Sada Thioub, le sourire des Crocos

Buteur et passeur en Ligue 1, le Franco-Sénégalais s'éclate avec les Crocos. Adoré des supporters et de ses coéquipiers, il savoure mais n'oublie pas ses racines.

Il vous suffit de prononcer le nom de Sada Thioub à un membre du Nîmes Olympique, et immédiatement, un sourire s’affiche sur le visage de votre interlocuteur. Il faut dire que le caractère joyeux du numéro 22 des Crocos est communicatif. Sofiane Alakouch, qui partage sa chambre lors des déplacements, le confirme « Il apporte de la bonne humeur dans le groupe ». Mais il serait injuste, et réducteur, de limiter le Franco-Sénégalais à un rôle d’ambianceur.

Car sur le terrain, Thioub ne fait pas rire ses adversaires. Il a carrément humilié la défense angevine, pour l’ouverture du championnat, et marqué un but contre l’OM, dimanche dernier. Bilan : deux buts, et une passe décisive. Ce qui en fait un des grands artisans du fabuleux départ des Crocos. Toutefois, ses excellentes statistiques ne surprennent pas son copain de chambrée « Je l’appelle ‘El Crackito’, c’est notre crack. Je savais qu’il était capable de faire d’ aussi bonnes prestations ».

Que de chemin parcouru pour le petit Sada, qui jouait au football avec ses frères dans un quartier de Nanterre (Hauts-de-Seine), sa ville natale. « C’est des moments que je n’oublierai jamais ».  se souvient-il. Dans le cocon familial, il vit une enfance heureuse. Il faut dire qu’il est bien entouré par Moussa, son père, Fatimata, sa mère, ses quatre frères, et ses deux sœurs. « J’étais fan du PSG, mon père de l’OM, et mes frères étaient pour Auxerre, Lyon et Bordeaux. Nous prenions du plaisir ensemble ».

À cette époque, Sada rêve de devenir footballeur, comme son idole, le brésilien Ronaldo. Rien d’autre ne l’intéresse, et il n’a pas de plan B. À huit ans, il signe au Racing Club de France. Il y joue jusqu’en U17 Nationaux. Mais, quand il entre au centre de formation du stade Malherbe Caen, il est obligé de quitter le cercle familial. « C’était difficile car je n’avais pas l’habitude d’être loin de ma famille. J’ai été patient, et je me suis adapté à l’environnement. Je rentrais pendant les vacances scolaires. »

Dans le Calvados, il devient ami avec Thomas Lemar (champion du monde avec l’équipe de France). Cependant, il ne trouve pas d’accord pour prolonger l’aventure en Normandie. Le Havre et Lens sont sur les rangs pour l’engager, mais il choisit de rejoindre l’OGC Nice. L’adaptation sur la côte d’Azur n’est pas évidente « C’était un grand changement. Au début, ce n’était pas facile. La mentalité, le climat, je n’étais pas habitué. En plus, je m’éloignais encore plus de ma famille. Alors, on se parlait au téléphone, et ils venaient me rendre visite de temps en temps. »

Le sacrifice n’est pas vain, puisque Claude Puel lui offre ses débuts en Ligue 1 (23 janvier 2015 lors de Nice – OM 2-1). « Inoubliable, et en plus on bat Marseille » souligne le Francilien. Sada n’en a pas encore fini avec les voyages. Lors l’été 2015, il signe à l’En Avant de Guingamp, mais le club breton le prête immédiatement au CA Bastia (National). Un passage en Corse qu’il ne regrette pas « Ce fut une très belle année. J’ai croisé des gens supers dans ce club ».

C’est à ce moment que le Nîmes Olympique le contacte. « Je n’ai pas hésité un seul instant. » précise le milieu de terrainPour sa première saison chez les Crocos, il alterne entre les titularisations, et les entrées en cours de match. Le club termine 6e de Ligue 2, à un point de play-off, et à trois de Strasbourg, le champion. On connait la suite, avec l’accession en ligue 1, décrochée au mois de mai dernier. En dehors du football, Thioub a les goûts d’un jeune homme de son âge (23 ans).

Il adore écouter du rap américain, et lire des mangas comme ‘One-Piece’, ‘Naruto’, ‘Attaque de titans’, Dragon Ball Z’ et ‘Dragon Ball super’. Pour les séries télévisées, ces préférences vont vers ‘Vikings’, ‘Power’ et ‘Game of Thrones’. Sada n’est à Nîmes que depuis deux ans, mais il fait déjà partie des joueurs préférés des supporters. Les soirs de matchs aux Costières, il n’est pas rare d’entendre le public scander des « Thioub ! Thioub ! Thioub ! »

Dans le groupe, il fait aussi l’unanimité. « C’est un phénomène. Il aime beaucoup rigoler » souligne l’attaquant, Rachid Alioui. Sur le terrain, 'El Crackito' reconnait que tous les espoirs de maintien sont permis. Mais il tempère les plus optimistes « On ne finira pas deuxième de Ligue 1. On veut juste se maintenir. Il y aura des moments difficiles, mais on est sans complexes ». Sans se prendre la tête, il savoure son début de saison.

Son but maradonesque à Angers « C’est un super but, mais j’ai de la réussite » et celui contre Marseille « C’est le plus beau moment de ma carrière. Il n’y a pas de mot pour décrire l’émotion ressentie à ce moment » Sans en faire une priorité, le Nîmois n’oublie pas ses racines sénégalaises, et pourquoi pas porter, un jour, le maillot des ‘Lions’ (surnom de l’équipe nationale). « Avec mes quatre frères, et mes deux sœurs, nous sommes nés en France, mais nos parents ont vu le jour au Sénégal. Cela serait une immense fierté pour eux, si j'étais sélectionné. Et faire plaisir à ma famille, c’est ce qu’il y a de plus important. »

Avec son parcours de footballeur, cela fait 11 ans que Sada n’est plus allé au Sénégal. Toutefois, il se souvient de son dernier passage « J’y ai encore de la famille. J’en garde de bons souvenirs. Je sais que la vie est moins facile là-bas. J’espère pouvoir les aider un jour. » Nul doute, que s’il renouvelle ses excellentes performances, le buteur nîmois ne tardera pas être appelé par Aliou Cissé. L’ancien Croco est l'actuel sélectionneur du Sénégal.

 

En attendant, avec Sada Thioub, le Nîmes Olympique peut aller loin, car comme le disait le romancier Paul de Kock « La bonne humeur est un bon compagnon de voyage. »                         Norman Jardin

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes