Hubert Delprat a servi le Nîmes Olympique pendant six décennies dont la plus grande partie à s’occuper des jeunes du club.

Hubert est un petit Nîmois comme les autres. Il joue au football dans les rues nîmoises de l’après Seconde Guerre mondiale. Son terrain privilégié est la place Saint-Charles, là ou les grossistes distribuaient les produits pour les commerçants. « Quand le marché était terminé, nous mettions des vêtements par terre pour faire les cages, et avec mes collègues, nous jouions pendant des heures », se souvient l’ancien Croco.

Parfois, les rencontres se terminent à l’arrivée de la police, venue réprimander les garnements. Le football est sa passion et, tout naturellement, il signe au Nîmes Olympique, au poste de gardien de but. D'abord en minimes, puis en cadet et en juniors. Mais à cette époque, la vie d’un jeune footballeur ne ressemble en rien à celle d'un d’aujourd’hui. « Après l’école, je travaillais avec mes parents qui étaient commerçants. Les journées au marché débutaient vers 3h30 du matin et on déchargeait des camions de fruits et légumes jusqu’à 11h ».

Des soins dentaires et un vélo de course en guise de paye

Le football des années 1940 est rugueux à tous les postes. Il n’y avait pas caméra, pas de cinquième arbitre et encore moins l’assistance vidéo. À vrai dire, les contentieux se réglaient à l’ancienne. Quelques coups partaient quand l’arbitre avait le dos tourné où qu’il faisait mine de ne rien voir. Dans ce contexte, les blessés étaient nombreux et lors de cette saison 1945-46, le Nîmes Olympique n’est pas épargné.

Chez les gardiens de but, c’est l’hécatombe. Tour à tour, Gilly, Urbaniak, Cuzenier et Van Hencke sont sur flanc. Les dirigeants nîmois n’ont pas le choix : ils doivent trouver un portier chez les jeunes du club. Leur choix se porte sur Hubert. « Le président Chiariny m’a dit « Delprat ! Il faut que tu nous rendes un service et que tu remplaces nos gardiens de but. ».

L’adolescent jubile et, bien sûr, accepte. « Chiariny a convoqué mon père, chez lui, rue Rangueuil car j’étais mineur. Mon papa ne voulait pas que je sois payé pour jouer au football. Alors, le président qui était aussi dentiste m’a fait des soins gratuitement et le club m’a payé avec un vélo de course jaune ».

Le dimanche 17 février 1946, à 15h, devant 3 000 spectateurs, Hubert Delprat devient le plus jeune Croco de l’après-guerre. Il a 15 ans, 5 mois et 22 jours. Le Nîmes Olympique s’impose 3-0 face à Clermont. Le lendemain, le gardien de but est à nouveau sollicité pour un match amical remporté 5-0 contre Saint-Étienne. Ensuite, le Nîmois repart dans les équipes de jeunes.

L’année suivante, le club fait encore appel à lui. Cette fois l’expérience dure trois mois. La période est courte, mais elle reste inoubliable pour le minot de la place Saint-Charles. « Nous faisions les déplacements en train et certains joueurs se cachaient dans les bagages pour ne pas payer leurs billets. » Il y a aussi les moments les plus douloureux : « Je me souviens d'une défaite 6-0 à Bordeaux. Là, je suis passé à travers. Ça fait mal. Et puis ma blessure lorsque je sors sur un long ballon et qu'un joueur me tombe dessus ». Le genou est salement touché et le gardien de but est arrêté plusieurs mois. L’aventure se termine le 11 février 1948, avec une défaite à Jean-Bouin, face à Valenciennes (2-3).

« Michel Mezy était un garnement, mais il était généreux »

Une page se tourne, mais l’histoire entre Hubert Delprat et le Nîmes Olympique ne fait que commencer. Après sa carrière de joueur, il entre au comité directeur du club et comme entraîneur des gardiens de but de l’équipe réserve, alors coachée par Émilio Salaber. Mais sa tâche est beaucoup plus large, avec l’organisation des déplacements et des repas.

Quelques années plus tard, alors qu’il tient un magasin de sport avec son épouse, le couple s’occupe des juniors de Marcel Rouvière, Jean Viala et Jean Bandera. Hubert peut compter sur sa femme, Yvette, infirmière à EDF, pour confectionner les sandwichs aux goûts de chacun et pour veiller à ce que les jeunes Nîmois n’oublient pas leur carte d’identité. « Ces joueurs passaient nous voir au magasin, cela nous faisait plaisir. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare que l’un d’entre eux nous salue dans la rue. Le plus triste c’est quand on apprend qu’il y en a un qui est décédé », témoigne Yvette

Les Delprat accompagnent les gamins du club aux quatre coins de l’Europe : en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Suisse. « Ces jeunes Crocos, c’était un peu nos petits », relève Hubert. Parfois les Crocodillets donnent du souci comme lors d’un voyage à Lausanne. « À la fin du tournoi, un jeu de maillots avait disparu. Ce sont nos jeunes qui les avaient piqués. On s’en est rendu compte à temps pour les rendre. Il fallait les gronder de temps en temps. Par exemple, Michel Mezy était un garnement, mais il était généreux. »

Les joueurs n’ont pas oublié ces moments partagés avec Hubert et Yvette Delprat. Parmi eux, Rémi Fontanelli qui a joué dans les équipes jeunes puis avec les pros au début des années 1980. « C’étaient des personnes adorables. À l’âge de 12 ans, j’ai participé au championnat de jonglage à Paris. Il se disputait à la mi-temps d’un France – Irlande. J’ai pu voir Michel Platini. Ça reste un souvenir exceptionnel et c’est avec eux que je suis monté à Paris. Il se sont bien occupé de moi. »

 Au début des années 2000, Hubert prend du recul avec le club et aujourd’hui, il n’a qu’un regret « malgré ma carte de membre de la Ligue de football, quand je me présente au stade des Costières on me refuse l’entrée et on me dit "Il faut payer, comme tout le monde". À 88 ans, cela ne l’empêche pas de regarder les matches à la télévision et de voir ses petits gamins le saluer dans la rue. C’est bien là ça plus belle récompense.

 

Norman Jardin

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Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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