai de quelques jours chez eux et ils m’ont pris rapidement. J’étais dans une famille où il fallait passer le Bac d’abord. C’est pour cela que je suis arrivé tard à Bordeaux. Les Girondins commençaient à faire de la formation. Dans ce domaine, ils avaient du retard sur Nantes et Sochaux.

Votre famille supportait quelle équipe ?

Nantes avait la cote à la maison, et le grand Saint-Étienne commençait à émerger. Toute la France était fan de l’ASSE. Moi je supportais Angoulême qui jouait en D1.

Comment se sont passés les premiers mois à Bordeaux ?

L’acclimatation n’a pas été facile. Je venais d’un club où on ne s’entraînait pas et d'un coup je suis passé à des séances quotidiennes. J’ai douté car j’étais loin de ma famille. C’était très dur physiquement. J'ai mis six mois à le digérer. À cette époque, je jouais en D3, avec la réserve. Nous avons gagné la coupe Gambardella en 1976 (NDLR ; 3-0 contre Viry-Châtillon). Cela a été un détonateur pour ma carrière.

Quels sont les joueurs qui vous ont le plus marqué à Bordeaux ?

Jouer avec Marius Trésor, c’est quand même quelque chose. Alain Giresse et Bernard Lacombe m’ont marqué. J’ai découvert beaucoup de professionnalisme chez ces joueurs. René Girard aussi, son coté gagneur et de ne jamais se relâcher à l’entraînement. Il y avait aussi les internationaux, Gemmrich et Soler.

Quelle était la philosophie des Girondins à cette époque ?

Quand je suis arrivé, c’était une équipe réputée dure. Il y avait encore Couécou et Galice. C’était un football un peu rude, mais j’ai vu le club et le jeu évoluer.

Il y avait de la concurrence dans votre secteur ?

L’équipe jouait avec trois avants-centre, Lacombe, Gemmrich et Soler. J'ai longtemps été le quatrième. Les blessures m’ont vite gêné. Le club a grandi, et c’était peut-être un peu trop haut pour moi. J’ai joué une cinquantaine de matches en D1, mais je n’ai jamais été un titulaire indiscutable. À une période j’ai joué une quinzaine de matches titulaire, c’est là que j’ai marqué mes cinq buts. 

Il y a-t-il un Croco actuel qui vous ressemble en tant que joueur ?

Peut-être Baptiste Guillaume, même s’il fait 10 centimètres de plus que moi. À l’époque, j’étais quand même grand. J’allais un peu plus vite que lui mais il a une meilleure technique que moi. J’étais rapide et puissant.

Avez-vous conservé des amis à Bordeaux ?

Oui, particulièrement dans l’équipe qui a gagné la Gambardella. Gilles Eyquem est resté un ami très proche.

« Quand Raymond Goethals est arrivé, ça a été extraordinaire »

Quels souvenirs gardez-vous de vos entraîneurs bordelais ?

Il y a Bernard Michelena avec qui on a gagné la coupe Gambardella. Ce n’était pas rigolo tous les jours. On travaillait beaucoup. Mais celui-là est très marquant. Christian Montes a été celui qui m’a fait débuter en pro. Après j’ai eu l'Argentin Luis Carniglia. Là ça a été plus dur pour moi, il était très rigide, et les joueurs n’osaient plus jouer. Mais quand Raymond Goethals est arrivé, ça a été extraordinaire, il nous a libéré. Il était décontracté et il nous faisait parfois marrer. J’ai rapidement joué et enchaîné les matches. Ensuite, Aimé Jacquet est devenu l’entraîneur, je me suis blessé et j’ai fait beaucoup de banc.

L'entraîneur que vous êtes ressemble-t-il à un de ces techniciens ?

On est toujours une synthèse de ce que l’on a vécu. J’ai peut-être hérité de la rigueur et de la prudence d’un Aimé Jacquet.

C’est à cette époque qu’est née votre envie de devenir formateur ?

Oui, parce que tout de suite j’ai entraîné les benjamins de Mérignac, à coté de Bordeaux. C’était en moi depuis très longtemps.

Il y a-t-il des matches qui restent dans votre mémoire ?

