Le 12 mai 2016, cela fera 40 ans que St-Etienne participait à la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions.... Chaque semaine, l'Equipe parle de cet événement... Aujourd'hui la rivalité Nîmes - St Etienne


A Saint-Etienne, la semaine a bien débuté. Mercredi 1er octobre, conformément aux souhaits du président Roger Rocher, son club a franchi le premier tour de la Coupe des Clubs Champions en s’imposant devant le BK Copenhague (3-1). Deux jours plus tard, le tirage au sort lui a désigné comme adversaires les Glasgow Rangers. Mais avant de préparer la double confrontation contre les Ecossais, Herbin et ses joueurs vont devoir se concentrer sur le déplacement à Nîmes et oublier le mot « Rangers  » durant quelques jours s’ils ne veulent pas connaître la même mésaventure que la saison passée. En effet, quand le tirage au sort leur avait désigné le Bayern Munich en demi-finale de la Coupe des Clubs Champions, ils n’avaient apporté qu’une faible considération à leur déplacement à Metz. Le 22 mars 1975, Larqué et ses coéquipiers avaient été balayés 3 à 0. « A Nîmes, je compte bien sur un jeu sérieux et un sens plus développé du démarquage, dit Herbin. Je pense que nos joueurs vont retrouver leurs meilleurs automatismes et une plus grande concentration. »


Vendredi 3 octobre. Herbin a programmé un entraînement allégé à ses joueurs. La répétition des matches oblige l’entraîneur stéphanois à doser ses séances afin de ménager les organismes. L’après-midi, il a convié les douze hommes retenus pour le déplacement à Nîmes à revoir quelques séquences du match nul concédé contre Nice (1-1).

Contre Nice, Saint-Eienne n’a pas perdu (1-1) mais Herbin souhaite revenir avec ses joueurs sur le déroulement de cette rencontre.

Dans le Gard, Robert Herbin avait l’intention de reconduire l’équipe qui s’est qualifiée contre Copenhague. Le genou de Jean-Michel Larqué l’oblige à modifier une nouvelle fois ses plans. Toujours en délicatesse avec son genou récalcitrant, le capitaine stéphanois a préféré renoncer à cette rencontre et prendre congé de son équipe pendant une quinzaine de jours. Cette décision courageuse et plutôt sage le prive également de la rencontre internationale qui doit opposer la France à la RDA à Leipzig. Il veut profiter de cette trêve pour se soigner et revenir en pleine forme pour la réception de Nantes le 17 octobre. Ce forfait profite à Christian Synaeghel qui retrouve logiquement une place dans le onze stéphanois. Sa bonne prestation en Division 3 contre Orléans (2-0) a convaincu Herbin de le rappeler.


 

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Le Match


Les rencontres entre Nîmes et Saint-Etienne sont toujours disputées, voire âpres. Ce 4 octobre, au stade Jean-Bouin, il ne devrait pas en être autrement. La situation alarmante des « Crocodiles » ne leur laisse guère de latitude. Pour eux, une défaite pourrait prendre une dimension dramatique. Après le match nul obtenu à Lens (1-1), ils restent sur deux échecs consécutifs : le premier à domicile contre Reims (0-3), le deuxième à Metz (4-3). L’état d’urgence dans lequel se trouve son club a contraint Kader Firoud, l’entraîneur gardois -et ancien joueur de Saint-Etienne d’après-guerre-, à repousser son intervention chirurgicale qui l’aurait privé de banc contre les Verts.


