LA GRANDE BUTTE ? TOUTE UNE HISTOIRE !

Si l’on demande à un supporter du Nîmes Olympique s’il se souvient d’un match contre les verts de Saint Etienne à Jean Bouin, il nous parlera à coup sûr de celui disputé le 11 octobre 1978, en nous précisant : « J’y étais et je l’ai vu depuis la ligne de touche ». Le Nîmois n’est pas Marseillais, mais à le croire il semblerait qu’en ville il ne restait plus que le cygne des Jardins de la Fontaine et dans la grande butte « Dégun et son frère » ! Il faut dire que ce match marqua toute une génération et, plus de quarante ans après, reste gravé dans le marbre de Jean Bouin.

Ce soir-là les nimois affrontent les verts de Curkovic, Janvion, Piazza, Lopez, Farizon, Santini, Larios, Elie, Rocheteau, Lacombe et Zimako. Nimes de son côté aligne Martinelli, Boissier, Dévot, Mézy, Decilia, Girard, Castagnino, Gamouh, Dussaud, Marguerite et Luizinho. Huit jours avant le match, Midi Libre indique que celui-ci se disputera à guichets fermés. 15.689 spectateurs remplissent le stade (pour une recette record déclarée à 555.324 francs). Une vingtaine de minutes avant le coup d’envoi, plusieurs centaines de spectateurs font éclater les clôtures du stade et pénètrent sur l’aire de jeu en dépit du puissant service d’ordre qui ne peut évidemment s’opposer avec efficacité à la marée humaine. Chacun prend place sur le bord de touche ou derrière les buts, assis et sans broncher. Lorsque nous avions rencontré Henri Nöel il se souvenait de l’ambiance qui régnait : « Je me suis retrouvé sur le banc avec des supporters de Lunel à mes côtés, les types me donnaient des conseils. Pour débuter la partie, Mr Buils, l’arbitre de la rencontre, nous avait réunis avec Herbin et nous avait suppliés de dire aux joueurs d’être corrects sinon il suspendait le match. Nous n’avions pas joué vingt minutes qu’il y avait déjà 2-1 pour nous (Marguerite 7’ et Dussaud 19’) et Boissier avait déjà mis trois tacles « maison». Herbin me dit : « Je vais faire interrompre le match s’il en fait un autre » et moi j’ai mis mes mains en porte voix en disant à Boissier de calmer le jeu mais avec le bruit qu’il y avait il n’entendait rien ». Fort heureusement tout se passa dans le calme. Les verts égalisèrent par l’intermédiaire de Larios (53ème) et les supporters de l’époque se souviennent de ce grand moment de Jean Bouin.

Celui-ci est peut être marquant mais à dire vrai, le « Kop de la Grande Butte » qui pouvait accueillir 6000 spectateurs et les autres tribunes étaient de véritables passoires.

Le 16 avril 1977, toujours contre les verts, Jean Bouin a vécu pareil scenario. Dans son édition du 17 avril Midi Libre titre « Près de 16.000 spectateurs payants et de nombreux resquilleurs ». La recette atteint un sommet (458.080 francs) et l’affluence payante est estimée à 15.517 spectateurs. Le guichet de l’Industrie avait été pris d’assaut, il faut dire que les stéphanois, auréolés de leurs exploits européens, attirent la grande foule. Tout le monde veut voir « les verts » avec Curkovic, Repellini, Janvion, Lopez, Piazza, Larqué, Santini, Bathenay, Rocheteau, Revelli P., Sarramagna. Les nimois eux, alignent la formation type avec Orlandini, Boissier, Mith, Sanlaville, Kabyle, Girard, Domarski, Boyron, Dussaud, Luizhino, Dellamore. Marguerite et Mansouri sont remplaçants. L’enceinte de Jean Bouin est encore une fois trop petite, et comme quelques personnes sans billet rentrent dans le stade, à cinq minutes du coup d’envoi, le portail cède. Les spectateurs sont alignés, assis sur la touche sur deux ou trois rangs. Le coup d’envoi est retardé de 10 minutes. Sanlaville, alors capitaine des crocos, se souvient : « L’arbitre Monsieur Konrath convoque les présidents et capitaines dans son vestiaire. Calabro ne voulait pas jouer le match. Rocher, lui, s’en remettait aux instances et n’était pas contre. Larqué et moi, en tant que capitaines, voulions absolument le disputer. Ce n’est que le délégué qui avait qu’une voix consultative qui décida tout le monde car disait-il : « si nous ne le jouons pas, il risque d’y avoir des émeutes avec les supporters ». Boissier, lui, se souvient que pour faire une touche, il fallait faire dégager les supporters pour prendre un peu d’élan. Est-ce que l’ambiance et la proximité des spectateurs troubla l’arbitre Mr Konrath ? En tout cas il fut d’une « attitude critiquable et à sens unique et frustra les nîmois d’au moins un pénalty ». Paul Calabro dans Midi Libre déclare « Nous sommes furieux au sujet de la façon dont M. Konrath a dirigé la rencontre et désavantagé notre équipe. Désormais on récusera cet arbitre lorsqu’il sera désigné pour arbitrer nos rencontres ». Le président nimois n’oublie pas de souligner, malgré les errements du corps arbitral, l’attitude des spectateurs : « Le public a soutenu son équipe et a fait preuve de sang froid et d’une correction dont je le félicite ». Même son de cloche chez le président Rocher « un public chaud, enthousiaste mais ô combien correct ». Résultat 1-1 but de Boyron pour Nimes.