Les matches de Gambardella, le premier but en pro, le premier match en 1976, contre Marseille. Je n’étais pas rentré mais je considère que c’est mon premier match quand même. Ça fais drôle d’être sur le banc, sachant que 18 mois avant je jouais dans mon village avec les copains dans les champs. Le match contre Saint-Étienne en 1977 m’a marqué. Quelques mois avant, avec tous les joueurs du centre de formation, on les supportait devant la télévision. J’ai inscrit un doublé contre Bastia, ça reste aussi un bon souvenir. Et puis d’avoir joué contre le Cosmos de Beckenbauer en amical.

« On ne faisait pas les malins, quand on venait à Nîmes»

Et un Bordeaux – Nîmes Olympique ?

Oui, au stade Jean Bouin, le match avait été remis à cause de la pluie. Il y a des joueurs qui craignaient de venir et d’ailleurs certains ne venaient pas. On ne faisait pas les malins quand on venait à Nîmes. Je me suis retrouvé face à Bernard Boissier. Il avait des qualités de vitesse et physique. Il faisait mal mais le football était comme ça. On ne faisait pas de cadeaux aux attaquants.

Vous avez aussi croisé le célèbre président Claude Bez...

Il a donné beaucoup d’ambition au club. C’était un personnage énorme. Je me souviens de quelques engueulades, bégayantes et mémorables. Quand il y avait quelque chose qui ne lui plaisait pas, il convoquait tout le monde. Il était proche des joueurs et il protégeait son club. Un peu à l’image d’un Aulas aujourd'hui.

Comment avez-vous vécu la fin de l’aventure bordelaise ?

J’ai dû faire 19 fois le banc avec Aimé Jacquet. Cela doit être un record à l’époque car on était que deux remplaçants. À un moment cela devient pesant. Quand on a 19 ans on est heureux d’être sur le banc, mais à 22 ans on a envie de jouer. Il me restait un an de contrat et on avait négocié pour que je parte. Le niveau augmentait et ce n’est pas à Bordeaux que j’aurais eu plus de temps de jeu. J’étais un bon remplaçant titulaire comme disait la presse.

Retourner en Gironde en tant qu’entraîneur du Nîmes Olympique, ça a une saveur particulière ?

Aujourd’hui, je ne connais plus grand monde là-bas. Ce n’est plus le même club que j’ai connu. Mais je sais qu’il y aura pas mal de Blaquart dans le stade, des amis aussi. Mon fils, Sylvain, entraîne les 12-15 ans des Girondins de Bordeaux.

Que représente cette période dans votre carrière ?

C’est grâce à cela que j’ai pu vivre du football. C’est beaucoup de joies et de difficultés aussi. C’est grâce à Bordeaux que, 40 ans après, je suis encore dans le football.

 

Propos recueillis par Norman Jardin

Bernard Blaquart : « Je suis très marqué par l’histoire des primes »

Après une semaine marquée par une défaite à Guingamp, la blessure de Valdivia, l’histoire des primes et les revendications de Marillat, l’entraîneur des Crocos fait le point.

Objectif Gard : Quels enseignements tirez-vous du dernier match de préparation joué à Guingamp (défaite 1-0) ?

Bernard Blaquart : Dans le jeu, on a été au niveau d’une équipe comme Guingamp. On a eu autant de situations qu’eux. Cependant, la différence s’est faite sur l’efficacité. Ils ont été plus puissants et tranchants que nous offensivement. Le match a été équilibré mais on a encore du travail à faire en matière d’efficacité.

Sur le plan sportif, quel bilan tirez-vous de la préparation ?

Elle a été bonne et nous avons eu ce que l’on souhaitait. On souffre un peu de la chaleur et on peut regretter les blessures de Harek et Valdivia. Pierrick va certainement se faire opérer des ligaments croisés dans les prochains jours. On peut déjà dire que sa saison est quasiment terminée.

« Un club de Ligue 1 doit être dirigé au quotidien »

Cela veut-il dire que le club va lui chercher un remplaçant ?

On y réfléchit. On ne va pas se précipiter. L’année dernière, on a pu faire venir tardivement Del Castillo et Boscagli. Après, on est équilibré dans toutes les lignes. On peut toujours avoir envie d’un ou deux joueurs supplémentaires, mais on n’a pas de gros manque.

Mercredi dernier, à l’issue de la rencontre contre l’UNFP, vous avez pointé du doigt certains dysfonctionnements à l’intérieur du club. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Un club doit être dirigé au quotidien. Aujourd’hui, notre organisation fait que parfois les choses traînent. Certains nouveaux joueurs ne connaissent pas le président. À la limite, ce n’est pas très grave s’il y a quelqu’un qui dirige au quotidien. Mais à partir du moment où c’est lui (Rani Assaf, NDLR ), on a besoin de le voir et de régler des problèmes.