Nîmes est orphelin de Mézy


Depuis le départ à Lille de Michel Mézy, l’enfant chéri du Gard, Nîmes Olympique est orphelin de son patron au milieu de terrain. « Je comprends fort bien le choix de mon joueur, déclare Paul Calabro, le président nîmois. Nîmes-Olympique était prêt à faire un effort pour garder cet international, mais il lui était impossible de s’aligner sur les offres faites par d’autres clubs. »

A l’intersaison, Nîmes a également vu une autre de ses pièces maîtresses voguer vers d’autres cieux. Son capitaine Henri Augé a fait le court trajet de Nîmes à Montpellier. Faute de moyens, Kader Firoud a puisé dans son centre de formation pour remplacer ces deux joueurs. Il n’a d’autre choix que de s’accommoder de la situation : « Par la force des choses, nous allons jouer sur la carte jeunesse. Cela ne me déplaît pas du tout. On va continuer de tenter d’imposer notre style avec les moyens du bord. Michel Mézy était un créateur de jeu, nous n’en avons plus au club. »

Dans ces conditions, il paraît bien difficile à l’entraîneur nîmois de renouveler l’excellent parcours de la saison passée. 4e du dernier Championnat, les Nîmois ont échoué au pied du podium. Devancés par Lyon pour un point, ils ont laissé échapper une qualification pour la Coupe UEFA qui leur tendait les bras.


Luizinho absent, Félix partant


Contre Saint-Etienne, le Brésilien Luizinho, meilleur buteur du club gardois avec 2 buts, est hors de combat. En délicatesse avec ses adducteurs, il est parti à Paris pour consulter un spécialiste. Le poste d’ailier droit sera occupé par Denis Mathieu, à l’origine des trois buts nîmois en Lorraine. Au centre de l’attaque, Firoud ne pourra plus compter sur François Félix. Ce dernier a racheté son contrat et devrait s’engager rapidement avec le club de Bastia. Pour le remplacer, l’entraîneur gardois a décidé de faire confiance à Gilbert Marguerite. Arrivé en début de saison, ce jeune Martiniquais de 21 ans au gabarit imposant a déjà séduit avec l’équipe de Division 3.

Le jeune Martiniquais Gilbert Marguerite est promu au poste d’avant-centre du Nîmes Olympique.


Daniel Sanlaville


Fin décembre 1972, avant de quitter Saint-Etienne pour Nîmes, Daniel Sanlaville avait lancé à ses amis Larqué et Bereta : « Le 7 janvier, lorsque vous viendrez jouer à Nîmes, ce sera peut-être moi qui serai chargé de vous surveiller et je vous promets que vous ne brillerez pas. » Il n’en a pas moins offert le Champagne à tous ses camarades. Les finances de Nîmes Olympique n’ayant pas permis le transfert du Stéphanois, le club du président Rocher avait consenti à un prêt jusqu’à la fin de la saison.


Formé au FC Grenoble par Albert Batteux, c’est ce dernier, alors entraîneur des Verts, qui l’avait fait signer à l’ASSE en 1971. Considéré comme un grand espoir, doté d’une grosse frappe de balle, il prend souvent place sur le banc. Son départ de Saint-Etienne semble inéluctable. Robert Herbin ne s’y oppose pas. Mais avant de quitter l’ASSE, à ceux qui s’étonnent de voir partir ce joueur pétri de qualités, Herbin déclare : « Il mérite mieux que de n’avoir à jouer qu’un rôle de remplaçant auquel il risque d’être voué chez nous toute la saison. Où le placer, en effet, dans notre formation ? Avec Piazza, Merchadier et Lopez, nous sommes pourvus en arrières centraux.

Je ne peux pas me priver de Bereta et Larqué au milieu de terrain. Pour ces postes, je dispose encore d’Aimé Jacquet ainsi que du jeune Synaeghel. Je crois qu’il faut nous résoudre, dans son propre intérêt, à nous séparer de Sanlaville. D’ailleurs, ce sera toujours ma politique, car j’estime que l’on n’a pas le droit de contrarier la carrière des joueurs en le laissant la plupart du temps sur la touche. »


Daniel Sanlaville, avec son jeu sobre et rigoureux est un footballeur apprécié de Kader Firoud. Trop méconnu, il reste un joueur indispensable aux yeux de son entraîneur.