Le 25 mars 1972 : duel au sommet et derby du Sud à Jean Bouin. L’OM rencontre le Nimes Olympique pour ce qui peut s’apparenter à une finale avant la lettre. Les deux équipes sont dos à dos pour le titre de champion et le combat est féroce. L’Olympique de Marseille présente son équipe type sans Skoblar blessé. Carnus dans les buts, Lopez, Bosquier, Zvunka et Kule en défense, Gress et Novi au milieu et Magnusson, Bonnel, Couecou et Verdonk en attaque. Nimes aligne son équipe habituelle privée de Betton blessé : Martinelli, Odasso, Moretti, Augé, Kabyle, Adams, Mézy, Pircalab, Vergnes, Voinea et Bonnet. L’affiche attire une grande foule. 14693 spectateurs (pour 296.075 de recette) décrochent un précieux sésame et trois heures avant le coup d’envoi, le stade est pratiquement plein : du jamais vu ! Le match d’ouverture comptant pour le compte du critérium junior Sud Est entre Nimes et Montpellier Littoral (un autre derby) se déroule devant une foule considérable et permet aux supporters de répéter leurs gammes. Au quart d’heure de jeu, sur le flanc gauche et au terme d’une brillante action personnelle, Mézy sert Bonnet qui transmet à Pircalab, qui expédie le ballon au fond des filets. Des milliers de paires d’yeux sont rivés, accrochés au ballon. Quand il pénètre dans la cage, les spectateurs qui sont agglutinés sur la butte des tribunes populaires se penchent pour mieux voir. Ils exercent une pression terrible sur les spectateurs des premiers rangs qui se retrouvent collés contre le mur, haut d’un mètre et contre les grillages de protections. Le mur s’effondre. Les spectateurs du premier rang, en particulier de jeunes supporters sont projetés sur les CRS massés de l’autre côté du mur qui reçoivent également les plaques de béton. Un CRS est blessé grièvement au dos. Après quelques minutes d’arrêt, le match peut reprendre et arriver à son terme. Nimes s’effondre en deuxième mi-temps et encaisse successivement trois buts (Couecou, Bosquier et Verdonk). Une grosse désillusion pour les nimois et leurs supporters. Selon Mézy « le match se joua à cet instant. Après un quart d’heure de jeu nous menions, nous étions bien en place puis l’arbitre interrompit la partie pendant une vingtaine de minute, de quoi nous faire perdre le fil de notre excellent début de match. On a perdu sans doute ce soir là le titre de champion ». Quelques jours avant la rencontre et alors qu’il n’y a plus de billets à la vente, Midi Libre annonce : « la municipalité propose la constitution d’une commission d’étude pour la construction du grand stade désormais indispensable au Nimes Olympique ». Il verra le jour…17 ans après !

Il faut dire que lors de cette saison les nîmois attirent le public. Le 1er novembre 1971, l’équipe de Rennes défit les crocos. Les spectateurs (13.964 pour une recette de 198.278,60 francs) trouvent place sur les panneaux publicitaires ou sur les pylônes électriques. Il faut dire que la foule se presse et dans l’étranglement de la rue Jean Bouin, les possesseurs de billets (ou pas) se trouvent acculés contre les portes du stade. Une véritable marée humaine incontrôlable et, ce qui devait arriver, arriva ! Une fois de plus la tribune cède. Nimes Olympique domine une très belle équipe bretonne par 3-0 (Doublé de Vergnes et superbe réalisation de Mézy) et pointe à la deuxième place derrière Sochaux et devant Marseille.