« C’est complètement dingue d’en arriver là ! »

Au rang des problèmes il y a celui des primes pour la saison à venir. Cela a-t-il été réglé ?

Ç'a été réglé par le président en un quart d’heure. Le problème c’est qu’il n’y a pas eu de discussion. Il faut qu’il ait un échange. Il n’y avait pas de désaccord puisqu’il n’y avait pas de discussion. C’est complètement dingue d’en arriver là. Oui, il y a certains problèmes qui sont réglés. En tous cas ceux des joueurs. Il persiste des problèmes généraux de fonctionnement. Il faut que l’on s’organise comme un club de ligue 1. On a l’impression que l’on n’anticipe pas trop les choses. C’est dommage d’en arriver à des situations pareilles. Dans les autres clubs, ce genre de choses se règle chaque année. Malheureusement, chez nous on aime bien les faire traîner.

« Ils doivent se dire : "mais où on est tombés ?"»

Cela perturbe-t-il la préparation de l’équipe ?

Je ne le sais pas. J’espère que ça ne perturbe pas les joueurs. Je suis très marqué. C’est quelque chose qui me désole. Ça fait 42 ans que je suis dans le football et voir des trucs comme ça, c’est hallucinant. Je me mets à la place des nouveaux. Ils doivent se dire « Mais où on est tombés ». Un club de Ligue 1 a besoin d’un boss au quotidien.

Yan Marillat, un des deux gardiens que le club ne souhaite pas conserver, a tweeté que des promesses lui ont été faites et qu’elles n’étaient pas respectées. Qu’avez-vous à lui répondre ?

Je ne sais pas de quel genre de promesses il veut parler mais je sais ce que je lui ai dit. Après il tweete ce qu’il veut. Il n’y aura pas de réintégration dans le groupe. Je peux comprendre sa frustration mais il faut qu’il comprenne aussi les choix du club. Sur les deux ans et demi qu’il vient de passer ici, il s’est blessé de façon domestique ce qui a entraîné une indisponibilité de six mois. On a quand même décidé de le garder en numéro 3, puis en numéro 2. Il a fait une très bonne saison. Il s’est blessé aux ligaments croisés en début de saison dernière. Il n’a pas joué pendant pratiquement un an et pour débuter en Ligue 1, on a besoin de certitudes. Ce n’est pas de sa faute s’il s’est fait les croisés mais c’est sa faute s’il est passé à travers une vitre, il y a deux ans. Yann est un très bon gardien mais sa fiabilité reste à prouver. Je lui souhaite de rebondir et de prouver que c’est un garçon qui peut faire 35 matches tous ans pendant 10 ans. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas.

Une rumeur a fait dernièrement état d’un possible départ de Moustapha Diallo, pourtant arrivé il y a quelques semaines. Était-elle fondée ?

C’est rigolo. Cela étant, il faut savoir d’où part cette rumeur. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux n’importe qui peut faire naître n’importe quelle rumeur. C’est facile et c’est complètement farfelu.

« L’histoire des primes n’aurait pas dû arriver »

Les événements de la semaine dernière semaine vous laissent-ils un peu amer ?

Il y a des choses qui peuvent être évités. L’accident de Pierrick, c’est malheureux. La situation de Yann Marillat et de Martin Sourzac j’espère qu’elle peut être réglée rapidement dans l’intérêt de tous. L’histoire de primes cela n’aurait pas dû arriver. Surtout qu’il n’y aurait eu aucun problème puisqu’un accord a été trouvé en quelques minutes. C’était juste histoire de se rencontrer et de faire les choses.

La barre des 10 000 abonnés a été franchie. Que cela vous inspire-t-il ?

C’est un engouement qui dépasse les prévisions. On sait qu’à Nîmes il y a un public qui bouillonne. C’est chouette. Il va falloir qu’il soit avec nous et qu’il s’accroche. Qu’il nous soutienne tout en sachant que ce sera très compliqué. On aura des moments très difficiles et même si on se retrouve en difficulté, il faut qu'il soit avec nous. Je ne sais pas si on sera au niveau, mais on a des jeunes garçons qui ont progressé et ils ont travaillé pour en arriver là. Ils méritent d’être soutenus.

 

Propos recueillis par Norman Jardin

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes