DU « ALLEZ NIMES » AU « CROCODILE » EN PASSANT PAR DARMON ET LES BISBILLES DE CASABIANCA

ET LE RECRUTEMENT DE DOMARSKI

 

Le 5 octobre 1947, les spectateurs qui se dirigent vers Jean Bouin ont l’heureuse surprise de découvrir une publication qui se veut « l’organe officiel du Nimes Olympique ». Les informations qui s’y trouvent émanent du comité directeur lui-même et permet aux supporters d’avoir des informations fiables. Vendu au prix de 10 francs le numéro, donc plus cher que tous les journaux similaires, il est indiqué que s’il y a des bénéfices, ils seront intégralement reversés dans les caisses du club.

La composition de l’équipe du jour et la présentation de l’équipe visiteuse y sont largement abordées. Des grandes plumes du football y participent, une page est réservée aux clubs des supporters, amis du Nimes Olympique et associations diverses. Une partie technique est apportée par René Dedieu, directeur Sportif entraineur. Le « Allez Nimes » est imprimé sur les rotatives de l’imprimerie Chastanier et Alméras est exécuté « par des ouvriers syndiqués ». Augustin Argenson en est le directeur gérant. Un appel est lancé à tous les supporters afin de créer un véritable club de supporters qui fait tant défaut au Nimes Olympique.

En 1948, les deux clubs de supporters fusionnent : l’Union des supporters (U.N.S.O) nait au café de France. Mr Bonnevaux est élu président. Augustin Argenson en est le vice Président. Le siège du « Allez Nimes » est transféré au café de l’industrie et Raymond Argenson en devient le gérant. La publication devient l’organe officiel de l’Union des supporters de Nimes Olympique et le logo U.N.S.O apparait.

Le contenu est riche, les présentations des joueurs sont détaillées, des plumes diverses apparaissent comme Paul Arnera, Roger Chabaud, Raymond Argenson, Jean Laurent, Max Soulier, Jean Pierre Roux mais aussi Henri Bosquier et Kader Firoud.

Toujours dirigé par Raymond Argenson, son siège est transféré Rue Roussy (puis plus tard Rue d’Alger), le « Allez Nimes » devient au bout de 8 ans d’exercice, le 25 aout 1956, « Le Crocodile ». L’équipe rédactionnelle reste sensiblement la même avec l’intégration de Maurice Fabreguettes qui tient un éditorial sous la têtière « la balle au bond » et Marcel Rouvière donne son « opinion ».

Le 10 novembre 1956 une bisbille nait. On apprend à l’occasion du Nimes Sedan que la direction du « Midi Libre » fait distribuer gratuitement un journal ayant pour titre « Nimes-Sports ». Ce journal « attendu depuis longtemps par les sportifs gardois » veut tout simplement gêner les ventes du Crocodile et le tuer. Qui est derrière cette publication ? On ne le sait pas tout à fait, cependant les pages du « Crocodile » perdent un peu de leur richesse. Les grandes lignes sur l’équipe première laissent peu à peu la place au football amateur et à une page consacrée au championnat Nimes Ville qui se dispute tous les week end et que rédige Alain Gérard.

Le coup est dur pour Argenson et son équipe qui se dévoue à éditer le « Allez Nimes » puis « Le Crocodile » depuis presque 9 ans. Les plumes de Fabreguettes, Argenson, Chabaud, Gérard, Roux, jouissent d’une popularité sans pareille. La ligne éditoriale reste la même et le journal « Le Crocodile » bat des records de ventes. Les annonceurs restant fidèles à la parution originale laissent le « gratuit » de Midi Libre sans ressource. Par manque d’originalité celui-ci disparaitra assez rapidement.

A l’orée de la saison 1960, Le Crocodile mue sa têtière avec un nouveau dessin qui évoluera une nouvelle fois en 1962. Un jeune journaliste y fait ses premiers papiers en animant une chronique « Les Cancans de… Raymond Legrand ». Les photos sont plus nombreuses et le contenu encore plus dense avec la présentation des futurs espoirs du Nimes Olympique et ceux qui font l’actualité, sous la plume de Jean Veneziano puis celle de Marc Santel.