Le 6 février 1961, c’est au tour du Racing de venir défier les Nimois dans l’antre de Jean Bouin. La formation nimoise est composée de Roszak, Bettache, Bandera, Barlaguet, Ch. Alfred, Oliver, Constantino, Speit, Garnier, Akesbi et Rahis, alors que chez les parisiens figure un certain Ujlaki. Après avoir disputé une magnifique première mi-temps les nimois se voient remonter au score par les parisiens (2-2 ; doublé d’Akesbi). Sur une attaque massive des parisiens, les crocodiles évitent de justesse d’encaisser un but. La grande butte craque une nouvelle fois sous la pression populaire et les barrières réglementaires qui séparent les gradins du terrain s’effondrent. Le Midi Libre légende une photo comme suit « Il était à ce point débordant l’enthousiasme des supporters qui assistaient au grand choc hier à Jean Bouin ? Sur une attaque du Racing, les crocodiles évitèrent de justesse d’encaisser un but. L’émotion fut sans doute trop forte pour les « mordus » qui s’entassaient sur les gradins des populaires (côté tableau d’affichage). Cette émotion se traduisit par un « rush » général. Comme sous l’effet d’un coup de bélier, la barrière réglementaire qui séparait les gradins du terrain s’effondra ».

Le 3 janvier 1954, l’Olympique de Marseille, leader et invaincu, est l’hôte du Nimes Olympique de Dakowski, Fornetti, Campo, Barlaguet, Golinski, Lafont, Andrada, Constantino, Schwager, Rouvière et Carrier. L’OM présente sa grosse équipe avec Angle, Grandsard, Salem, Mesas, Johansson, Scotti, Mercurio, Dard, Adersson et aligne pour la première fois ses recrues que sont Paluca et Ben Barek. Ce jour-là, c’est la tribune centrale qui éclate sous la pression de la foule. « La vétusté du stade Jean Bouin a éclaté hier sous la pression de la foule » titre le M.L. Il faut dire que les Marseillais ont fait le déplacement et que la mauvaise organisation obligea certains détenteurs de billets à jouer des muscles et parfois des poings pour trouver place. Vers 14 h 30, la foule qui garnit la tribune centrale se trouve accompagnée pas des spectateurs qui ont enfoncé le service d’ordre aux portes d’entrée. Si Lafont a ouvert le score pour l’OM à la vingtième minute d’un superbe but…contre son camp, Carrier et Rouvière redressent la barre et offrir une victoire qui ne souffre d’aucune contestation. Marseille défaite, Nimes exulte !

La première fois qu’il est mentionné un tel événement c’est le 9 novembre 1952. Les Nimois accueillent leurs homologues de Reims qui mènent la danse du championnat. Cette rencontre bat tous les records. 15.610 entrées (précédent record Nimes – Le Havre 15.503) pour une recette de 3.433.460 F (ancien record Nimes-Lille 3.099.000 F). Il faut dire qu’il y a du lourd sur le terrain avec pas moins de six internationaux. Pour Reims sont alignés : Sinibaldi P. Marche, Zymny, Penverne, Jonquet, Ciochi, Sinibladi P. Glovackl, Méano, Appel et surtout Kopa. La formation nimoise est composée de Dakowski, Fornetti, Campo, Firoud, Golinski, Lafont, Abderrazack, Constantino, Ujlaki, Carrier et Timmermans. Dans une cohue impossible, trouver un billet n’était pas le plus compliqué (on parle de double billeterie) mais trouver sa place était un acte héroïque. « Alors que les nimois mènent au score par un but du « sorcier noir » Abderrazck et alors que les cinq dernières minutes de la partie se jouent, Kopa sur un tir oblige Dakowski au prix d’une superbe parade à mettre le ballon en corner. Sous la poussée involontaire de trente rangs de spectateurs penchés vers les joueurs, la main courante cède et s’effondre sur une longueur de dix mètres. Il y eut des chutes, des gens renversés…mais aucun blessé. Un miracle ! » relate le Midi Libre. Reims perd sa place de leader et se retrouve intercalé entre Lille premier et Nimes troisième ex-aequo avec Marseille. L’incident ne reste pas sans lendemain. Dans un article du 12 novembre le Midi Libre se fait écho de la presse nationale et pointe du doigt les dimensions du stade Jean Bouin. Dans le journal « l’Equipe » le journaliste René Cotteaux écrit « Au stade Jean Bouin, trop étroit et où il faut se battre pour arriver à sa place, on bat des records, mais on frôle aussi le danger ». Cela fait désordre surtout que la presse parisienne (radio ou TV) se déchaine. Bruno Delaye, radioreporter à Radio Marseille, déplore le manque d’aménagement du stade ; Mario Beunat exprime le même avis à Radio Monte Carlo : « Une aussi grande équipe comme le Nimes Olympique mérite un tout autre stade ». Le magazine « France Football » consacre dans son édition du 11 novembre un reportage sur le sujet. Le trésorier Grumbach, déclare à la presse présente. « Que voulez-vous que nous risquions ? Ces tribunes sont érigées en ferraille et en béton ! ». La mairie ne reste pas sourde à toutes ces critiques et annonce le 26 novembre par la voix d’Edgard Tailhades que le Stade Jean Bouin sera agrandi. Une parcelle sera achetée par la ville, le terrain remis en forme rectangulaire. On connait la suite…

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Stanislas Golinski
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Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
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