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Le compte-rendu du quotidien L’Equipe


 

« Il y a des défaites qui appellent des victoires »

Au stade Jean-Bouin, les Stéphanois, décidément en petite forme, se sont inclinés 2 à 0. Avec trois points pris sur les douze possibles, ils avancent à un rythme de relégable. 6e avec 11 points, Herbin et son équipe en comptent désormais 8 de retard sur le leader niçois. « Le Championnat est long », tentent de se rassurer les Stéphanois. Robert Herbin, s’il ne peut se satisfaire d’une défaite, y a vu des signes encourageants : « Il y a des défaites qui appellent des victoires. Celle-ci en est une. » Une fois encore, l’absence de Jean-Michel Larqué s’est cruellement fait sentir. Sans son capitaine, l’équipe vacille et perd de son assurance.

Les Verts se sont inclinés à Nîmes (2-0). Malgré la défaite, Robert Herbin y a vu des signes encourageants.

Hervé Revelli blessé

A Nîmes, l’attaque stéphanoise est restée muette. La blessure d’Hervé Revelli, touché dans un choc avec René Girard, laisse planer une nouvelle incertitude. Sorti à la 27e minute, il souffre d’une entorse de la cheville. Sa participation pour la réception de Nantes reste en suspens. Pour lui, le déclic passera par la Coupe d’Europe :

« Si nous nous qualifions, nous serons libérés et réaliserons un bon Championnat, c’est certain. »


Kader Firoud soulagé


Dans le vestiaire nîmois, Kader Firoud est aux anges après la victoire de ses joueurs : « Je savais qu’ils se réhabiliteraient, dit-il soulagé. J’espère que le public a pardonné à nos jeunes-, car s’ils commettent parfois des erreurs, ils se battent toujours avec la plus grande volonté. La preuve… » Il va pouvoir rentrer en clinique l’esprit tranquille :

« Je ne suis pas mécontent d’avoir fait retarder mon opération de quelques jours car des matches comme celui-là remontent le moral de n’importe quel homme… »

Daniel Charles-Alfred, ancienne gloire nîmois de 1958 à 1968, est heureux pour son protégé Marguerite. « Je suis content pour mon jeune compatriote que j’ai été chercher en Martinique il y a quelques mois et qui était encore un joueur de Division d’Honneur à Vauclin dans le sud de l’île, la saison écoulée.  » Kader Firoud ne dit autre chose : « Vous verrez que notre jeune Martiniquais Gilbert Marguerite fera son chemin. La façon dont il a secoué la défense stéphanoise est tout à son honneur. »

Comme l’an passé, les Stéphanois se sont inclinés après avoir pris connaissance de leur adversaire européen. En attendant d’affronter les Glasgow Rangers, il y aura un match à disputer contre Nantes. Ce sera l’occasion pour le public du stade Geoffroy-Guichard de découvrir Yves Triantafilos sous le maillot nantais…

Thierry CLEMENCEAU

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 La fiche technique

Spectateurs : 10 009. Recette : 216 707 F. Arbitre: M. Konrath. But.- : Girard (56e), Dellamore (82e).

Nîmes : Landi – Boissier, Mith, Sanlaville, Kabile – Schilcher (Moretti, 78e), Girard, Boyron – Mathieu, Marguerite, Dellamore. Entr. : Firoud.

Saint-Etienne : Curkovic – Janvion, Piazza, Lopez, Farison – Bathenay, Santini, Synaeghel – Rocheteau, H. Revelli (Repellini, 27e), P. Revelli. Entr.: Herbin.

Mustapha Bettache
Mustapha Bettache
Bernard Rahis (à droite)
Bernard Rahis (à droite)
Joseph Ujlaki
Joseph Ujlaki
Hassan Akesbi, Dominqiue Colonna (légendaire gardien de Reims) et Paul Calabro (Président du N.O.)
Hassan Akesbi, Dominqiue Colonna (légendaire gardien de Reims) et Paul Calabro (Président du N.O.)
Stanislas Golinski
Stanislas Golinski
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stanilas Golinski quand il avait 80 ans, toujours fidèle à Nîmes
Stephan Dakowski
Stephan Dakowski