En 1967, Paul Calabro arrive aux affaires. L’Alésien Jean Sadoul qui accède à la présidence du « Groupement » (ancêtre de la Ligue) lui conseille de se rapprocher d’un jeune homme d’affaires qui sévit déjà à Nantes, Sochaux et Reims et qui lui trouvera des ressources publicitaires. Son nom ? Jean Claude Darmon.

Personne ne connait ce pied noir né à Oran qui débuta dans la vie comme docker puis vendeur d’encarts publicitaires. Darmon veut dépoussiérer tout ce qu’il touche et promet aux dirigeants nimois des sommes conséquentes. Raymond Legrand qui fut un temps son secrétaire dans son bureau au-dessus de l’Industrie se souvient : « ce type avait un aplomb incroyable, il aurait vendu du sable à des touaregs ». Darmon nous rappelle son aventure nimoise : « quand je suis arrivé au Nimes Olympique j’étais presque en terre connue. Firoud et surtout Landi était des gars de « là bas ». Je me suis tout de suite senti à l’aise et comme tout restait à faire, j’ai commencé à faire des actions. Le long des pylônes où nous avions mis les publicités « Cacharel », j’ai mis en place le tableau d’affichage électronique, j’ai dépoussiéré les annonces publicitaires au micro et revu la parution du journal « Le Crocodile ». Darmon charge Madame Baron de faire le tour des boutiques pour aller chercher de la pub et lui s’occupe des « gros » annonceurs. Un jour, raconte Raymond Legrand, il organise un match amical des « partenaires » : « Il y avait un type dans mon équipe qui devait connaitre le football comme moi le bilboquet. Moi je n’étais pas bon au foot, mais lui alors…. A la mi-temps je demande à Darmon de l’enlever. Il me répond : « celui-ci je le sortirai en dernière position, il est très important ». J’ai su à la fin du match qu’il était le grand patron des « Cafés de Côte d’Ivoire » qui apposera sa publicité sur le maillot de différentes équipes ».

 A Nimes, Darmon créait avec son associé Provelli la société « Nimes Olympique Promotion ». Cette société se chargeait de trouver des partenaires mais aussi gère la vente de survêtements, sacs, tee shirts, gadgets publicitaires… Le marchandising moderne en sorte.

 A ce poste sévit jusqu’à présent un personnage haut en couleur en la personne de Pierre Casabianca. Un homme qui a fait tous les métiers (Barman, hôtelier, journaliste radio, speaker, restaurateur et animateur aux arènes pour les taureaux piscine) et qui est une figure locale. Il est le gérant de l’IPM (Imprimerie Publicité Moderne) qui a en charge l’impression des billets, affiches, programmes, mais aussi de trouver les sponsors pour les panneaux publicitaires dans le stade. Son associé dans cette entreprise est un certain… Paul Calabro, qui lui vend l’affaire en 1970.

 Casabianca sentant le vent du boulet arriver, lance pour défier Calabro et Darmon « La Gazette ». Le premier numéro est distribué gratuitement dans les kiosques du centre-ville le 26 septembre 1972 jour du match de coupe d’Europe contre Sétubal. Cette publication se veut : « apolitique, indépendante, au-dessus des pressions, des intrigues et des combines et ouverte à tous les sports du Gard ». Le décor est planté, sauf qu’il sera au fil du temps un brulot contre Calabro. Les règlements de compte y sont souvent exposés et reviennent de manière récurrente. On y apprend beaucoup de choses mais on comprend bien que la guerre entre lui et Calabro est sans fin. Pour contrer la traditionnelle remise des « Crocos »chère à Mr Delchambre et l’association des supporters, il créait « la palme d’or » en offrant un costume au meilleur joueur du mois. Comme le dit l’adage « Il n’y a pas de plus belle victoire que celle qui se termine par la paix ». Un accord sera trouvé en 1977 entre les différents protagonistes et Casabianca, après avoir publié 32 numéros de la Gazette de 1970 à 1976, retrouvera sa cabine de sonorisation de Jean Bouin pour redevenir le speaker officiel, poste qu’il avait commencé à occuper en 1950.

« Le Crocodile » lui continue son chemin et même s’il n’est plus l’organe officiel des supporters, il n’en demeure pas moins le journal qui informe sur le Nimes Olympique. Le poster central ravit les jeunes supporters qui s’appliquent à le faire dédicacer par les joueurs. Lors de la saison 78 il est distribué gratuitement au stade puis devient un mensuel. Il sortira régulièrement jusqu’en 88 avant de mourir avec la fin de Jean Bouin. Il aura rythmé, avec son petit frère le « Allez Nimes », la vie du Nimes Olympique à Jean Bouin durant 40 ans.

Raymond Legrand nous rapporte que lorsque Darmon a quitté Nîmes début des années 80, ce premier le rappellera afin qu’il donne un coup de main pour organiser la soirée en l’honneur de Jean Pierre Adams. « Je l’ai contacté, et lui ai indiqué qu’il fallait m’aider pour monter un bel hommage pour Jean Pierre. Il a pris le projet à bras le corps en faisant jouer ses relations et en faisant venir le variété Club de France. Je me souviens qu’il m’avait ouspillé comme un gamin car je n’avais pas selon lui assez d’énergie. Lui en tout cas il n’en manquait pas » !

Dans son livre intitulé « Jean Claude Darmon Au nom du foot », celui qui est devenu le grand argentier du foot français raconte un anecdote à propos du transfert de Domarski.

« Aimé Grumbach et Paul Calabro me demandent de leur donner un coup de main bénévole pour attirer un joueur Polonais à Nîmes. Fort de mon amitié avec Robert Budzynski j’accepte de le faire. Nous dirigeons vers Varsovie avec Grumbach. Nous fixons un rendez vous à Domarski qui se présente à l’heure au lieu convenu. Domarski semble être à l’écoute de nos conditions mais je ne le sens pas bien franc du collier. Grumbach, sûr de son affaire après des négociations rondement menées, pense tenir le joueur et l’invite à boire une coupe de champagne. Il commet alors une erreur : ne pas le faire signer le contrat. Il nous indique qu’il va avertir son épouse qui l’attend en bas dans la voiture et qu’il revient pour trinquer. Quelques minutes passent et pas de retour de Domarski, il avait foutu le camp. Conscient que le joueur ne reviendrait pas, Grumbach m’indique qu’il était obligé de rentrer avec l’avion prévu et qu’il me missionnait pour prendre l’enveloppe avec le contrat et retrouver le joueur. Nous sommes en plein hiver, le téléphone portable n’existe pas et ici le téléphone fixe à peine. Nous avions griffonné une vaste adresse sur le contrat et me voilà parti avec mon interprète vers Stal Mielec, une ville située à 260 kms au sud de Varsovie. Nous débarquons vers 2 h 00 du matin dans une banlieue constituée de barres d’immeubles. Comme je n’ai pas d’adresse précise, je tape à des portes au hasard pour retrouver le fuyard. Je tombe sur un type qui ne connait pas Domarski, mais qui a une relation avec Henryk Kasperczak, joueur du Stal. Ce dernier nous met sur la trace du joueur qui, surpris de me trouver là, m’ouvre sa porte. Il m’explique qu’il était parti car nous l’avions pris pour un con et que la somme proposée était minable et qu’il voulait plus d’argent. Grumbach m’ayant laissé une enveloppe je lui tends en lui disant « Voilà de l’argent par contre tu signes le contrat et tu me donnes tes papiers ». Ce qu’il fit. Je m’empresse de rentrer à Varsovie afin de faire valider le contrat à la Fédération Polonaise de Football. Heureux de mon succès, j’étale les documents sous le nez du responsable administratif qui me reçoit. Il regarde les papiers, lève les yeux et me dit « Ce n’est pas le bon passeport. Celui-ci c’est pour voyager à l’intérieur du pays. Pour aller à l’étranger il en faut un autre ». Je suis dépité, Domarski m’a encore pris pour un con et le mercato ferme dans quelques heures. Je rentre bredouille à Nimes. Il arrivera avec l’interventions des autorités Polonaises, un an plus tard en septembre 1976. Ce Domarski sera ma seule et unique expérience de recrutement d’un joueur ».

CLIC SUR CERTAINES PHOTOS POUR LES AGRANDIR

RECHERCHE ARTICLE OU PERSONNALITE

Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes